Ouri, un tatoueur hors du commun

Temps de lecture : 22 minutes

Avant son départ pour New-York, on a rencontré le tatoueur Ouri. Beaucoup d’éléments de sa pratique la rendent singulière. Il travaille seul, ne reçoit qu’une personne par jour et sur des créneaux longs, puisqu’il ne fait quasiment que de grandes pièces. Il pratique le freehand, c’est-à-dire une forme de dessin à même la peau, une technique qui lui prend parfois des heures. Son processus de création et d’inspiration est également particulier puisqu’il fait des performances et propose une esthétique qui lui est personnelle, abstraite et parfois déroutante.. Par ailleurs, Ouri lie l’artisanat à sa pratique en construisant ses propres outils lui-même, il sait, par exemple, fabriquer ses propres aiguilles. Nous avons voulu en savoir plus sur ce tatoueur hors du commun. Rencontre.

(english below)

Est-ce que tu peux te présenter et nous parler un peu de ton parcours ? Comment es-tu arrivé dans le milieu du tatouage ?

Je m’appelle Ouri, je suis artiste tatoueur professionnel implanté à Paris depuis 3 ans, et je cherche à m’expatrier à NYC cette année pour y poursuivre ma carrière. Je suis arrivé dans le milieu du tatouage en créant des liens forts avec mes propres tatoueurs, qui sont progressivement devenus des ami-es, des mentors, puis des collègues. Tout a commencé lors de ma rencontre avec Ujin (@ujin.good sur Instagram) à DADC (De l’Art ou Du Cochon, salon de tatouage privé à Montmartre, @___dadc___ sur Instagram) en 2019. Il m’a tatoué une des pièces les plus chères à mon cœur, et nos moments partagés puis notre amitié m’ont permis de comprendre que je pouvais considérer le tatouage comme un médium tangible. C’est la première personne à qui j’ai eu le courage de montrer mes dessins, et il m’a littéralement dit “prends une aiguille, de l’encre, et fais-le”. Ce que j’ai fait. Je lui dois beaucoup, à lui et aux collègues de DADC, qui m’ont permis, avec le temps, de me faire une place dans la niche qu’est le tatouage abstrait.

Tu pratiques du tatouage exclusivement abstrait, ce qui rend ton travail assez singulier. Pourquoi avoir fait le choix de t’éloigner des dessins figuratifs ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir fait le choix de me distancier du dessin et des esthétiques figuratives. Il m’a en réalité toujours semblé très naturel, en songeant au corps humain comme porteur et transmetteur d’art, que ce que je pouvais lui administrer de nécessairement visible et indélébile, serait de l’ordre de l’abstrait. Je vois ma démarche sous le plein prisme de l’absurde : je ne mets jamais de sens et je ne rationalise jamais les tatouages que je fabrique. Je pense que beaucoup de choses, beaucoup d’éléments assujetties aux lois de la nature et de la vie humaine nous dépassent encore mentalement, et c’est l’idée d’acceptation de cette condition (soit de notre psychologie dépassée, des choses dont notre compréhension, notre proclamée “intelligence supérieure” ne peuvent s’emparer) que j’essaye de transmettre, voire de sublimer dans mon travail. Il a toujours été si évident pour moi que mon approche ne pourrait être autre que celle-ci dans la pratique de mon art, que je n’assimile sincèrement pas la démarche du tatouage figuratif. Je ne comprends pas quelle est la motivation des tatoueur-euses dans leur volonté de représenter des choses formelles sur des corps humains, vivants, mouvants, cicatrisants, vieillissants, tout compte fait purement organiques, qui ont toujours fait inhéremment partie d’écosystèmes, de la faune; bien avant que leurs cerveaux ne créent ces images de choses figuratives, ces histoires et ces symboliques toutes construites, qui ne font sens que pour eux, dans un “entre-soi humain”. Je ne veux pas créer de sens, je ne veux pas utiliser le langage humain. Je veux que l’humain puisse s’approprier sa condition d’être vivant, celle-ci s’exerçant dans un système qui le dépasse.

D’où tires-tu ton inspiration ?

Je suis inspiré par la plupart des choses qui m’entourent. Je suis naturellement quelqu’un de très analytique et les informations visuelles me stimulent beaucoup, mon oeil est attiré par les détails, et je les reçois souvent avec beaucoup plus de lucidité et de précision que ce qui veut être transmis/doit être compris dans sa globalité. Ça a longtemps été une sorte de complexe, cette façon jugée “différente” (au regard de la norme) de porter attention aux choses, au monde qui m’entoure. On m’a reproché toute ma vie de ne pas faire attention ou de ne pas comprendre les informations dites les plus “évidentes”, les plus “simples”. Il semble que ce qui attire le plus mon esprit se trouve dans la biologie, les éléments de la nature, beaucoup de choses perçues comme “abstraites” par le cerveau humain. Cela me conforte certainement dans le fait que je suis loin d’être le seul à donner du fil à retordre à la compréhension générale, et de par le simple fait d’exister. Je crois que mon rapport à mes sources d’inspirations est à la fois scientifique et émotionnel, j’aime comprendre profondément ce que j’analyse, mais j’aime aussi beaucoup recevoir mes émotions telles qu’elles. Je pense que comme beaucoup d’artistes, je ne pourrais pas vous expliquer précisément pourquoi les choses m’inspirent, parce qu’on crée lorsque les émotions entrent en jeu, donc c’est essentiellement ineffable. C’est une sorte de revanche sur l’Autre et le monde, d’être parvenu à m’approprier des choses qui ne font pas de sens pour l’opinion générale, et d’en tirer un langage qui m’est propre, pour lequel je suis écouté et reconnu, enfin.

Aujourd’hui, le flash a explosé, les tatoueurs·ses proposent de petites pièces, réalisées rapidement. Dans ta pratique, c’est tout l’inverse. Est-ce que tu peux nous expliquer ?

L’industrie du tatouage, comme toute industrie lucrative pérenne existante sous le néolibéralisme, fonctionne forcément grâce au consumérisme. C’est dans cet esprit que s’articule pour moi le fonctionnement des “flashs” (designs pré-faits et destinés à être tatoués rapidement, pour un prix souvent attractif) et je n’y trouve pas du tout mon compte. Au-delà du simple fait de répondre à une démarche très lucrative et de consommation qui, pour le coup, m’est complètement abstraite, ce système renforce le repli sur soi, l’individualisme, qui sont loin de la philosophie de partage que je mets en place dans ma pratique. En effet, un “flash” est encré en très peu de temps, de manière automatisée et formelle, et vous repartez marqués à vie par une personne avec qui vous n’avez, dans de nombreux cas, établi un contact que très superficiel. Cela me semble délirant. Comment un art aussi intime voire intrusif, nécessitant de créer un terrain de confiance immense entre deux personnes, peut-il être consommé de manière aussi insipide ? La question est rhétorique. Foucault l’a bien dit, le capitalisme s’est infiltré jusque dans nos intimités, et c’est précisément ce qui mène les gens à croire qu’ils sont en pleine possession de leurs individualités, de leurs corps; et qu’en l’occurrence ils se font tatouer par choix éclairé, par “liberté”. Je n’ai pas foi en ces subterfuges, et même si mon art a un prix et que j’ose me permettre d’en vivre, je ne voudrais jamais laisser penser à ma clientèle que le tatouage est consommable de la manière la plus essentiellement divertissante possible. J’aimerais que mon art soit posé comme une pierre à l’édifice de la construction des personnes, au regard de ce qui les entoure, des systèmes dans lesquels elles évoluent (la nature en premier lieu). Et que cette pierre, parmi d’autres, les amènent à mieux se diriger en société, à trouver leurs places pour mieux lutter. C’est pour cela que je ne travaille qu’un seul projet par jour et que mes sessions ne se limitent pas à du tatouage, mais font de la discussion une nécessité, un moyen d’aller vers la création, peu importe le temps que cela doit prendre.

Tu as une démarche proche de l’artisanat, notamment pour ce qui est de tes outils de travail. Pourquoi cet aspect est-il important pour toi ?

Le corps humain n’est pas une planche 2D et y apposer des dessins conçus “à plat” ne semble pas d’une grande logique. La conception par “freehand” (dessin à même le corps) permet de reconnaître le corps comme vivant, c’est-à-dire évoluant au gré des mouvements (et vieillissant à plus terme). Lorsque je dessine pour quelqu’un, en “freehand” donc, c’est la partie du processus qui prend le plus de temps. Je cherche des dynamiques données par la musculature et les graisses de la personne, je fais en sorte de prendre le recul nécessaire pour imaginer comment le corps portera concrètement cette modification au quotidien. Pour ce faire j’utilise une variété d’outils récoltés au fil de ma carrière, et j’en ajoute souvent de nouveaux : différentes sortes de feutres, de l’encre que je fabrique moi-même, des pinceaux modifiés, parfois des morceaux d’objets que je trouve sur ma route, que j’imagine pouvoir apporter une texture particulière… Pendant le tatouage lui-même, j’aborde différentes techniques pour obtenir mes textures, loin du tracé linéaire traditionnel. Je fonctionne beaucoup par étapes, avec lenteur et douceur, pour être sûr d’obtenir un résultat unique, relevant de la singularité du moment, et des spécificités innées et/ou transmises de maon client-e.

Tu es autiste et tu fais partie de la communauté LGBT, est-ce que ces “identités” forgent également ta façon d’aborder ton métier ? Dans le rapport à l’autre ? Dans le rapport au corps ?

Loin du concept « identitaire » souvent employé par les personnes appartenant à des communautés minorisées comme la communauté LGBTI ou la communauté autiste (pour n’en citer que deux), ces éléments de mon vécu témoignent de conditions matérielles de vie que j’ai effectivement en commun avec un certain nombre d’autres personnes marginalisées en société. Dans mon rapport à l’autre, je pense que cela peut amener à créer un espace de communication sain pour faire évoluer le contact humain et la création, sans que ces oppressions soient sujets à questionnements, à curiosités malsaines ou soient des sujets tout court. C’est un environnement qui peut donc être parfois recherché par des personnes de ma clientèle, qui se sentiront plus à même d’être vulnérables auprès de quelqu’un avec qui elles ont un vécu en commun. Mais ces éléments sont loin de me définir en tant que personne et en tant qu’artiste, ce pourquoi je n’en parle pas spécialement dans mon réseau professionnel. Je pense simplement qu’ils façonnent matériellement ma vie, et que si je peux en tirer des choses positives pour moi et pour les autres, c’est tant mieux.

Peux-tu nous parler de ta clientèle ? Tu reçois des personnes minorisées en raison du genre ou de l’orientation sexuelle mais pas seulement… En quoi est-ce quelque chose à prendre en compte dans l’accueil des client·es ?

Je ne pense pas que mon comportement doit s’adapter à la nature des classes sociales auxquelles appartiennent les personnes qui se présentent à moi. Pour ne pas donner de crédit aux oppressions déjà existantes dans notre système, je pense que l’on peut commencer par être bienveillant et accueillant de façon désintéressée, sans porter de regard particulier sur le vécu des gens. Je m’intéresse forcément à ce que sont mes client-es en tant que personnes, pour ce que cela amène d’enrichissant dans notre échange et au sein du processus du tatouage, mais à mon sens, leur ressenti “identitaire” (tout comme le mien) n’a une place essentielle ni dans notre rencontre, ni politiquement. Je ne souhaite pas participer à la création d’un espace “d’entre-soi” qui aurait pour vocation de se vouloir spécifiquement “safe” pour une partie de la population. Je préfère penser pluralité et intersectionnalité. Par ailleurs, cela me gênerait profondément que des personnes s’intéressent à mon travail en premier lieu à travers le prisme de la catégorisation identitaire. Je vois l’art comme un moyen d’outrepasser ces injonctions chétives, que je subis déjà assez en dehors de ma pratique.

C’est pour toutes ces raisons que je ne communique pas particulièrement sur mon identité via mon réseau social professionnel, mais je demeure investi quand j’ai l’occasion d’exprimer mes opinions sur les luttes sociales (comme ici, en répondant à cette interview), car cela demeure un combat pour mon existence, soit pour celle d’une partie de la population, et que nos droits sont loin d’être acquis.

Finalement, dans ma pratique artistique, je me rends compte que j’ai toujours ne serait-ce qu’une part de sensibilité et de tempérament en commun avec mes client-es, et cela me rend suffisamment heureux : ça veut dire que mon art est un langage suffisant; qu’il terrasse toute justification que la société voudrait que moi ou les personnes que je reçois fassent sur leurs personnes, sur les cadres dans lesquels il nous a été donné d’évoluer.


Can you introduce yourself and tell us about your journey ? How did you get into the tattoo industry ?

My name is Ouri, I’ve been a professional tattoo artist based in Paris for 3 years. I look forward to moving to NYC this year to pursue my career. I got into the tattoo scene after developing strong connections with my tattooers : they progressively became my friends, my mentors, and my colleagues. It all started when I met Ujin (@ujin.good on Instagram) in DADC (De l’Art ou du Cochon, private tattoo studio in Montmartre, @___dadc___ on Instagram) in 2019. He tattooed me with one of the most important pieces I have on my body, and our shared time developed into a friendship which showed me I could in fact consider tattoos as a medium for my art. He was the first person I had the courage to show my drawings to, and he literally said to me, “take a needle, have some ink, and do it”. Which I did. I owe him a lot, and all my colleagues from DADC, they allowed me, with time, to make a career for myself in the niche abstract tattoo scene.

You only work with abstraction, which makes your art one of a kind. Why did you choose to distance yourself from figurative drawing ?

I don’t feel like I made the choice to distance myself from figurative drawings/aesthetics. Actually, it always seemed very natural to me, when thinking of the human body as a carrier and transmitter of art, that what I could administer to it, which was necessarily visible and indelible, would be of the order of the abstract. I see my approach under the full prism of the absurd: I never make sense and I never rationalize the tattoos I make. I think that many elements subject to the laws of nature and human life are still beyond us mentally, and it is the idea of ​​accepting this condition (either of our outdated psychology, of our limited understanding, which our proclaimed “superior intelligence” cannot seize) that I try to transmit, or to sublimate in my work. It has always been so obvious to me that my approach could not be other than abstract in the practice of my art, that I sincerely do not assimilate the approach of figurative tattooing. I do not understand the motivation of tattoo artists in their desire to represent formal things on human bodies, that are living, moving, healing, aging, that are after all purely organic, which have always been inherently part of ecosystems, wildlife; long before our brains created these images of figurative things, these stories and these all-constructed symbolisms, which only make sense for us, in a “human inter-self”. I don’t want to create meaning, I don’t want to use human language. I want humans to be able to appropriate their condition of being alive, this being exercised in a system that goes beyond them.

Where do you get your inspiration ?

I get inspired by most of the things that surround me. I’m naturally a very analytical person and visual information stimulates me considerably, my eye is attracted to details, and I often receive them with much more lucidity and precision than of what wants to be transmitted / or must be understood in its globality. For a long time this has been a kind of complex, existing this way considered “different” (regarding the norm) with paying attention to things, to the world around me. I have been criticized all my life for not paying attention or not understanding the so-called most “obvious” information, the most “simple”. It seems that what grabs my mind the most is biology, the elements of nature, and a lot of things perceived as “abstract” by the human brain. It certainly comforts me to know that I am far from being the only one who has a hard time with general understanding, and by the simple fact of existing. I believe that my relationship to my sources of inspiration is both scientific and emotional. I like to deeply understand what I analyze, but I also like to receive my emotions as they are. I think that like a lot of artists, I couldn’t tell you precisely why things inspire me, because you create when emotions come into play, so it’s basically ineffable. It’s a kind of revenge on the Other and on the world, to have managed to appropriate things that don’t make sense to the general opinion, and to draw from them a language of my own, for which I am listened to and recognized, finally.

Today’s tattoo artists mostly propose flash tattoos, which are small “ready-to-tattoo” designs that can be inked in a short amount of time. You basically work the opposite way. Can you explain ?

The tattoo industry, like any perennial lucrative industry that existed under neoliberalism, necessarily runs on consumerism. It is in this spirit that the “flashes” operation is articulated for me (pre-made designs intended to be tattooed quickly, for an often attractive price) and I don’t find myself in it at all. Beyond the response to a very lucrative and consumer-oriented approach which, for once, is completely abstract to me; this system reinforces the withdrawal into oneself, individualism, which is far from the philosophy of sharing that I implement in my practice. Indeed, a “flash” is inked in a very short time, in an automated and formal way, and you leave marked for life by a person with whom you have, in many cases, only established a very superficial contact. It seems crazy to me. How can such an intimate or even intrusive art, requiring an immense ground of trust between two people, be consumed in such a tasteless way ? The question is rhetorical. Foucault said it well, capitalism has infiltrated even our intimacies, and this is precisely what leads people to believe that they are in full possession of their individualities, of their bodies; and that in this case they get tattooed by informed choice, by “freedom”. I have no faith in these subterfuges, and even if my art has a price and I dare to allow myself to live from it, I’d never want to let my clientele think that tattooing is consumable in the most entertaining way. I would like my art to be laid like a stone in the building of the construction of people, with regard to what surrounds them, the systems in which they evolve (nature in the first place). And that this stone, among others, leads them to better manage in society, to find their places to fight efficiently. That’s why I only work on one project a day and my sessions are not limited to tattooing, but make discussion a necessity, a way to move towards creation, no matter how long it must take.

You have a craft/DIY approach, particularly concerning your work tools. Why is it important for you ?

The human body is not a 2D board and affixing “flat” designed drawings to it doesn’t seem to make a lot of sense. The design by “freehand” (drawing on the body) makes it possible to recognize the body as living, that is to say evolving according to the movements (and aging in the longer term). When I draw for someone, freehand, this is the part of the process that takes the most time. I look for dynamics given by the musculature and the fats of the person, I make sure to take the necessary distance to imagine how the body will concretely carry this modification on a daily basis. To do this I use a variety of tools collected over the course of my career, and I often add new ones: different kinds of markers, ink that I make myself, modified brushes, sometimes pieces of objects that I find on my way, that I imagine can bring a particular texture… During the tattoo itself, I approach different techniques to obtain my textures, far from the traditional linear layout. I work a lot in stages, slowly and gently, to be sure to obtain a unique result, relevant to the singularity of the moment, and to the innate and/or transmitted specificities of my client.

You are on the spectrum and part of the LGBT community, do these “identities” influence how you see your work ? In your relationship to the others ? In your relationship to the bodies ?

Far from the “identity” concept often used by people belonging to minority communities such as the LGBTI community or the autistic community (to name only two of them), these elements of my experience testify to the material living conditions that I actually have in common with a number of other marginalized people in society. In my relationship with the other, I think that this can lead to creating a healthy space of communication to develop human contact and creation, without these oppressions being subject to questioning, unhealthy curiosities or simply being subjects. It is an environment that can therefore sometimes be sought by people in my clientele, who will feel more able to be vulnerable with someone with whom they have a common experience. Though, these elements are far from defining me as a person nor as an artist, which is why I do not talk about them specifically in my professional network. I just think that they materially shape my life, and if I can get positive things out of them for myself and for others, that’s for the better.

Can you tell us more about your customer base ? You receive marginalized people, including LGBTI people… How is it influencing you in your way to welcome customers ?

I don’t think that my behavior should adapt to the nature of the social classes to which the people who come to me belong. In order not to give credit to the oppressions that already exist in our system, I think that we can start by being benevolent and welcoming in a disinterested way, meaning without taking a particular look at people’s experiences. I am more interested in who my clients are as people for whichever enrichment that may bring to our exchange and within the tattooing process, but in my opinion, their « identity »  (just like mine) is not an essential piece in our meeting, not politically. I do not wish to participate in the creation of a space “between oneself” which would have the vocation of wanting to be specifically “safe” for only one part of the population. I prefer to think of plurality and intersectionality. Moreover, it would deeply bother me if people were interested in my work primarily through the prism of identity categorization. I see art as a way to override these puny injunctions, which I already undergo enough outside of my practice.

It is for all these reasons that I do not communicate particularly about my identity via my professional social network, but I remain invested when I have the opportunity to express my opinions on social struggles (like here, by responding to this interview), because it remains a fight for my existence, for that of the entire population, and that our rights are far from being acquired.

Finally, in my artistic practice, I realize that I always have a bit of sensitivity and temperament in common with my clients, and that makes me happy enough: it means that my art is a sufficient language; that it removes any justification that society would like me or the bodies who come to me to have, altering the frameworks in which we have been given, to evolve.

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