Spectres

Otto Steinert, « Ein Fussgnger » Bvd. St. Michel, Paris, 1952

 

Spectres

 

Tu marches sous l’œil froid de la lune

Suivant des pas que tu connais

Tu repenses à ta vie d’avant

et frappé de mélancolie,

Déambulant de nuit t’interroges :

 

Que reste-t-il de cette existence,

De cette personne,

triste avatar

Que tu as si vainement tenté d’être

Jour après jour, échec brûlant,

Fantôme muet pantin blafard.

 

Comment faire le deuil de cette vie,

De tes désirs contrariés,

De tes mensonges et de tes peines,

De toutes ces années volées ?

 

Que faire de ces souvenirs troubles

Qui appartiennent à quelqu’un d’autre

Encombrants, faux, gris,

contrefaits,

T’apparaissent si étrangers maintenant.

 

Ils sont la vie de quelqu’un d’autre

Que tu as tout fait pour détruire

Enterrer

Effacer

Anéantir.

 

Ce sont des fragments de toi pourtant,

Des spectres qui partout te suivent

A jamais irréconciliés

A jamais errant dans ta brume.

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