BORDELLE à Bordeaux : Les Queers sont En Rage (et en couleurs) !

Bannière de la soirée BORDELLE du 14 octobre

La Belle Endormie se réveille

A priori, personne n’aurait pu penser que celle qu’on surnomme la « Belle Endormie » deviendrait un jour joyeuse, festive et colorée. Et pourtant… à Bordeaux-Métropole ça boum, ça frictionne, ça frotte, ça squat, ça crée et ça milite ! Et tout ceci au cœur d’un joyeux bordel(le) délicieusement Queer. En avril dernier, le milieu Queer bordelais, Cinémarges en tête, nous offrait le week-end Cinémarges avec au programme une sélection cinématographique exceptionnelle, une soirée voguing et la soirée de clôture Porn to be alive.

Depuis, la petite équipe d’Art-normes nous régale en prenant possession de l’Iboat, à raison d’une fois par mois, pour des Apéroboat Queer baptisés La Déviante ; et quand tout ce joli monde se met à festoyer ensemble ça donne l’Aperoboat Art-up Gay 90’s qui a eu lieu le 16 septembre dernier, mêlant dj set très disco, lectures et performances devant un public conséquent et conquis.

ApéroBoat Gay 90’s Art-Up @Iboat

Mais alors, c’est quoi ce.tte Bordel.le ?

Après de multiples collaborations réussies, le collectif Bordelle -composé de Dj et artistes issus d’associations comme Art-normes, Cinémarges, Bordeaux rock, mais aussi d’autres horizons – se présente comme un « collectif de dur.es à queer issus du militantisme festif et culturel » et annonce au programme « soirées dansantes non-identifiées et rencontres du 3ème type, sur une bande-son éclectique et colorée ! ». Il a vu le jour en septembre et propose sa première soirée – Boom Queer-  le samedi 14 octobre prochain.

Comme l’expliquent les membres de BORDELLE :

«  Nous avons créé ce collectif car nous avions envie de proposer des soirées inclusives et une alternative queer à toutes les soirées LGBT (bar/boîtes) qui diffusent toujours la même soupe. Aussi, notre envie est de faire différentes soirées : après-midi dansant, exposition, projections… dans différents lieux et différentes plages horaires. On a choisi le VOID pour la première soirée car le lieu et l’équipe sont super sympas et alternatifs et que Cinémarges et Bordeaux Rock ont organisé plusieurs très bonnes soirées là-bas. Après, on changera de lieu à chaque fois ! Côté prog, on voulait une mixité et c’est plutôt bien parti ! » 

Before Afro-Latino-Queer : la « Queers of Color » au Central Do Brasil

Terrasse @Central Do Brasil

Le Central Do Brasil c’est ce bar, hors du temps, joyeux et intense, accueillant chaleureusement quiconque veut y élire résidence le temps d’une nuit, au rythme des bossa nova, du jazz, des ukulélé ou d’un entrainant baile funk. On y mange et on y boit très bien. Une sorte de langage universel semble permettre la communication entre toute cette foule atypique…

Pour mieux comprendre la volonté du Central de latino-queeriser Bordeaux, je suis d’abord allée parler avec Lucie, la co-gérante du lieu, brésilo-badass à souhait.

Friction : Peux tu nous parler un peu de l’histoire du Central et de sa place dans les nuits bordelaises ?

Lucie : « Le central a été créé en 2003 par daddy André Toledo Corrêa aka « Dédé ». Depuis l’ouverture il n’y a pas eu un week-end sans concert live, dimanche inclus, ce qui est rare à Bordeaux. Avant c’était uniquement centré sur la musique brésilienne et le jazz. Depuis à peu près 5 ans, mon frère, Simon Toledo Corrêa, et moi sommes les gérants. On vient d’une famille de mélomanes et on a fait la rencontre d’Ale Kali qui gère une grande partie de la programmation depuis 2015. On a toujours opté pour des concerts qualitatifs et grâce à cette rencontre nous avons pu proposer un choix plus étendu dans la prog. Maintenant, il y a toujours de la musique brésilienne et du jazz mais aussi de la cumbia, du reggae, de la soul, du hip hop… Ça reste toujours relativement « chaud » comme style musical. On s’est aussi ouverts à des partenariats avec des associations bordelaises – comme Merci Gertrude, Ternaire, Cinémarges- ce qui permet d’étendre la proposition artistique à laquelle nous sommes très attachés.

Concernant le lieu, on a fait la connaissance de plusieurs graffeurs bordelais comme Moka et Alber qui sont maintenant des amis de la maison et qui ont  pimpé nos murs. Aussi, beaucoup de tables sur lesquelles les gen-s-tes mangent sont peintes par des artistes de Bordeaux (Elisa Mistrot, Ken Amegée, Gui Dash…),ou de passage dans la région (Éric Bevernage…). C’était à la base un projet de Merci Gertrude que j’ai poursuivi solo, 11 tables en 5 mois.

Central Do Brasil + Cinémarges Line up : 18h30 courts-métrages / Nancy RN (rap) / Neka Sylvija (reggae-dancehall) / DJ set latino-afro-souk-love

Pourquoi mettre l’accent sur l’identité brésilienne?

Lucie : Étant brésiliens on se voyait mal ouvrir un truc breton du coup. Mais on pourrait peut être changer d’avis ? ! Sans déc, la culture brésilienne est tellement riche et variée…

Pour ce qui est de faire la fête, on commence à savoir s’y prendre. Ce que j’aime c’est que chez nous les client.es qui viennent, dansent sans complexe. Il n’y a pas le fameux phénomène plutôt bordelais de se regarder en chien de faïence. Tu veux danser mais tu ne connais pas la samba? Vas-y, personne ne va se moquer, on est tous.tes la pour s’amuser. Et puis tout le monde se parle. Si tu viens seul, tu trouveras toujours quelqu’un.e avec qui partager.

Les gen-s-tes qui fréquentent le Central sont très varié.e.s. Ça va du papy voisin qui vient toujours en tongs/chaussettes, en passant par une grande partie de la communauté brésilienne, des étudiants, des fauchés, des familles à la grande bourgeoisie bordelaise. Il y a vraiment de tout et c’est quand ce beau monde se retrouve et fait la fête ensemble que la magie opère. Et puis il y a des gen-s-tes de tous âges. Même des bébés, on fidélise au berceau ! Comme on est un peu en périphérie du centre de Bordeaux, ça nous rend un peu « cachés », les gen-s-tes aiment ça. »

Pourquoi avoir décidé d’en faire un lieu latino-Queer ?

Lucie : En fait ça ne s’est pas décidé à proprement parler, même si je l’ai très longtemps souhaité. Ça s’est vraiment fait tout seul. On a toujours laissé la porte ouverte à tous.tes. Elle est tellement ouverte que nos concerts sont toujours gratuits et qu’on n’as pas de « physio » à l’entrée. S’il y a un souci c’est nous même qui nous chargeons de discuter et de le résoudre.

Ça te paraît être un pari risqué ?

Lucie : Un pari risqué? Je ne pense pas. C’est vrai que nous avons une clientèle ancienne, certains viennent depuis 14 ans et pourraient être étonné.es du changement de « population » ou de nos choix artistiques. Mais ils nous connaissent, ils savent que nous sommes ouverts et le sont souvent aussi. J’ai tellement entendu « ici je me sens comme chez moi » venant de la part de personnes très différentes.

J’ai poursuivi la discussion avec Startouf, co-organisatrice et cheffe playlist « bouge ton boule ».

Startouf : En fait, l’idée de programmer Neka sur Bordeaux remonte déjà à une envie de l’été 2016. On s’est rencontré à Marseille, dans un espace trop chouette que sont les UEEH, Universités d’Été Euroméditerranéennes des Homosexualités / Rencontres LesBiGayTransQueerIntersexe.

On avait déjà constaté lors des temps festifs de cet événement, qu’il n’est pas évident de passer du son qui concerne tout le monde, qui représente et peut parler à tous et toutes, à nos origines culturelles musicales diverses, nos univers multiples et nos zones de confort en danse ! C’est sur cette idée qu’on s’est retrouvées à bouger ensemble sur du dancehall, de la musique africaine… Des rythmes qui changent de l’électro, et de la house ! J’ai fait connaissance de son univers sonore, puisque Neka joue de la guitare, des percussions, fait du blues jazz, du dancehall, du reggae-ton ! De retour à Bordeaux, j’ai eu envie de retrouver ses univers sonores, envie d’apprendre à twerker, envie de bouger sur des rythmes africains, qui font partie de ma culture, de mon univers sonore d’enfant.

Associé à cette rencontre, c’est aussi une discussion que j’ai eue dans un espace en non-mixité choisie sur Bordeaux. Une discussion avec deux lesbiennes antillaises qui me disaient ne pas se retrouver dans les soirées LGBTQ sur Bordeaux, qu’elles n’aimaient pas la musique house, électro, et qu’elles fréquentaient du coup des bars d’hétéros, où elles pouvaient bouger sur du zouk ! Et là je me suis dis que ce serait trop chouette de proposer une soirée où ces personnes retrouveraient une ambiance zouk, mais avec des personnes LGBTQ ! Et j’avoue que c’est aussi une envie perso, j’ai envie de danser sur de la musique latino, afro, de bouger sur Rihanna, de voir autour de moi plus de personnes racisées.

Alors c’est un peu tout ça qui est derrière l’invitation faite à Neka. L’idée à parler tout de suite à Lucie du Central, et j’espère qu’on pourra continuer à proposer des contenus fait par des personnes racisées et/ou pour des personnes racisées ! Franchement, ça fait longtemps que j’ai envie de pouvoir valoriser en soirée, la danse et la musique qui parle à mes origines culturelles, qui les mettent en lumière et les positivent ! »

Rencontre avec Cinémarges

Et pour parler des courts-métrages, quoi de mieux qu’un entretien avec la prêtresse du cinéma en Nouvelle-Aquitaine : Reine Christine de Cinémarges !

Friction : Pour commencer, peux-tu nous parler un peu de Cinémarges ?

Reine Christine : Cinémarges c’est une association bordelaise de diffusion de films indépendants queers. L’objectif est de favoriser les rencontres autour des films et de questionner les représentations des queers à l’écran. Cela passe parfois par une relecture de l’histoire du cinéma comme par la diffusion de vidéos d’artistes contemporains, ou bien encore la participation à des soirées à la croisée des arts.

Et les ciné-marges-clubs ?

Reine Christine : Les ciné-marges-clubs sont des rendez-vous réguliers en cinéma, médiathèque et autres lieux de traverse, qui favorisent le mélange des publics. Nous déroulons cette saison une thématique « Art et activismes queers », à commencer en septembre pas les années Sida. (Art Up gay 90’s, ndlr)

A chaque fois, nous réfléchissons à un projet qui colle à l’actualité, au lieu et/ou au partenariat. Aussi quand on a senti un intérêt du Central Do Brasil, on a pensé une soirée qui mette en avant les cultures queers minorisés. Ouvrir (enfin) la scène à des artistes racisés.

Affiche de Cinémarges pour la thématique Art & Activisme Queer

Comment la programmation cinématographique a été choisie ?

Reine Christine : Cette invitation (de Neka Sylvija, ndlr), et la sortie imminente du documentaire afro-féministe « Ouvrir la voix », nous a inspiré cette thématique « Queers of color ». Cinémarges présentera une programmation de courts-métrages afro, latinos, féministes et queers.

Tout naturellement, nous avons sollicité Stéphane Gérard, réalisateur et programmateur au sein du collectif « What’s your flavor », régulièrement invité de Cinémarges, dont le travail articule mémoire des luttes LGBT et minorités de couleur. Son film « La Machine avalée », qui vient d’être montré au Black Movies Summer, questionne les images que l’on donne à voir aux noirs de France. Il nous a également proposé « BORDERHOLE » de Amber et Nadia Granados, qui met en scène une performance lesbo-féministe à la frontière imaginaire ente la Colombie et les Etats-Unis.

Et on finira sur une note décalée avec le réjouissant « CUL COSMIQUE » de M. Poncin et F. Sosa qui dévoile les mystères de la dance twerk. Cette soirée, c’est l’affirmation des identités noires et latinos dans une ambiance joyeuse et festive ! »

Après cette mise en jambes et en booty, la soirée se poursuivra dans la cave du VOID avec, n’en déplaise à notre cher Président, LA BORDELLE ! On y retrouvera NEKA Sylvija , Horst Von Shampoo b2b Beky (Bruxelles/ electro rock clash et queer) et un Dj Set du Collectif Bordelle lui-même ! La Révolution Queer est En Rage et (une fois de plus) Girondine !

Boom Queer au Void

Et pour vous donner un aperçu, la playlist du D.O.C.

Los Teke Teke – Deja Tu estres

Mc Fioti- Bum Bum Tam Tam

Track de Roxane de Wallen pour la Boom Queer BORDELLE

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