« Samuel a été tué parce qu’il était pédé » : communiqué du Movimiento Marika de Madrid

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Contra los nazis  - meurtre homophobe par des nazis en espagne - collectif pédés Marika de Madrid

Samedi 3 juillet dans la matinée, le jeune Samuel Luiz décède à l’hôpital en Galice suite à une agression homophobe par 13 personnes. En moins de 24 heures, des manifestations s’organisent dans l’ensemble de l’Etat espagnol. A Madrid, c’est le Movimiento Marika de Madrid (MMM), « des pédés organisés et intersectionnels se battant avec plumes et paillettes dans les rues » selon leurs mots, qui convoque la manifestation à la Puerta del Sol. Devant une place remplie par des milliers de manifestant.es, le collectif lit le communiqué que nous republions ici.

RASSEMBLEMENT : “ILS NOUS TUENT #JUSTICEPOURSAMUEL”
5/07/2021

Samuel a été tué parce qu’il était pédé. Nous le répétons : Samuel a été tué parce qu’il était pédé ! Vendredi dernier, Samuel, âgé de 24 ans seulement, a été frappé brutalement à la porte d’une discothèque de La Corogne (Galice, ndlr). Au cri de « pédé ». Samuel a été tué parce qu’il était pédé. Nous le répéterons autant de fois que nécessaire. Parce que le meurtre de Samuel n’était pas un fait anodin. Parce que Samuel avait une identité, une expression, un corps, una pluma[1].. de pédé. Samuel a été tué parce qu’il était pédé.

Ni l’espace public ni la sphère privée ne sont des lieux sûrs pour nous. Nous devons encore supporter qu’on se moque de nous en raison de notre physique, de notre façon de parler, des mouvements de notre corps ou de notre simple présence. Il y a toujours cette habitude dégoûtante de nous dévisager, de se retourner pour nous regarder avec moquerie ou mépris, de nous montrer du doigt et de faire des commentaires, peu importe que ce soit à voix basse ou à pleins poumons. Si c’est déjà difficile de sortir dans la rue avec une certaine identité, il est encore plus horrible d’être mis en évidence constamment et en toute impunité.

Samuel a été tué parce qu’il était pédé. Nous le répéterons autant de fois que nécessaire.

Et à partir de là, la violence augmente avec les persécutions, les insultes, les coups, les viols et oui, comme cela est arrivé à Samuel, les meurtres. Samuel a été tué parce qu’il était  pédé.

Aujourd’hui encore, les transpédégouines sont un morceau de viande sur lequel on peut exercer toute sorte de violence car la réponse à ces actes est minime, voire inexistante.

Cette violence est le fait de l’État, de la police, des groupes fascistes qui cherchent à nous traquer en meute, de la Conférence épiscopale, de nos collègues de travail et d’école, de papa, de maman, des frères, des grands-pères, des oncles, de toute la famille, des voisins et de n’importe quel inconnu que nous croisons. Ils le font parce que le patriarcat et l’homophobie le permettent.

Comment ne pas avoir peur alors ? C’est impossible de ne pas avoir peur si en sortant d’une discothèque on se fait battre à mort parce qu’on est pédé, si on se fait regarder de travers parce qu’on est deux gouines qui marchent main dans la main, si en tant que trans notre corps les fait court-circuiter et qu’ils nous traitent de monstre, si pour eux être bi n’est qu’une phase. Bien sûr que nous avons peur car du seul fait d’exister, nous sommes remis.es en question, réduit·e·s au silence et attaqué·e·s.

Mais nous avons quelque chose d’encore plus fort que tout cela : la rage. Nous avons beaucoup de rage à l’intérieur. Parce que nos grands-mères transpédégouines ont passé leur vie à se taire et que les rares personnes qui ont osé s’opposer à la haine ont dû risquer leur vie à chaque instant. On est en colère parce que beaucoup ont été laissé·e·s sur le bord du chemin sans pouvoir avoir la liberté qu’ielles méritaient. Tout comme nous ressentons de la colère pour ceux qui doivent venir, parce que nous ne pouvons pas permettre qu’ielles se retrouvent dans un monde qui nous a répudié·e·s et nous tue.

Nous les transpédégouines d’aujourd’hui, nous avons la rage parce qu’ils essaient de nous renvoyer à l’enfermement en nous frappant pour ensuite camoufler tout ça sous la fausse idée que nous avons déjà beaucoup accompli et que nous pouvons nous aimer comme nous le voulons. Il ne s’agit pas de « s’aimer » ! Il ne s’agit pas non plus de « baiser » ! Il s’agit d’être qui on veut ! Assez du discours du « Aime qui tu veux, aime qui tu aimes ». Ce discours officiel d’institutions comme la FELGTB[2] et la COGAM[3] n’est pas notre réalité. On nous tue et les ordures des partis politiques ne lèvent pas le petit doigt. On ne veut plus de parades, on veut des barricades. Nous le répétons : il ne s’agit pas d’aimer et ni de baiser. Samuel était pédé et ils l’ont tué parce que pédé. Ses meurtriers se fichaient de savoir avec qui il baisait. Ce qui énervait ses tueurs c’est qu’un pédé soit en vie et ils l’ont tué. Samuel a été tué parce qu’il était pédé.

On nous tue et les ordures des partis politiques ne lèvent pas le petit doigt. On ne veut plus de parades, on veut des barricades.

Amies, sœurs, cousines et camarades ! Avec ce rassemblement, nous voulons appeler à l’insurrection, assez d’agressions et de morts, pas une de plus ! Nous voulons inciter tout le monde à se mobiliser, à s’unir en communauté et à ne pas laisser passer un seul fait de pouvoir et de violence. Nous sommes ensemble et nous sommes organisé·e·s. Nous pouvons et nous devons le faire. Et nous allons le faire à notre manière : avec la pluma, avec les paillettes, avec la fête, avec le cri et les hurlements, avec nos griffes, avec nos poings, avec tout notre corps, en squattant les espaces, en les faisant nôtres. Et celle qui voit qu’elle n’y arrive pas, qu’elle demande de l’aide, il y a plein de mains ici pour s’aider les unes les autres. Ce n’est que de cette manière que nous pourrons nous sauver, en prenant soin de nous tou·te·s. Et rappelons-nous toujours que notre lutte ne doit rejeter personne, que nous ne pouvons pas devenir des oppresseur·euses, qu’ici nous comptons tou·te·s à égalité et que nous devons aller chercher ceux qui manquent avant qu’il ne soit trop tard ! Personne ne mérite qu’on lui enlève sa vie. Pleurons Samuel aujourd’hui, mais ne nous arrêtons pas au deuil. La prochaine pourrait être n’importe laquelle d’entre nous et nous ne pouvons pas le permettre. Réveillons-nous maintenant de ce rêve d’être libre. Gagnons cette liberté. Contre la peur, contre la rage, et… CONTRE LES NAZIS, MARIKONAZOS[4] !


[1] Pluma, “plume” en castillan se réfère à la féminité des pédé.es.

[2] La Fédération Nationale de Lesbiennes, Gays, Trans et Bisexuel.les (FELGTB) regroupe 50 collectifs LGBT dans l’ensemble de l’Etat espagnol.                                            

[3] COGAM est un collectif LGBT historique, créé en 1986.

[4] “Marikonazos” vient de “maricon” (“pédé”) et signifie une action, un coup de pédé. “Contra los nazis, marikonazos” est le slogan récurrent du MMM

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