Les complaintes de M. Lamar : portrait du jumeau punk de Laverne Cox

Difficile, aujourd’hui, d’ignorer qui est Laverne Cox, tant l’actrice trans américaine est devenue une icône mondiale depuis le succès d’Orange Is the New Black. Ce que beaucoup ignorent pourtant, c’est que Laverne a un frère jumeau doué lui aussi de nombreux talents : l’artiste et performeur M. Lamar.

 

 

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Les spectres de l’esclavage

Après avoir étudié la peinture à San Francisco puis la sculpture à la prestigieuse Université de Yale, il s’est tourné vers le metal avant de devenir performeur à New-York. Aujourd’hui, son travail traite principalement de la mort, de la perte, du deuil et du traumatisme au sein de la communauté noire américaine, de l’histoire de l’esclavage et de ses innombrables conséquences. Un univers sombre et punk («négrogothique», comme il aime à le définir) et une critique sociale radicale : «Les plantations sont encore ici. Les navires négriers sont encore ici. Ils sont simplement incarnés par les prisons. Mon travail rend visible ce lien», confiait-il à Vice US en 2014.

À Amsterdam, où je l’ai vu jouer cet été dans l’ancien squat Vrankrijk, ses complaintes mélancoliques croisant metal et opéra (M. Lamar est un contre-ténor classique) ont plongé l’assistance dans un silence ému et songeur. Cette esthétique goth et cette imagerie troublante sont amplifiées dans ses vidéos obscures et dérangeantes : dans le clip de Badass Nigga, il y conduit des mecs blancs nus à la guillotine où il les force à lire Hegel, psalmodiant des «fuck you» de sa voix haut perchée, un fouet noir —censé représenter le phallus noir— à la main.

 

 

Le phallus noir et l’inconscient collectif

Si M. Lamar rejette l’étiquette gay (un terme trop blanc et trop bourgeois selon lui), il se définit tout de même comme «homosexuel pratiquant». En couple avec un homme blanc depuis plusieurs années, l’artiste s’intéresse également au désir interracial et à la masculinité noire, au lynchage et à la castration des Noirs par les Blancs. «Certaines personnes essayent de rendre le désir apolitique. On ne peut pas contrôler qui on aime mais on peut analyser pourquoi», explique-t-il, toujours à Vice.

L’homme est provocateur, complexe et ténébreux, à l’image de ses clips truffés de références intellos. Le «negro gothic devil-worshipping free black man in the blues tradition» n’a décidemment pas fini de faire parler de lui.

 

 

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Matthieu F. – Twitter : @Matthieufoucher