Harcèlement : #metoo devenu viral sur les réseaux

L’affaire Weinstein a libéré la parole sur le harcèlement et les agressions sexuelles. De nombreuses célébrités ont levé le voile et témoignent pour dénoncer le comportement d’Harvey Weinstein, à la tête de l’empire Miramax. Slate a listé les accusations connues portées contre le producteur et elles sont nombreuses. A l’origine de ce mouvement devenu viral, Tarana Burke, activiste et blogueuse afro-américaine survivante de violences sexuelles, lance la campagne #metoo il y a 10 ans afin de rassembler les personnes ayant subies des agressions. C’est donc un mouvement de soutien aux victimes qui refait surface ces derniers jours.

Crédit : Victoria Siemer, witchoria.com

#metoo

If all the women/ID women, and trans, queers and non binary who have been sexually harassed or assaulted wrote « Me too » as a status, we might give people a sense of the magnitude of the problem.

#moiaussi

Si toutes les femmes/personnes identifiées comme femmes, trans, queer, non-binaires qui ont été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle écrivaient « Moi aussi » en statut, peut-être que les gens se rendraient compte de l’ampleur du problème.

 

Difficile de passer à côté dernièrement, nos fils d’actualité Facebook et Twitter en sont inondés.  Car les prédateurs sont partout : dans nos familles, nos groupes d’ami.e.s, dans le métro, au travail ou dans la rue. Nombreuses sont celles qui avouent avoir été victimes d’agressions, de viols, de harcèlement ou de violences. Une façon de dénoncer la culture du viol dans laquelle baigne joyeusement nos sociétés patriarcales, en déni du phénomène. Mais peut-être plus pour longtemps.

 

#metoo

J’ai 9 ou 10 ans. À l’aube de mes premières règles et lorsque mon corps est en pleine mutation, je me retrouve à plusieurs reprises en danger face à des prédateurs sexuels. Dans un contexte familial, je suis exposée à des hommes adultes qui touchent ma poitrine naissante et/ou mes fesses en faisant des commentaires ambigus sexualisant mon corps d’enfant.

A 11 ans. Août 1998. Mes premières règles me traumatisent. Je ne suis pas prête, je ne comprend pas, personne ne m’a expliqué et je suis en vacances chez mon paternel dont l’unique commentaire est : « Tu seras au moins bonne à une chose : te faire baiser ». J’ai entendu ce genre de remarques toute mon adolescence, jusqu’à couper les ponts avec lui.

A 15 ans. Je prends le métro avec des copines pour les premières fois et rencontre de nombreux prédateurs dans les transports en commun, qui nous regardent avec insistance en se léchant les babines ou en susurrant de drôles de choses.

A 19 ans. Je prends le métro avec une amie qui devient livide pendant le trajet. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. On sort de la rame et elle m’explique en suffoquant que le mec derrière elle lui collait son sexe en érection contre le bas de son dos en se frottant discrètement à elle.

A 20 ans. Je suis en bas de chez moi avec une amie. Des mecs en voiture s’arrêtent nets devant nous. L’un deux sort et nous crache dessus en nous traitant de salopes.

A 21 ans. Après m’être assoupie saoule dans le métro, je suis réveillée par la main d’un homme entre mes jambes. Son visage est à quelques centimètres du mien. Je m’éjecte de la rame, il me poursuit dans les couloirs en me traitant de sale pute.

A 23 ans. Un prof me harcèle de sms ambigus et je regrette rapidement avoir laissé sous-entendre que quelque chose « se passerait ». Il me harcèle par téléphone et finit par me laisser un message signalant qu’il m’attend en bas de chez moi. J’éteins toutes les lumières, coupe mon téléphone et attend que le temps passe.

A 24 ans. J’invite un copain à dormir chez moi après une soirée. Je me réveille au milieu de la nuit son sexe en érection très proche de mon propre sexe, ledit « copain » haletant proche de mon visage.

A 28 ans. Après avoir dis non à plusieurs reprises, je subis une sodomie sans consentement (et ce n’est pas la première).

 

Cette liste est non exhaustive. J’ai passé plusieurs heures ces derniers jours à essayer de lister ces événements et d’en identifier les agresseurs. L’exercice est difficile quand, pour se protéger soi-même, on a préféré oublier un certain nombre d’événements, de violences et les personnes étant impliquées. Une chose est sûre : on comprend très vite que nous sommes des victimes du patriarcat quand régulièrement entre potes, dans le métro, dans la rue ou dans sa propre famille, des hommes nous agressent physiquement ou nous harcèlent.

Ma cousine m’a donné une bonne leçon d’empowerment dernièrement : agressée et humiliée par un mec à la sortie d’un club parisien, elle l’attrape par le bas du visage, le colle contre le mur et lui envoie son plus gros poing dans la gorge. Il suffoque et tombe à terre.

Avant de créer une ville non-mixte et sortir définitivement de ce système, réunissons-nous en milice et prenons les armes.

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