Voyage au bout du rouleau #1 : Genèse d’une transition f2much

Crédit photo Ottoline

Récemment, notamment depuis que j’expérimente avec la testostérone, je performe pas mal une certaine masculinité dans mon apparence, ma gestuelle, ma manière de parler, de circuler… Mais y a toujours un ou deux connards dans la rue pour m’appeler « Eh, princesse ? » Dans ces moments-là, j’ai l’impression de tomber d’un immeuble de dix étages.

Je ne sais tout simplement plus quoi faire pour qu’on me laisse tranquille. Je ne sais pas quelle allure arborer pour ne rien signifier de premier abord, que personne ne suppose rien de ma vie et encore moins de ma sexualité rien qu’en me voyant. Quand je m’habille en meuf, je me sens déguisée, illégitime et absurde ; quand je m’habille en mec, j’ai mentalement l’impression de pouvoir échapper temporairement à ma ~condition féminine~, mais je reste perçue meuf, juste moins bonne. C’est extrêmement aliénant.

J’ai beaucoup de mal à exprimer ce sentiment d’être réduite, diminuée, quand on me ramène à ma condition de ~femme~ ; j’ai l’impression de faire preuve de misogynie intériorisée. C’est juste que depuis l’enfance, on m’a clairement fait comprendre que je devais être une femme, mais que je ne pourrais jamais l’être réellement. J’étais tellement excentrée par rapport à la sphère de la féminité qu’il paraissait absurde que je puisse simplement prétendre au statut de femme. Je me suis retrouvée bloquée dans une situation kafkaïenne où la seule voie qu’il m’était possible de prendre – celle que l’on m’ordonnait de prendre –, en même temps, m’était inaccessible. Alors que je n’avais rien demandé à personne.

J’ai passé des années à pleurer et à me battre contre des moulins à vent, tentant désespérément de correspondre à tels ou tels critères, pour satisfaire des personnes que je ne connaissais pas, dans un monde auquel je ne comprenais rien. J’ai traversé des déserts de solitude et de honte. Aujourd’hui, je ne suis plus triste. Je suis exténuée, à bout de forces, exsangue, mais électrisée par la colère. Quand je pense au nombre d’années de vie que j’ai pu perdre à cause de ces conneries, j’ai juste envie de tout casser.

Cette sorte de dysphorie ambiante a été largement nourrie, ces derniers temps, par mes diverses altercations avec les flics. En tant que victime de viol, je suis censée demander réparation pour le corps qui a été attaqué, mais c’est un corps dont je n’ai jamais senti qu’il était le mien. Ce qui a été utilisé ce soir-là n’était pas « moi » mais une image sociale que je renvoyais malgré moi et dans laquelle je ne me suis jamais reconnue. Depuis cet été, à chaque fois que quelqu’un m’appelle « Madame », j’entends à nouveau résonner dans ma tête les voix des policiers, des médecins, et je me reprends dans la gueule tout leur bullshit de gaslighting. Je ne veux plus jamais qu’on me regarde ou qu’on me parle comme ça. Je ne veux plus jamais que des mecs cishet me voient comme « une meuf », parce que ça sous-entend qu’ils pourraient me baiser. Je sens que tant que je serai perçue socialement comme « femme », en-dehors du milieu queer, mon corps ne m’appartiendra jamais.

Aujourd’hui, je prends conscience de ces mécanismes, et je les vomis. Malgré tous mes efforts, je ne serai jamais une femme. Je ne suis pas pour autant un homme. Je veux juste que la société arrête de projeter ses névroses sur moi. Si je prends de la testostérone, ce n’est pas tant pour aller quelque part que pour fuir quelque chose : une identité imposée à laquelle j’ai péniblement tenté de me conformer mais qui n’a fait que me donner envie de crever les trois quarts du temps.

3 Comments

  • Pratique la spiritualité et le regard de autres te sera indifférent tout est dans la tête perso j’aime pas les mecs et je n’aimerais pas leurs ressanbler

  • Sarah -> commentaire inutile. Aller garde la pêche.

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