[DÉFOULOIR] Et si j’étais une personne toxique ?

Attention : ce billet parle de dépression et de maladie mentale. 

J’étais là, tranquille, en train d’attendre je ne sais pas trop quoi, je ne sais qui (enfin si je sais : ma meuf), je scrollais compulsivement sur mon téléphone, bref, je m’emmerdais. Quand soudain, magie des réseaux sociaux, je suis tombée sur un tweet qui parlait de personnes toxiques. Et là, je ne sais pas trop pourquoi, j’ai ouvert le lien, un truc genre : dix types de relations toxiques. Je ne vais pas toutes les citer, mais il y avait celles et ceux (en vrai, c’était écrit « ceux », ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille) qui absorbent votre temps, celles et ceux  qui ont un esprit négatif, celles et ceux qui perdent leur sang-froid, qui vous envient ou encore qui vous stressent.

Et là, angoisse. Mais merde, c’est moi. Je suis une personne toxique.

J’ai repensé à ce que j’appelle mes « crises ». Au climax, je perds mon sang-froid, parfois je crie, à chaque fois, je pleure, fort. Souvent, je me retrouve assise en boule, par terre dans la salle de bain, généralement, j’ai envie de me faire du mal, ça arrive quelquefois. On peut dire que c’est pas exactement le calme et la sérénité qui règnent. En règle générale, cet apogée de la crise survient quand j’ai lutté très fort, en général depuis la crise précédente, pour faire comme si tout allait bien, quand je me suis contenue pour aller bosser, pour épauler mes proches, pour faire toutes ces choses de base qui sont tellement coûteuses en énergie. Mais dans ces cas-là, oui, je perds mon sang-froid. Pendant cette phase, si je ne suis pas toute seule, et il vaut mieux que je ne sois pas toute seule, j’ai besoin que l’on s’occupe de moi, j’absorbe littéralement tout le temps de la personne qui est avec moi, à savoir ma meuf qui veille sur moi et qui fait tout son possible pour que je me calme, pour que je sorte de cette spirale infernale autodestructrice. Alors oui, dans ces moments-là, et même un peu après, je fais partie de celles et ceux qui absorbent le temps de leurs proches, même si, paradoxalement, dans ces moments-là, je hurle que je veux être seule. En général, souvent après une douche froide et quelques anxiolytiques, la tension retombe, je pleure encore beaucoup, mais je me calme. Là encore, j’ai besoin, un besoin vital, qu’on s’occupe de moi, parce que je ne suis plus capable de le faire. Là encore, je fais partie de celles et ceux qui absorbent l’autre, et je le sais. Une fois que je suis plus tranquille, on n’est pas tiré d’affaire, pendant plusieurs jours, tout me pèse. Je ne veux rien faire, si ce n’est rester dans mon lit ou sur mon canapé, volets fermés, parfois à simplement attendre que le temps passe. Et là, je fais partie de celles et ceux qui ont un esprit négatif, et ça dure, mais ça dure si longtemps… Parfois plusieurs semaines. Alors, je n’en fais pas étalage, mais il m’arrive de me plaindre. À toutes les questions, je réponds : « Je ne sais pas », j’ai l’impression de n’avoir de force pour rien, rien ne me plaît, rien ne m’enthousiasme. Oui, j’ai vraiment un état d’esprit négatif. Je jalouse aussi les personnes heureuses, les personnes qui réussissent, les personnes qui ne souffrent pas comme je souffre. Et je suis stressante aussi, pour ma copine, pour mon entourage, pour toutes les personnes qui se demandent comment je vais et à qui j’impose, ou je cache, mes sautes d’humeur.

 

Bref, à la lecture de ce brillant article, et après avoir considéré rapidement ma situation, me voilà convaincue : je suis une personne toxique.

Et puis j’ai repensé à tout ce temps passé hospitalisée, j’ai repensé à toutes ces heures chez la psy, j’ai repensé à toute l’énergie que je dépensais depuis si longtemps déjà. Je suis surtout une personne malade, diagnostiquée et traitée, ma maladie a un nom, c’est la dépression et c’est un énorme fardeau, pour moi et pour mes proches. Je sais les efforts que ça représente de m’accompagner, d’être là, à mes côtés, de rester auprès de moi, malgré les « crises ». Je sais qu’il y a des hauts et des bas et je sais aussi que je ne peux pas être définie simplement par ces bas.

Et il y a une autre chose que je sais, c’est que je suis fatiguée de voir certains symptômes de ma maladie traités à la légère sur des blogs ou des sites merdiques qui m’enfoncent un peu plus et détériorent encore ma confiance en moi. Avoir un état d’esprit négatif, pour une personne dépressive, ce n’est pas une marotte, un caprice, c’est quelque chose contre lequel il faut se battre et c’est un poids terrible. Comme si j’avais le temps de me demander si je suis toxique ! Qu’on se comprenne bien, je suis consciente de demander parfois beaucoup, peut-être trop même, et c’est aussi une chose avec laquelle il faut vivre.

Je ne dis pas non plus qu’il n’y a pas de personnes ou de relations toxiques, mais je suis vraiment lasse de ces généralisations qui contribuent à nier ou minimiser les maladies mentales, à commencer par la dépression, au motif qu’être malheureux.se, c’est pas très sympa pour les autres. Et si moi, en tant que dépressive, je me retrouve à m’interroger sur ma possible toxicité, alors que j’étais simplement dans mon canapé à attendre que le temps passe et que j’avais rien demandé, c’est un peu la double peine.

Illustrations : © Emma Darvick 

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