House of Moda x BAAM : quand gays et drag queens se mobilisent pour les migrant.e.s

Dimanche 3 septembre prochain, la Folie ouvre à nouveau ses portes (et son dancefloor) pour sa Disco Club hebdomadaire. Cette édition, pourtant, n’est pas tout à fait anodine : le collectif gay House of Moda s’associe une seconde fois au BAAM, le Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrant.e.s, afin de collecter des fonds et sensibiliser les danseurs.

House of Moda x BAAM, juillet 2017. Crédit photo : Vovotte Recto Verso

Des artistes et drag queens mobilisé.e.s

A l’image de leur première collaboration où, en juillet dernier, on avait vu participer les DJs RAG et Sophie Morello, on retrouvera dimanche DJs, drags queens et groupes de musique qui performeront tou.te.s de façon bénévole. Au programme de cette édition, un live du groupe Bagarre suivi de DJ sets de Crame et de Reno (House of Moda), de la DJ Calling Marian ainsi que de la boss de Brain Magazine, Anaïs. On croisera également avec plaisir les reines Enza Fragola et Clémence Trü, qu’on apprécie particulièrement chez Friction.

La totalité des entées (à prix libre) sera reversée à l’association, et des membres du BAAM profiteront de l’occasion pour parler aux clubbers de la situation des migrant.e.s ainsi que du pôle LGBT+ du BAAM. “C’est la House of Moda qui a fait tout le travail pour la soirée, notre seul boulot au BAAM était d’être présent.e.s le jour J” explique Julian Mez, l’un des fondateurs de l’asso.

Une collaboration naturelle entre ces amoureux de la fête, motivée par l’urgence de la situation. Crame, qui co-organise l’événement, explique :

“La folie nous proposait de faire des tea-dances House of Moda. Renaud et moi faisions déjà beaucoup d’événements, alors nous avons envisagé ces dates proposées par la Folie comme un bonus utile, où l’argent généré servirait à quelque chose qui nous tient coeur. Nous avons pensé au BAAM, et une soirée organisée par les Soeurs malsaines au profit du BAAM nous a permis de nous rapprocher de Julian qui est très actif au sain de l’association.”

Loin d’eux l’idée, pourtant, de se poser en donneur de leçons, ou de s’ériger en cracks du militantisme. Crame précise avec humilité : “Les soirées qu’on fait avec le BAAM, c’est juste une forme de bénévolat pour une asso avec les compétences modestes qu’on a, qui sont de monter des fêtes.”

Enza Fragola et ses consoeurs, House of Moda x BAAM, juillet 2017. Crédit photo : Vovotte Recto Verso

La communauté LGBTI solidaire

Si cette démarche pourrait surprendre, pour Julian, le lien est pourtant évident, et la communauté LGBTI doit se sentir concernée :

“C’est plus que nécessaire vu ce que traverse les migrant.e.s en ce moment : ils et elles sont rejeté.e.s, traité.e.s comme des criminel.le.s et mis.es au ban de la société par nos politiques. C’est une situation que la communauté LGBTI a traversé et traverse encore, donc de fait il y a un lien. En étant nous-mêmes, trans pédé bi et gouines, opprimé.e.s par cette société, on ne peut que se mobiliser pour que d’autres personnes ne subissent pas ça.”

Selon lui, prendre publiquement la parole en faveur des migrant.e.s est également essentiel afin de lutter contre les préjugés racistes au sein de nos communautés, et contre l’instrumentalisation croissante des luttes LGBTI à des fins nationalistes.

« En étant nous-mêmes, trans pédé bi et gouines, opprimé.e.s par cette société, on ne peut que se mobiliser pour que d’autres personnes ne subissent pas ça.”

Pour Crame, ce n’est “pas forcément en tant que L ou G ou T” que les promoters de la scène LGBTI ont une responsabilité, mais plutôt en tant qu’actrices et acteurs communautaires. Il ajoute, un brin cynique : “Si nous pouvons mobiliser des centaines de personnes pour faire la queue dans le froid pendant une heure et payer des gin tonic 10 euros, alors peut-être que nous pouvons les mobiliser pour autre chose”.

House of Moda x BAAM, juillet 2017. Crédit photo : Vovotte Recto Verso

Danser est-il encore politique ?

A l’heure où le clubbing est devenue une norme (voire même, de plus en plus souvent, un bon allié du capitalisme), danser, même pour les LGBTI, est-il encore vraiment un acte politique ?

Pour Julian, si certaines soirées parisiennes sont “inconsciemment militantes” car permettant aux personnes présentes “d’affirmer leurs identités dans une société qui les met à l’écart et les invisibilise”, cela ne se traduit pas forcément par un engagement concret sur le terrain. Si les soirées sont une bonne occasion pour une asso de se faire connaître, le vrai défi, selon lui, n’est relevé que lorsqu’elles aboutissent au recrutement de nouveaux membres, “car les vraies luttes et les victoires se font sur le terrain et non en soirée malheureusement.”

En tant qu’acteur de la scène clubbing, Crame affirme quant à lui que la politique y est très présente, consciemment ou non. “Je vis entouré de gens ayant une conscience politique aiguë et c’est en particulier le cas des acteurs du clubbing, promoters, physio, patrons de clubs, djs, bookers, performers…” Pourtant, pour lui aussi, le passage entre la nuit et le jour, des fêtes labellisées queers à l’action militante, ne se fait pas toujours. “Il y a sans doute un travail à faire pour réconcilier tout ça et développer le militantisme, mais il va falloir être sacrément créatif » conclue-t-il, réaliste.

Julian et une drag queen, House of Moda x BAAM, juillet 2017. Crédit photo : Vovotte Recto Verso

Plus de 800 euros récoltés

Pour l’instant, la formule semble faire recette. Comme le précise Julian : “On a quand même récolté 800 euros, pour un dimanche de déluge où l’entrée était à prix libre. Il y avait pas mal de monde, donc la récolte était bonne. » Heureux de l’édition précédente, rappelle en riant : « Ce qui a joué également c’est le fait que les drags allaient rendre les verres consignés qui trainaient et nous ramenaient les sous, comme dans Fort Boyard !”

Quelle que soit la météo de ce dimanche, une chose est sûre : nous, on y sera.

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House of Moda fait son Disco Club pour le BAAM, dimanche 3 septembre de 16h à 2h à la folie.

House of Moda x BAAM, juillet 2017. Crédit photo : Vovotte Recto Verso

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