Disclosure : les transidentités sur grand écran

Disclosure (dont le titre parlera peut-être plus en français : Identités trans, au-delà de l’image) est un documentaire réalisé par Sam Feder. Sorti sur Netflix en 2020 et projeté à Sundance la même année, il aborde les représentations des personnes trans dans la fiction, sur le grand comme sur le petit écran. Voilà pourquoi on vous incite à le regarder :

De l’importance de reprendre le contrôle sur nos images

Devant la caméra se succèdent donc une trentaine d’intervenant.e.s, tous.tes acteur.ice.s, réalisateur.ice.s, producteur.ice.s, et chacun.e apporte son point de vue, témoignage ou analyse. Ces discours sont entrecoupés d’extraits de films, le tout narré par la très pertinente Laverne Cox. Il me paraît important de souligner que pour la création de ce documentaire, Sam Feder s’est entouré d’une équipe presque exclusivement trans. Et ceci explique sans doute la justesse avec laquelle est abordée la thématique de la transidentité.

Entre peur et rire

Tu es un démon ? Extrait de la série télé disclosure (netflix)
Disclosure © Netflix

Laverne Cox nous explique que les personnes trans ont longtemps été représentées comme une entité irréelle, souvent propice au rire. Et dans ces films, le rire est cruel. La femme trans ou l’homme trans est une blague à elle ou lui seul.e. Sauf que nous ne sommes pas dupes. Et c’est d’ailleurs ce dont parle l’actrice et autrice Bianca Leigh : « en tant que personne trans, on est capable d’identifier le moment où une personne rit avec nous, ou de nous. On est beaucoup à avoir de l’humour, et on est même obligé.e.s. Mais on ne veut pas être La blague ».

La fiction conditionne les réactions des spectateur.ice.s d’abord, qui reproduiront ces réactions dans la vraie vie : les personnes trans peuvent ainsi susciter le rire, la peur, le dégoût. Malheureusement, désolé de vous décevoir, mais nous ne sommes pas des tueur.se.s en série, des clowns, des malades, des pervers. Même si, statistiquement, il est possible que quelques-un.e.s se cachent dans nos rangs. Mais dans la grande majorité des cas, les personnes trans ont une vie tristement banale.

Disclosure met également le doigt sur les biais racistes, qui ont été (et sont toujours) légion dans le cinéma américain, à travers notamment le grimage et le travestissement. Comme pour tourner en dérision leur « hyper virilité », les humoristes noirs se voient souvent émasculés, explique Laverne Cox. Qui précise qu’au début de sa transition, sa simple présence suffisait à déclencher le rire chez les passant.e.s, conditionné.e.s par ce ressort « comique » de l’homme noir castré.

Extrait de la série télé disclosure (netflix) - trans culture
Disclosure © Netflix

Le paradoxe de la représentation des personnes trans

Et pourtant, ces représentations sont plus que cruciales. Dans un premier temps, pour les personnes trans elles-mêmes, dans la mesure où ces personnages affectent la manière de se percevoir et de se penser. Ensuite, pour les personnes cis (il est indiqué dans le documentaire que 80% de Américain.e.s ne connaissent pas de personne trans). Le changement des mentalités passe très largement par le changement dans les représentations culturelles, les médias étant un des principaux référentiels dans lequel nous sommes plongé.e.s malgré nous.

Disclosure se penche également sur le paradoxe de la représentation des personnes trans : plus nous sommes vu.e.s, plus l’intrusion est forte. Et selon l’actrice Jamie Clayton, plus la représentation est positive, plus la communauté gagne en confiance, et plus elle est en danger (car plus visible).

Ce cercle vicieux invite à se questionner plus largement sur les politiques de diversité à l’œuvre au sein du cinéma. Ainsi, il faudrait prendre en considération plusieurs aspects (et cela fonctionne pour toutes les catégories minorisées : personnes racisées, handicapées, queer, etc ): comment traite-t-on un personnage trans, mais surtout, pourquoi ? Est-ce qu’il s’agit simplement de cocher des cases en parsemant sa production culturelle de personnes issues de minorités, ou y a-t-il une réelle volonté d’apporter quelque chose de positif ? Est-ce que ces personnes en question ont un rôle à jouer dans le processus décisionnel, ou sont-elles seulement là pour faire joli ?

Extrait de la série télé disclosure (netflix) "my pronouns are they theirs and them. Okay"
Disclosure © Netflix

Et en France ?

Même si Disclosure se centre sur les productions américaines, la France n’échappe évidemment pas à ces problématiques. Pour le moment, chaque film ou série qui me vient en tête présente quelques écueils, même si j’ai l’impression qu’on tend très lentement vers un progrès.   

On pourrait citer Mytho, série produite par Arte et disponible sur Netflix, dans laquelle on rencontre une jeune ado trans.  Le traitement du personnage aurait presque pu être correct. Malheureusement, elle est jouée par un garçon cis, elle se fait mégenrer à foison, subit une violence physique de la part d’un garçon (ben oui, elle aurait pu lui dire qu’elle était trans), et semble abandonner tout passing féminin après cet incident. Encore une fois, je me dis que ces éléments scénaristiques qui nuisent à la fois à la crédibilité de l’histoire, et qui légitiment ce type de comportement auraient pu être évités s’il y avait eu une personne trans dans l’équipe.

mytho série télé sur arte
La série Mytho

Sur la question des rôles de personnes trans joués par des cis, nous avons encore beaucoup de chemin à faire. (Coucou Marie-Castille Mention-Schaar et Noémie Merlant, on vous parle.) A ce titre, allez lire ce court thread de Vikken, où il raconte son expérience en tant que membre du jury au festival Chéries Chéris. Le court métrage en question est catastrophique dans la mesure où il coche toutes les cases des choses à ne surtout pas faire. D’où l’importance de ne pas laisser des cishets faire leur tambouille tous seuls.

screen du thread twitter de vikken activiste et artiste trans
Thread de @vikkenmusic sur Twitter (cliquer sur l’image pour lire)

Quelques pistes à envisager

Une des premières solutions serait de multiplier les représentations, pour que les plus médiocres soient noyées sous la masse, et que la diversité des identités y soit représentée. Chaque personne trans y trouverait son compte, et les cis pourraient mieux saisir les subtilités de nos expériences, identités, et parcours de vie.

Ensuite, il est certain que le féminisme a un rôle à jouer dans le traitement des transidentités à l’écran, et notamment le traitement des personnes transféminines. Je parle ici en tant qu’homme trans : il y a sûrement des aspects qui m’échappent, les enjeux de représentativité des femmes trans étant différents de ceux des hommes. Ne jouissant du privilège masculin, les femmes trans voient leur féminité tournée en ridicule à l’écran. (Tandis que pour les hommes trans (et je ne parle même pas des personnes NB), c’est l’invisibilisation.) Travailler sur le sexisme inhérent au cinéma permettrait peut-être d’adoucir ces stéréotypes, qui collent à la peau des personnages féminins, cis comme trans.

Disclosure est disponible sur Netflix, et je vous invite grandement à le regarder.

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