Ari de B : une dancing queen à la folie

Le Festival de la Zouz revient pour une 4ème édition qui s’annonce grandiose. Au programme, atelier d’écriture non-sexiste, tirage de tarot, bar à paillettes YOLO ou encore workshhop dancing queen animé par la fabulous Ari de B. Rencontre avec cette danseuse militante hors pair !

Artwork : ©Agathe Milliand

Friction : Lissia, Ari de B ou Habibitch? Comment doit-on t’appeler? Pourquoi cette multiplication des noms?

Ari de B :  « There is no such thing as a single-issue struggle because we do not live single-issue lives », écrivait Audre Lorde, à savoir que nos identités en tant que femmes racisées précaires et/ou queer sont multi-dimensionnelles et à leur image, nos personnalités…c’est pour ça que j’ai plusieurs noms, ha ha! Plus « sérieusement », Lissia c’est mon prénom, Ari De B, mon alter ego dans la danse et Habibitch le meilleur nom instagram qui soit…Non??

© Yeliz Pazar

Peux-tu nous expliquer un peu comment, littéraire et sociologue de formation, tu t’es retrouvée à danser? Quel est ton parcours en tant que danseuse?

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je me berce le soir en me disant « un jour je serai danseuse », sans vraiment comprendre ce que ça veut dire, ni sans faire quoi que ce soit pour que ça arrive.. Je faisais mes études en dansant un peu à côté mais à peine, j’ai bouclé mon Bac+5 avec un Master de Gender Studies à Sciences-Po après une prépa littéraire et une double licence à la fac, le tout brillamment, puis j’ai tout envoyé valser! J’ai passé des auditions pour une école de danse professionnelle de hip-hop, j’ai été prise, et ma nouvelle vie a commencé. C’était il y a 4 ans et je n’avais jamais vraiment fait de danse, je peux te dire que j’ai galéréééééééééééé!!!

Comment as-tu découvert le voguing?

J’ai découvert le voguing bien avant de « commencer » la danse, au moment où j’ai fait un long voyage de 2 mois à San Francisco avec ma meuf de l’époque, en 2011. Au festival de films LGBT où elle bossait, « Paris is Burning » a été projeté et j’ai eu une épiphanie.. J’étais déjà archi militante, je vivais en squat et évoluait dans le milieu anar queer féministe énervé et étais activiste intersectionnelle, donc la découverte du voguing c’était un peu comme si tout ne devenait qu’un, mon engagement politique et ma passion de la danse. C’est en rentrant de ce voyage que j’ai commencé à traîner à Paris, pour voir si cette culture existait pour de vrai, et quand je l’ai trouvée j’ai halluciné. J’ai gravité autour de la communauté voguing parisienne un petit moment (la Paris Ballroom Scene) avant de rencontrer Kiddy Smile, de la House of Mizrahi, qui s’est intéressé à moi et m’a fait rentrer dans la House, il y a presque 2 ans maintenant. Dreams do come true!

© Yeliz Pazar

On sait que ta spécialité c’est le waacking, tu peux nous expliquer en quoi consiste cette danse précisément?

Le waacking c’est mon crush ultime de la danse, mon coup de foudre. Une danse de diva, ultra narrative, avec une technique qui ne m’ennuie jamais mais aussi une grande place donnée à la liberté d’expression corporelle, le tout avec du groove et surtout de l’attitude, du dramaaaa, du personnage, de l’acting, juste j’adore! D’autant plus que c’est une danse qui fait complètement sens pour moi, queer et racisée, puisque créée par la communauté gay of color de la Californie des années 60-70 et qui plus est dans les clubs, et n’importe quelle personne qui m’a côtoyée de près ou de loin saiiiit que je suis une club kid invétérée, le dancefloor c’est mon deuxième lit..voire le premier en fait ha ha!

Voguing comme waacking sont des danses très liées à une histoire militante et politique. Danser, c’est politique pour toi? Pourquoi?

Danser, c’est politique. Surtout les danses que je pratique, le waacking et le voguing, politiques par essence puisque créées par et pour les communautés LGBT racisées étatsuniennes, en club, à savoir un espace-temps coupé de la société normée et normalisatrice, raciste sexsite classiste et homophobe, où il ne faisait pas bon être gay ou trans et noirE ou latino/a. C’est d’ailleurs le seul point commun de ces danses, que tout le monde tend à confondre dans leur capitalisation actuelle! Et moi je suis activiste et politique, j’essaie de l’être dans tout ce que je fais et tout ce que je raconte (et je parle beaucoup ha ha), donc quand j’ai découvert ces danses et que je me suis mises à les incarner, il était pour moi impensable de ne pas passer de temps à les (re)politiser, les (re)contextualiser, leur (re)donner sens pour les communautés que je représente et les identités que je porte. Ma danse c’est le meilleur outil politique que j’ai trouvé pour m’exprimer pour le moment, le meilleur vecteur de mon message.

© Yeliz Pazar

Tu as tenu à faire une workshop plutôt qu’une “simple” performance. Pourquoi était-ce important pour toi de partager ton goût de la danse avec d’autres zouzes?

Et c’est pour cette exacte raison que j’anime des workshops! Parce que j’adore danser et performer mais je crois que ça m’intéresse plus de partager, de transmettre. C’est jamais unilatéral un cours ou un workshop pour moi, c’est jamais moi qui donne et les participantEs qui reçoivent, ça va vraiment dans les deux sens, et ça me remplit d’énergie! C’est un vrai moment d’empowerment pour moi, des deux côtés- ou en tout cas je l’espère. La danse c’est vraiment ma résilience, ma survie, et c’est toujours super fort pour moi de partager mon rapport à la danse. C’est pour ça que c’est ce que je vous ai proposé, ça faisait beaucoup plus sens d’avoir un moment de partage pour une soirée féministe plutôt qu’une performance!

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur le workshop que tu vas animer à “à la folie” pour le Festival de la Zouz?

Et non je n’en dirai pas plus il faut venir, ha ha!!

Et après le Festival de la Zouz, vers quels projets te diriges-tu? C’est quoi la suite pour toi?

En ce qui concerne mes projets j’en ai juste 457 en même temps, dont des cours à La Folie d’ailleurs, un samedi sur deux, mais aussi des shows, des battles, des clips, des films, des performances etc! C’est fou. Je dormirai quand je serai morte mais franchement jamais je n’aurais imaginé que j’en serais là un jour, masha’Allah sur moi!!!

© Yeliz Pazar

🖤🖤🖤🖤🖤

La prochaine édition du Festival de la Zouz, c’est par là ! 

1 Comment

  • […] Ari de B : une dancing queen à la folie ~ Friction Magazine. Le Festival de la Zouz revient pour une 4ème édition qui s’annonce grandiose. Au programme, atelier d’écriture non-sexiste, tirage de tarot, bar à paillettes YOLO ou encore workshhop dancing queen animé par la fabulous Ari de B. Rencontre avec cette danseuse militante hors pair ! Friction : Lissia, Ari de B ou Habibitch? Comment doit-on t’appeler? Pourquoi cette multiplication des noms? Ari de B : « There is no such thing as a single-issue struggle because we do not live single-issue lives », écrivait Audre Lorde, à savoir que nos identités en tant que femmes racisées précaires et/ou queer sont multi-dimensionnelles et à leur image, nos personnalités…c’est pour ça que j’ai plusieurs noms, ha ha! […]

Laisser un commentaire