Monkeypox : où sont les vaccins ?

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Le monkeypox ou variole du singe se diffuse rapidement dans la communauté gay, notamment en région parisienne. Depuis déjà plusieurs semaines, beaucoup d’homosexuels s’efforcent de se mobiliser, en diffusant de la prévention ou en interpellant les médias et les politiques sur la situation. Car deux mois après les premiers cas en France, l’accès au vaccin reste très compliqué. Plusieurs témoignages soulignent que le dispositif mis en place par les autorités est loin de répondre aux besoins.

Un article écrit à quatre mains par Benjamin et Maxime.

Mise à jour : Le 8 juillet 2022, la Haute autorité de santé a recommandé l'ouverture de la vaccination aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et personnes trans multipartenaires, aux travaileurs·ses du sexe et aux professionnels des lieux de consommation sexuelle.

577 cas de monkeypox avaient été recensés au 5 juillet 2022, dont 97 % chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Avec 372 cas, l’Île-de-France est de loin la région la plus touchée.

Si la maladie est dans la plupart des cas sans gravité, elle peut être douloureuse et elle contraint en outre les malades à s’isoler pendant trois semaines. Parmi les pédés franciliens, nous sommes nombreux à nous inquiéter pour nous mêmes et pour nos proches.

Un vaccin existe : celui de la variole, efficace de 80 à 85 %. Les témoignages que nous avons recueillis montrent qu’il est cependant très difficile d’accès en région parisienne. 

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Un vaccin disponible pour les cas contacts… théoriquement

Suivant les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), le vaccin contre le monkeypox est normalement proposé aux cas contacts des personnes qui ont contracté la maladie. L’agence régionale de santé d’Île-de-France a annoncé le 5 juillet ouvrir plusieurs centres de vaccination à Paris et en Petite Couronne.

Selon plusieurs témoignages de gays parisiens que nous avons reçus, il était encore possible de se faire vacciner fin juin, malgré quelques cafouillages. Maël, nous raconte qu’après un plan cul qui s’est avéré malade il y a deux semaines, il a été orienté vers le 15 (le SAMU) : « ils étaient complètement paumés et après 20 minutes d’attente on m’a donné le numéro du service maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière. Eux m’ont dit de rappeler si j’avais “plus de symptômes” ». 

Depuis, les rendez-vous semblent majoritairement se prendre par mail : « pour le coup les réponses sont assez rapides sauf qu’elles sont toutes négatives » raconte Paul. Non seulement les créneaux sont insuffisants pour répondre à la demande, mais certains services hospitaliers n’ont même pas les doses de vaccin. C’est ce que raconte Lucas : « J’ai essayé La Pitié, on m’a répondu “Plus de places regardez ailleurs”. À Saint-Antoine on m’a dit “Pas encore de doses et on ne sait pas quand elles vont arriver”. J’ai essayé Avicenne, je les ai eus à la quatrième tentative et ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas de place avant le 18 juillet. J’ai essayé Raymond-Poincaré et on m’a dit qu’il n’y avait pas de dose comme à Saint-Antoine. »

Selon le schéma prescrit par la Haute Autorité de santé, le vaccin doit être administré idéalement dans les 4 jours après la date du dernier contact à risque et au maximum 14 jours plus tard. Concrètement, beaucoup de personnes cas contacts n’arrivent pas à obtenir de rendez-vous dans ce délai.

Le contact tracing inexistant

Selon le site de l’ARS, les coordonnées des centres de vaccination sont « communiqué[e]s aux personnes cas contact à risques, potentiellement éligibles à la vaccination, par l’ARS Île-de-France lors de l’échange avec la cellule Contact tracing. » Problème : la plupart des hommes dont nous avons reçu le témoignage n’ont pas été contactés. Seul Nicolas a reçu un message : « J’ai été cas contact le 25 juin et signalé immédiatement. L’ARS m’a contacté le 5 juillet ! » Tous ont dû compter sur le signalement de leur partenaire pour se savoir cas contact.

« Pas de contact par l’ARS. C’est le mec que j’ai rencontré qui m’a informé sur Grindr. »

Alexandre

Selon un médecin infectiologue d’un des hôpitaux proposant la vaccination, cette situation est « un problème de ressources humaines ». Il nous raconte que son service réalise environ 25 vaccinations par jour : « C’est loin d’être à la chaîne. Il faut recueillir plein d’info, réexaminer le patient, renvoyer des tableaux à l’agence régionale de santé, à Santé publique France, commander les doses à la pharmacie, etc. » Le tout dans des hôpitaux déjà en crise et confrontés à la septième vague de Covid-19.

Et après ?

Toujours selon ce médecin, « Il faut passer la seconde : la priorité est de vacciner en masse et pas de faire des mini investigations de chaque nouveau cas ». 

Le ministère de la Santé a justement saisi la Haute Autorité de santé afin qu’elle rende un avis sur la vaccination préventive des HSH ayant plusieurs partenaires, comme c’est déjà le cas au Canada, au Royaume-Uni ou à New York. Retour attendu pour le 14 juillet…

Une décision que nous sommes nombreux à attendre. Mais à l’heure actuelle, le système hospitalier n’a visiblement pas les capacités de répondre à la demande. Qui plus est, aucune information n’est diffusée sur les stocks de vaccin disponibles. Même si la vaccination devait être plus largement ouverte dans les semaines qui viennent, il est permis de douter d’un accès effectif durant l’été.

Mise à jour : Le 8 juillet 2022, la Haute autorité de santé a recommandé l'ouverture de la vaccination aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et personnes trans multipartenaires, aux travaileurs·ses du sexe et aux professionnels des lieux de consommation sexuelle.

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