5 questions à Pauline, la créatrice de Radio Pirate

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Chaque soir, à 21h Radio Pirate diffuse en live sur Twitch et YouTube. C’est Pauline, journaliste et autrice très active sur Twitter, qui a lancé l’idée. Très vite, de nombreux-ses pirates se sont lancé-e-s dans l’aventure. L’émission traite de nombreux sujets aussi variés que la santé mentale, la précarité sociale ou les occupations en temps de confinement. On a posé 5 questions à Pauline, histoire d’en savoir plus.

D’où est venue l’idée d’une radio pirate ?

L’idée m’est venue un soir après plusieurs interventions du président de la République, Emmanuel Macron. La rumeur d’un deuxième confinement devenait de plus en plus forte. Les modalités d’un confinement travaillé se promettaient d’être très dures, notamment pour les personnes qui ne pouvaient pas passer en télétravail. J’y étais particulièrement sensible parce que je suis Assistante Pédagogique dans un lycée, et que les établissements devaient rester ouverts. 

J’ai assez mal vécu l’isolement du premier confinement, notamment l’incapacité de faire des choses ensemble politiquement. Les journaux du confinement, en mars et avril derniers, ont amplifié, pour leur grande majorité, une vision individuelle et assez privilégiée de cette crise sanitaire. Il y avait un réel besoin de raconter cette année 2020 de manière collective et militante. Radio pirate devait, avec d’autres initiatives, combler ce trou. 

Je suis une passionnée de radio. Ce médium permet à beaucoup de personnes de prendre la parole assez facilement et de raconter leur histoire. L’idée d’une radio libre, sans professionnel, était pour moi un doux rêve de remonter des radios barricades et d’embarquer dans le bateau de Good Morning England.

Un peu pour rigoler, j’ai tweeté le mercredi soir avant le confinement “Salement envie de créer une radio pirate…” et 20 minutes plus tard j’avais 15 messages de personnes intéressées pour m’aider à la créer. L’aventure a commencé comme ça. 

Le projet s’est très rapidement monté. Tu as eu de l’aide pour ça ?

Ce projet est un projet collectif ! A part l’idée, l’ensemble des étapes a été pris en charge par plusieurs personnes : mettre en place le stream, le discord, les équipes, la communication, les thématiques des émissions… tout a été fait collectivement. En 72h, nous sommes passés d’une pirate un peu isolée à une véritable piraterie sur un beau navire trois-mâts. J’avais une idée mais je ne savais pas comment la mettre en exécution. Faire un stream, pouvoir diffuser dès le lendemain les émissions en podcast, faire des visuels demandent des compétences que je ne maitrisais pas totalement et exige une période de formation, ce que le collectif pirate a permis. Le travail collectif paie et est très efficace !

Actuellement, nous sommes 70 pirates sur un Discord. Nous nous occupons de faire tourner la radio pour que chaque soir à 21h une voix amie diffuse dans le transistor. Certains pirates ont rejoint pour un soir d’autres pour la vie, mais le collectif autour de ce projet est très fort. Beaucoup de pirates nous envoient leur musique de libre de droit. D’autres radios pirates amies, comme Radio parleur, nous proposent d’utiliser leurs contenus quand nous le souhaitons. C’est ce collectif et cette autogestion qui permet à cette radio d’exister et de continuer à être une superbe aventure encore aujourd’hui. 

L’idée de notre intervention, c’est de ne pas attendre que des discours alternatifs apparaissent d’eux-mêmes face aux événements : il faudra les faire émerger nous-mêmes.

Quel est le principe exactement ? 

Nos émissions sont conçues, produites, et diffusées par nous, autour d’un principe de travail en groupe. Cela nous permet de créer du lien et rompre l’isolement, par l’initiative collective. Parler de comment ce confinement nous impacte, parler de nos vies. Du fait de l’aspect très collectif du projet, nous parlons de ce que nous aimerions entendre sur les autres ondes, c’est pourquoi nous tenons, en plus de créneaux plus légers, des créneaux sur le féminisme, l’antiracisme, et les luttes en général, qui ne s’arrêtent pas malgré le confinement. La période du premier confinement a été d’abord un moment de crise du discours : personne ne comprenait ce qu’il se passait, beaucoup ont cru que “rien ne serait plus comme avant”. La réalité et les réflexes des médias de masse ont vite repris le dessus et finalement les discours dominants ont su se ré-imposer, en faveur d’une gestion autoritaire, capitaliste, et libérale de la crise, traitée comme seul modèle possible. L’idée de notre intervention, c’est de ne pas attendre que des discours alternatifs apparaissent d’eux-mêmes face aux événements : il faudra les faire émerger nous-mêmes.

Ce qui est vrai pour la période du confinement est aussi vrai pour le reste du temps : nous savons bien que Radio Pirate ne durera qu’un temps, notre but n’est pas (à ce stade) d’en faire un podcast à durée indéterminée. Mais en encourageant les pirates à participer, à commenter, en nous formant les un.e.s les autres à produire et diffuser des discours, des analyses, de l’expertise, on espère bien nous donner nous-mêmes la capacité de refaire la même chose, sous de nombreuses formes, après la fin du confinement. On ne peut pas attendre que des médias critiques apparaissent pour porter notre parole, il faut la prendre.

Où est-ce qu’on peut vous écouter ?

On diffuse tous les soirs sur la plateforme Twitch, ainsi que sur Youtube. Les podcasts, quant à eux, sont disponibles après l’émission sur Youtube et en général le lendemain, dans un format un peu plus propre sur l’ensemble des plateformes de diffusion.

Y a-t-il des sujets qui te tiennent à cœur qui seront abordés dans la radio ? 

Une chose très importante pour nous depuis le début, c’est que ce projet est largement animé par des femmes, et particulièrement des femmes racisées. Pour nous il y a un vrai enjeu à ce que ces figures-là soient reconnues pour les animatrices du mouvement social qu’elles ont toujours été et continuent d’être. Ca veut dire qu’on est contre l’idée de confiner leurs discours à des thématiques spécifiques, comme ça arrive trop souvent et notamment à gauche : on va parler de féminisme, on va parler d’antiracisme, on va parler de luttes de classe, en même temps. Actuellement par exemple les luttes de sans-papiers sont très actives, et on ne peut pas les réduire à des conflits de personnes étrangères : c’est aussi des luttes qui sont au coeur des conflits du travail, ce qu’on a souvent tendance à oublier.

La diversité des points de vue et des messages portés est extrêmement importante pour moi. Le sujet finalement m’importe peu, c’est surtout la démarche qui compte. L’idée est que toutes les personnes qui portent une émission, des animateurs.trices, aux modérateurs.trices à la technique se forment collectivement et prennent confiance. Nous essayons de porter des voix nouvelles et peu entendues. Nous essayons de rendre un peu de dignité aux personnes en laissant un micro ouvert et un espace de parole bienveillant et combatif. 

Enfin, si je devais choisir un sujet : les séries TV & luttes sociales. J’ai pu le faire dimanche, je suis donc comblée. 

Radio Pirate : http://twitch.tv/radiopiratefr ; http://bit.ly/RadioPirateFR

Aujourd’hui, mardi 10 novembre, l’émission sera consacrée à la santé mentale

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