AREVA enterre le patriarcat – l’interview musicale

Le groupe AREVA sera en concert, le 31 octobre prochain, pour enterrer avec nous le patriarcat. Rencontre musicale avec Jeanne et Anne-Sophie.

Friction: AREVA, c’est qui, c’est quoi ?

Jeanne : D’abord, des chansons composées chez moi, à partir d’un clavier midi trouvé dans la poubelle du Emmaüs où je bossais, de mes textes et poésies en français, et de mes glorieuses compétences sur un logiciel de pointe tel que Garage Band. Autrement dit, de pas grand chose, sinon du goût pour la cold wave,  la chanson française, les sons un peu pourris de tout ce qui est fait maison… Et puis l’envie de faire de la scène, bien sûr.

C’est devenu réel quand Laurianne (Dame Blanche, Bryan’s Magic Tears…) m’a rejointe à la basse et aux chœurs : on s’est mises à faire des concerts, on a sorti deux albums… Après qu’on ait cessé de jouer ensemble j’ai testé différentes formations, solo ou avec des copines musiciennes qui m’accompagnaient à la guitare, à la basse, à la batterie… C’était marrant d’expérimenter et puis je voulais pas lâcher les concerts, pas me contenter de faire des compos maison. Ça s’est restabilisé quand Anne-Sophie (Saintes, 4eme T), à qui je dois l’orga de mes premiers concerts, a pris la basse et apporté sa bonne dose d’énergie nucléaire bien à elle.

Anne-Sophie : L’hiver 2012, dans nos apparts en forme de boîte à chaussures à Paris, avec Jeanne, on se faisait écouter les morceaux de nos projets respectifs, où l’on mettait trop de reverb. On mangeait des tonnes de danettes récupérées en se donnant des conseils de bidouille sur Audacity et Garageband. Je me rappelle surtout de cette ruelle de Montreuil, où Jeanne a choisi le nom d’Areva à une heure très avancée de la nuit. Et de son concept d’Ice Tsunami, mouvement encore plus radical Que la Cold Wave mais elle a un peu lâché cette affaire, je crois.

Jeanne : Haha oui c’est clair ! Le jour où un label russe m’a sorti une K7 compilant des titres des deux premiers albums et a mis pour artwork la photo d’une sorte de pyramide en béton à demi immergée dans la neige, avec couleurs refroidies et bleuies à photoshop, je me suis dit que là vraiment la recette commençait à fossiliser.

Vous n’avez pas eu de problème avec l’entreprise du même nom ?

Jeanne : Pas du tout ! Franchement, ça m’étonnerait qu’ils viennent jamais à connaître l’existence de notre groupe. Faut vendre autant qu’Aqua pour qu’une entreprise de la taille de Mattel te foute des procès débiles au cul… Mais si il y a un risque, c’est une bonne chose : ça nous passe l’envie de vendre et de devenir nous-mêmes un produit commercial. On se contentera d’être des productrices d’énergie sale et pas chère, et de montrer tout l’irrespect qu’on peut aux voleurs de mots que sont les pubards et autres producteurs de logos.

Anne-Sophie : À force de jouer dans AREVA, j’avoue que j’ai oublié de quoi il s’agissait à la base… Mais en effet les gens devraient se réapproprier les mots privatisés par le capital, les multinationales, l’État, etc. Ce serait pas mal de voir se monter par exemple un projet qui s’appelle C.R.S. ; on verra ce que ça fait des images qu’ils nous envoient, de la violence des robocops battant le pavé.

Jeanne : Caniches Racistes et Sanguinaires, c’est un bon début ! Ou Crédules Restant Sourds, sinon. Avis aux inspiré-e-s.

Un son pour se motiver avant un concert ?

Jeanne : Rihanna, Bitch better have my money. À vrai dire, on la balançait plutôt en fin de concert l’année dernière, mais c’est pareil – ça te lance ou te relance, y a pas à résister. Pour cette année, on a changé, je dis rien pour pas spoiler héhé….

 

Anne-Sophie : la compile Sound of silence remixé avec du Soldat Louis… Tout est dans les titres.

 

Quel morceau pour se remettre d’une gueule de bois carabinée ?

Jeanne : Red red wine de UB40. Pas tant pour les paroles (quoique – il faut soigner le feu par le feu) que pour l’efficacité imparable du reggae eighties dans le traitement des problèmes de motivation.

 

Anne-Sophie : On recommande aussi un film de Jim Carey et une mousse au chocolat vegan. C’est facile et bon, tu récupères le jus des pois chiches et tu le fais monter en neige.

Un morceau qu’on écoute avec un bol de soupe ou un chocolat chaud à l’approche de l’hiver ?

Jeanne : Bébé congelé, de Noir Boy George. Cette chanson glaciale donne envie de hurler, et partir dans toutes sortes de chœurs imaginaires, ça réchauffe. (Sérieux).

 

Anne-Sophie : The zombies – Hung up on a dream.

 

On écoute quoi pour se préparer pour Halloween ?

Jeanne : Incubus Succubus de Xmal Deustchland. A fond !

 

Anne-Sophie :Total Cuelo, I eat cannibals avec leurs déguisements en sac poubelle sur la pochette.

 

Un son pour se rassurer quand on a eu la pétoche et qu’on n’a pas dormi de la nuit ?

Jeanne : Black Bird des Beatles. Voilà une chanson qui évoque et produit l’effet rédempteur du matin : tu sors du nid, tu te secoues les plumes et hop les sales ombres de la nuit s’en vont, et tu te mets à chanter.

 

Sinon, American Pie de Don McLean. Rien de tel qu’un hymne bien pompier pour te rassurer sur le fait que l’histoire pourra toujours recommencer.

 

Anne-Sophie : Je valide le deuxième choix de Jeanne, on l’a beaucoup écouté lors de la dernière tournée.

Votre hymne féministe ?

Jeanne : L’adaptation en français de Viva la pappa de Rita Pavone par Dalida :

Pour conserver la ligne / Je me mets au régime / Je dîne d’une endive / Et d’un petit biscuit / Mais il  n’y a rien à faire / Pendant la nuit entière / Je rêve de soupières / Pleines de spaghetti […] Toutes les filles d’Ève / Devraient faire la grève / Que l’étendard se lève / De la revolucion / Car c’est un comble en somme / Qu’à l’époque où nous sommes / Il faille pour un homme / Mourir d’inanition

 

Anne-Sophie : Anne Sylvestre – Une sorcière comme les autres :

Vous m’avez aimée servante  / M’avez voulue ignorante / Forte vous me combattiez / Faible vous me méprisiez / Vous m’avez aimée putain / Et couverte de satin / Vous m’avez faite statue / Et toujours je me suis tue / Quand j’étais vieille et trop laide / Vous me jetiez au rebut / Vous me refusiez votre aide / Quand je ne vous servais plus / Quand j’étais belle et soumise / Vous m’adoriez à genoux / Me voilà comme une église / Toute la honte dessous

 

Quel son pour enterrer le patriarcat ?

Anne-Sophie : Brigitte Fontaine et Areski, Patriarcat

 

Et si je vous dis « friction », tu penses à quoi comme morceau ?

Jeanne : Variations sur Marilou, de Serge Gainsbourg. Arrgh….

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La playlist complète sur Playmoss.

Event : Le Patriarcat est derrière nous, mardi 31 octobre

19-21H : Scène ouverte avec Self-ish (entrée libre)

À partir de 21H :

  • AREVA Live
  • Ottoline (dj set)
  • UBU NOIRE (dj set)

🎲🎲🎲  Entrée au dé à partir de 21H (de 1 à 6€)🎲🎲🎲

 

 

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