Piscine Municipale – Les sensibles parlent aux sensibles

Il y a quelques semaines, dans le froid d’une nuit humide et de l’automne qui s’installe, le collectif d’artistes Piscine Municipale décidait d’investir un joli bâtiment de briques laissé à l’abandon, perché dans les hauteurs de Belleville. Parmis eux, les comédiens Camille Broilliard, Ferdinand Pierrot et Alice Thillard, la metteure en scène Claire Lapeyre Mazerat ou encore Laura Thomassaint, initiatrice du projet, et son bras droit Emmanuel Bellet. 

 

Pendant 9 jours, ces rêveurs militants ont occupé les lieux, une façon de sonner l’alerte et d’enclencher un combat. Sans électricité, lumière et chauffage, ils ont repris possession de ces murs oubliés, comme pour reprendre la parole au sein d’un système qui ne les entend plus.

 

Aujourd’hui, Piscine Municipale est en discussion avec la Mairie de Paris et bataille pour obtenir un nouvel espace où continuer cette reprise de parole. Parce que leur manifeste nous a pris aux tripes et a résonné en nous, on a décidé de le publier en entier ici.

 

Crédit photo Alexandre Desmidt
Crédit photo Alexandre Desmidt

 

 

LETTRE OUVERTE, N°1

Paris 2016

 

Qui d’autres que nous, jeunes artistes, pour brandir sans cesser jamais, nos mots, nos gestes, nos oeuvres ?

 

Qui d’autres que nous, en première ligne, pour tout tenter absolument tout, afin que le Théâtre reste ce pourquoi nous l’avons inventé ?

 

C’est-à-dire un terrain d’expression et de réflexion pour réduire le fossé des inégalités culturelles et sociales, dans un monde où la culture est à dispenser toujours plus, quand à la même heure pourtant, des festivals ferment, des théâtres ferment, des budgets sont mutilés et des effectifs sont réduits.

 

Ce monde, c’est celui avec lequel nous faisons la course.

 

Piscine Municipale naît de la nécessité et de l’urgence de voir la porosité des frontières encouragée, celle de nos propres frontières, de voir les mises à l’écart ici s’arrêter et de ne pas laisser l’appauvrissement général prendre le pas.

 

Il nous paraît indispensable de s’atteler à ce que l’on imagine impossible, ce que l’on ne pourra faire qu’aujourd’hui, parce que le temps est en notre pouvoir, parce que nous avons l’impertinence des débuts et la force de la jeunesse, parce que nous avons encore quelques injustices en horreur et quelques envies de révoltes.

 

Piscine Municipale, cherchera toujours au mieux comment faire, comment dire, comment marcher pour éviter sur nos routes la peine, la désillusion et la désespérance.

 

Nous faisons alors ce pari fou : celui d’éviter de rajouter à l’échec, les regrets de la passivité.

 

Il y a trop de sanctuaires culturels d’où l’on se sent exclus.

 

Piscine Municipale sera avant tout un refuge pour celles et ceux pour qui l’objet artistique n’arrivera jamais par hasard, n’arrivera jamais sans avoir été provoqué et restera trop souvent rangé à l’endroit des « c’est pas pour moi » ou bien des peurs de ne pas savoir, de ne pas comprendre.

 

Il ne suffit pas pour faire de l’action culturelle de le nommer « public empêché ».

 

Il s’agira alors, à chaque fois que nous rencontrerons au sein des institutions, des actions et des démarches ne nous semblant pas être en accord avec la société dans laquelle nous vivons, de les mettre en branle dans ce lieu que nous nous apprêtons à bâtir ensemble.

 

Nous, jeunes créateurs, trop souvent ignorés par l’institution, nous avons décidé de devenir cette institution.

 

Une institution où seule la pensée compte, puisque les murs, une fois qu’ils sont là, il devient trop difficile de les faire tomber.

 

PISCINE MUNICIPALE / Personnes Sensibles

 

 

piscine-municipale-3

 

 

Matthieu F. – Twitter : @Matthieufoucher