Out There, le nouveau projet de la photographe Lily Hook

On a discuté avec la plasticienne et photographe genderqueer Lily Hook de son nouveau projet Out There.

La photographe et plasticienne Lily Hook

(In)visibilités queer et espace public

Chez Friction, ça fait un petit moment maintenant qu’on s’intéresse à Lily Hook. On l’avait découverte sur Twitter où elle est particulièrement active (elle est accro à internet), très engagé.e sur les questions queer, féministes, antiracistes et post-coloniales, avant d’apprécier ses photos, des portraits colorés et intimes montrant le(s) corps sous toutes leurs formes. Puis, en mars, c’est à la Queer Week qu’on l’avait vu.e en chair et en os, lors de son intervention sur spiritualité sorcière et post-colonialisme à l’occasion du sabbat queer organisé à La Colonie.

Plus récemment, la photographe de 26 ans qui réside actuellement à Nantes a mis en ligne le début de son projet Out There, une série de portraits sous forme de photos et d’entretiens qui questionne les clichés liés aux identités queer : qu’est-ce qu’un “look queer”, si tant est qu’une telle chose existe ? Comment performe-t-on ou non sa queerness, décide-t-on de la visibiliser ou non, en particulier dans l’espace public ?

Vincent, 26 ans, milite au sein des milieux queer et du mouvement Black Lives Matter. Ses t-shirts portent tous un message politique ; Vincent décrit son look comme celui d’un “fag-punk activiste”. (Crédit photo Lily Hook)

Qu’est-ce qu’une communauté ?

En fait, c’est en questionnant l’idée plus large de communauté que Lily Hook commence à penser Out There : “Je réfléchissais à un projet pour discuter avec des gens au hasard du lien entre leur communauté, leur groupe d’ami.e.s, leur milieu pro et leurs choix de présentation physique et de look. L’idée c’était de voir comment on s’adapte à nos milieux et comment on en prend les codes.”

Ensuite, en s’interrogeant plus particulièrement sur les différentes formes d’invisibilisation qu’elle avait elle-même vécues, Lily Hook a centré son projet sur la communauté queer. Comme elle explique :

“À ce moment-là, j’avais un look très codifié queer : cheveux rasés et colorés, tatouages, piercing, etc. Je me suis demandé-e à quel point c’était superficiel d’obtenir aujourd’hui une ‘queer cred’ pour si peu. J’étais tout aussi queer quand j’étais invisible dans les bars ou les évènements il y a 5 ans quand j’étais plus ‘traditionnellement’ Fem, avec des cheveux longs, un look plus classique et pas de tatouage. Le projet est vraiment né en réaction à la normativité queer et à ces formes d’exclusions qui se reproduisent dans nos communautés de manière récurrente.”

Pour Féadaë, “ex-pute, gouine, presque trentenaire” habitant à Montréal, le tatouage est un moyen d’affirmer ses différentes identités et de “marquer” ses luttes et résistances à différentes forme d’oppression. (Crédit photo Lily Hook)

Archiver les résistances

Grâce à ces différents portraits, la plasticienne souhaite avant tout mettre en avant des vécus différents et des stratégies de visibilité et de circulation variées. En plus des photos, chaque portrait est donc accompagné d’un entretien, souvent critique et intimiste, toujours traduit en Anglais, où Lily interroge ses protagonistes sur leur rapport à leur corps et à leurs identités comme sur leurs propres stratégies. “J’aimerais juste archiver ces résistances là et reconnaître leur légitimité, leur puissance et leur beauté.” 

Pour que les profils soient les plus hétérogènes possibles, Lily a décidé de ne pas se limiter aux grandes villes, mais au contraire de donner de la visibilité à des queers vivant en zone rurale et dont le quotidien a sans doute peu à voir avec celui de personnes résidant à Paris, Montréal ou Berlin. “Ajoute à ça le fait que cette personne puisse être non-blanche, et/ou en situation de handicap, et/ou grosse, et/ou âgée, et/ou trans par exemple, ce sont des paramètres supplémentaires et incontournables pour réfléchir à sa survie, sa dignité et sa capacité d’agir”, précise-t-elle avec raison.

A ce titre, les travaux de Samra Habib (Just Me and Allah), de Mickael Owuna (Limitless Africans), de Tarek Lakhrissi (diaspora/situation) tout comme les projets Qwear Fashion et Queer Vanity l’ont particulièrement influencé.e. 

Lemrin, 22 ans, est étudiant.e en études féministes et s’interroge sur les paradoxes inhérente à ce désir de visibilité queer. (Crédit photo Lily Hook)

De la photo à la poésie

Maintenant son projet lancé, la photographe ne compte pas s’arrêter pas là. Si elle affirme vouloir continuer de plancher sur Out There pendant quelques temps encore, Lily désire aussi reprendre plus sérieusement l’écriture, la poésie et l’autoportrait. “J’ai commencé la photo tout-e seul-e dans une chambre et c’est une pratique thérapeutique que de revenir à mon corps comme support. J’ai aussi des projets d’installation, vidéo et performance que je travaille dans un coin, surtout sur les questions de diaspora et de transmission culturelle.”

Fort.e de son expérience militante et personnelle, Lily souhaite également écrire des articles et de courts essais pour essayer d’adresser “les taches aveugles dans nos mouvements” et d’ouvrir des discussions. “Je pense par exemple qu’on ne parle pas assez (ou pas assez bien) des enjeux de self-care, de healing et du travail émotionnel que le militantisme génère. Je pense que comme la queerness, on performe très minutieusement ses engagements et on peut s’y oublier et perdre de vue l’essentiel.”

Le but, affirme-t-elle, n’est pas d’être un.e militant.e parfait.e mais de participer à trouver des solutions, des résistances, et d’encourager la transmission des idées. Peut-être bientôt dans Friction, qui sait ?

Sha, 24 ans, réfléchit aux connexions spirituelles et ancestrales qui la traversent, à la limite de la notion d’espace public en territoire colonisé et aux enjeux de care et de puissance entre femmes et fem non-blanches. (Crédit photo Lily Hook)

 

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Lily Hook

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