Juste Shani, la force tranquille à suivre du rap français

Avec FOMO, son single sorti le 17 septembre 2025, Juste Shani transforme l’angoisse de l’instant manqué en hymne générationnel. Depuis l’Essonne jusqu’aux grandes scènes, dont celle du Golden Coast où nous l’avons rencontrée, elle impose une parole mêlant conscience, poésie et rage juste faisant de chaque mot un acte de résistance. À la croisée du verbe et du vécu, elle mêle conscience, poésie et flow précis. Autrice exigeante, elle construit son parcours loin du bruit, mais avec une conviction inébranlable : celle d’offrir « une autre forme d’identification » dans un milieu encore trop masculin. Portrait.

Juste Shani © Julie Bertat

Quand elle entre sur scène, Juste Shani ne cherche pas à dominer l’espace : elle l’habite. Son flow, grave et limpide, vient se poser sur la musique comme une évidence. Elle rappe sans forcer, sans posture, mais avec une intensité désarmante. « Je suis trop contente d’être programmée », dit-elle, les yeux encore brillants après sa performance impeccable. « Ça m’a fait trop plaisir de voir dans le public des gens qui connaissent ce projet. Pendant longtemps, c’était beaucoup pour faire découvrir, et là, il commence à vivre par lui-même. »

Son projet, c’est un peu comme une confidence qu’on a longtemps gardée pour soi avant d’oser la partager. Depuis ses débuts, Shani avance par étapes, sans brûler les étapes, sans faire de bruit mais avec la régularité d’une artiste qui sait où elle va. « Il y a une évolution normale d’artiste émergente », explique-t-elle. « Tu démarres, c’est plus compliqué : t’enregistres moins vite, tu fais moins de dates… » Aujourd’hui, le temps de la marge semble révolu.

Car oui, Juste Shani fait partie de cette génération de rappeuses qui prennent enfin la place qu’on leur doit. Elle le dit sans arrogance, mais avec une lucidité tranquille : « C’est cool d’avoir une rappeuse à qui s’identifier. Ce que tu représentes, c’est différent, forcément. » Sur les grandes scènes, sa présence compte parce qu’elle est rare, encore. « Quand tu vas sur un gros événement de rap comme ça, c’est important de proposer une autre forme d’identification », explique-t-elle, évoquant notamment sa prestation remarquée à la Fête de l’Huma : « La bonne surprise, c’était en 2023. J’ai fait la Fête de l’Huma à 21 h. »

Ce soir-là, devant une foule dense et mixte, Juste Shani s’est affirmée comme une voix nouvelle du rap français : posée, percutante, ancrée. Pas besoin d’en faire trop, elle sait que sa parole suffit. Et surtout, qu’elle compte.

Un amour ancien pour les mots

Avant de rapper, Juste Shani écrivait. Et avant d’écrire, elle lisait. Beaucoup. « J’aime beaucoup lire, j’aime beaucoup la poésie », confie-t-elle. « C’est l’amour de la lecture, du hip-hop, et l’envie de passer des messages. » Chez elle, le texte n’est pas un prétexte : c’est le cœur battant du morceau. « J’ai toujours un peu des notes quand j’ai besoin », dit-elle. « c’est ça, Shani : la spontanéité d’une fille vraie, qui ne cherche pas à se donner un rôle. Son processus d’écriture, elle le décrit comme une mosaïque : « Je fais beaucoup de petites maquettes, juste un couplet et un refrain. Et après, je choisis. » Chaque morceau naît ainsi dans l’élan, puis mûrit lentement, au rythme de son exigence. Son rapport à la langue vient du rap, bien sûr, mais aussi de cette culture du texte qui la fascine. On devine dans ses influences une tendresse pour les plumes de fond, celles qui racontent avant de frimer.

Juste Shani © Julie Bertat

De la fac aux freestyles

C’est à la fac que tout commence vraiment. « J’ai commencé à rapper en soirée avec mes potes », raconte-t-elle. « J’étais très concentrée sur les études, mais c’était frustrant. » L’idée de faire carrière dans le marketing, un temps envisagée, s’éloigne peu à peu. Elle sent que quelque chose d’autre l’appelle. « Après mes études, j’ai pris ce que j’ai appelé une année sabbatique. Mais au lieu de voyager, j’ai bossé sur mes sons. Je me suis mise à fond sur les réseaux. »

Un pari risqué, mais payant. À une époque où tout se joue sur la visibilité, Juste Shani choisit la sincérité et la constance. Les clips sortent, les concerts s’enchaînent, le public s’élargit. « J’ai vu de plus en plus de monde venir », se souvient-elle. Et surtout, elle apprend. « J’ai eu des expériences avec des petits producteurs, ça s’est mal passé. Maintenant, le but, c’est de rester productive, de continuer à faire grandir mon équipe. »

Trouver sa place, sans compromis

Dans un milieu encore saturé de clichés masculins, Juste Shani s’impose sans jamais trahir son univers. Pas de pose, pas de provocation gratuite : juste la conviction qu’elle peut être elle-même, entièrement. « C’est cool d’avoir une rappeuse à qui s’identifier », répète-t-elle, consciente de la portée de ce simple fait. Elle ne cherche pas à “représenter” toutes les femmes, mais à être présente, visible, et libre.

Sa voix, grave et nuancée, reflète son écriture : directe, poétique, sans artifices. Ses textes parlent d’émotions, de résistance, de rêves lucides. Juste Shani ne crie pas, elle raconte. Et c’est sans doute pour ça qu’on l’écoute.

Une artiste à suivre

Aujourd’hui, Juste Shani prépare la suite. « Je continue à faire grandir mon équipe, à trouver le bon label », dit-elle. Elle annonce de nouvelles dates, de nouveaux titres mais sans précipitation. Tout, chez elle, semble mûrir lentement. Comme un texte qu’on veut juste, juste. Dans un monde où tout doit aller vite, elle cultive la patience et la précision. Le flow, chez elle, n’est pas qu’un débit : c’est une respiration. Une manière d’habiter sa parole. Et c’est peut-être là, au fond, que réside la vraie force de Juste Shani : dans cette sérénité rare, presque politique, de celle qui avance à son rythme, sans jamais se perdre.
Aujourd’hui, Juste Shani regarde vers l’avenir avec sérénité. FOMO, sorti mi-septembre, marque le début d’un nouveau cycle : celui d’une artiste pleinement consciente de sa voix et de sa portée. Elle prépare actuellement un troisième EP, annoncé pour début 2026.