Notre BO de l’été par L’Impératrice

Temps de lecture : 12 minutes

Avec trois EP à son actif, le  prix du public Deezer 2016, une entrée remarquée sur la compilation L’Esprit Inter 05, L’Impératrice fait beaucoup parler d’elle. Ses membres évoquent souvent leur goût pour les musiques de films. Pour Souslajupe, Charles et Hagni n’ont pas fait leur apparition sous une boule à facettes mais à la terrasse du Mansart où ils nous ont aidé à composer notre bande-originale de l’été.

 

 

La musique de départ en vacances pour regarder le paysage défiler, l’odeur du goudron par la fenêtre, le bruit des véhicules qui passent…

Charles : En fait, c’est hyper dur, c’est marrant, c’est toujours ce qu’il y a de plus difficile de parler de musique, par défaut en interview on parle toujours de nous, de ce qu’on fait, de comment on s’est rencontrés et on a perdu l’habitude de vraiment parler de musique mais en soi c’est ce qu’il y a de plus dur…

Hagni : Moi j’en ai une de musique, mais c’est une chanson pour le coup, le groupe s’appelle Brazilian Girls. Je me rappelle, c’est cette chanson que j’écoutais quand je partais de Kyoto, j’étais dans une sorte de mini-van qui allait prendre chaque passager dans Kyoto à 7h du mat, on passait dans les galeries marchandes où il n’y avait personne alors que normalement c’est bondé et c’était la musique parfaite.

Charles : Pour moi, c’est assez récent, on a joué il y a quelques semaines en Italie à Florence et on a eu la chance de pouvoir jammer avec Nancy Whang qui est la claviériste de LCD Soundsystem et elle a demandé au groupe de l’accompagner piano-voix et avec d’autres instruments, violon, violoncelle et Flore notre chanteuse faisait la deuxième voix. Elles ont chanté ce morceau des Alessi Brothers qui s’appelle « Seabird» et que j’ai découvert à ce moment et qui pour moi cristallise ce départ en vacances. Il y avait l’ambiance italienne, on a joué pour une marque plutôt haut de gamme donc on était dans un décor idéal. Ça a été assez paradisiaque, il faisait très beau, la ville était sublime et depuis j’écoute vraiment souvent ce morceau. Avec l’arrivée de l’été, c’est très bien, c’est un morceau à la fois très joyeux et très mélancolique, ça parle d’un oiseau, sans doute de la famille des mouettes. Bref, un morceau qui est très beau, qui date des années 60-70 qui tape vraiment dans ce qu’on aime écouter, dans une ambiance très pop.

Le morceau pour rester chez soi, quand on est en plein mois de juillet, et qu’il pleut, que c’est pas vraiment l’été et qu’on a bien envie que ça le soit ?

Charles : Il pleut, donc il y a quand même beaucoup de mélancolie… Je dirais l’inépuisable « Veridis Quo » de Daft Punk sur l’album Discovery, leur deuxième album… C’est un morceau intemporel pour moi qui vieillira jamais, qui n’a jamais vieilli et pour le coup concentre suffisamment de mélancolie et à la fois d’espoir ou quelque chose de très large, un horizon assez large, pour pouvoir te permettre de t’évader de chez toi tout en restant enfermé.

Hagni : Franchement, je suis totalement d’accord ! Y a clairement un consensus sur ce morceau…



Le morceau qui accompagne le premier café du matin, l’horloge biologique encore calée sur le rythme métro-boulot-dodo ? 

Charles : Il faut un truc énergique quoi… Un truc un peu aérobic, un peu salle de sport. Ce morceau d’un groupe norvégien qui n’a fait qu’un seul tube et qui s’appelle hubbabubbaklubb, ça s’appelle « Moppedbart »… c’est pas mal pour le matin, un truc un peu élastique, gymnastique. Ça te fait lever du bon pied…

Hagni : Le silence. Pas de musique. C’est le seul moment de la journée où j’aime pas trop écouter de musique, en fait. Je préfère être vraiment réveillé pour ça…



  –

Le morceau pour la baise du 15 août ? 

Charles : Un morceau hot, du coup… (rires et hésitations)  Ah si, moi j’ai un morceau pas mal de Jkriv & The Disco Machine qui s’appelle « Make it hot » avec une chanteuse française qui répète en boucle « Make it hot », y a un moment où elle parle en français sur une petite mélodie un peu house, elle parle aux gens et  elle dit « Allez, ça chauffe là, monte le son ». Moi j’écouterais bien ça, dans une fête de village, perdu en Corse, en août.


Et quand on a un coup de soleil, pour souffrir, on écoute quoi ? 

Charles : Il faut un truc apaisant là… Peut-être un truc de classique…

Hagni : Personnellement, j’ai jamais expérimenté de coups de soleil… Un morceau de classique apaisant… Y a du Mozart, toujours. Le deuxième mouvement du 23e concerto pour piano de Mozart…

On peut dire le 20e ou le 21e aussi.  Non, le 21e, il est moins sombre, moins dramatique. Le dénouement est très léger, ça permet d’apaiser, justement.

Charles : J’ai un morceau assez génial pour ça, c’est un morceau du Vénézuélien Daniel Grau, ça s’appelle « Con el cielo en tu ojos » de Daniel Grau. C’est un titre composé dans les années 60 et qui est pour moi un des morceaux les plus apaisants qui soient. A défaut du soleil qui a cramé ta peau, là tu l’as dans les yeux et dans les oreilles…

Le morceau qu’on écoute quand on est coincé.e.s à Paris et qu’on veut se sentir ailleurs…

Charles : Je dirais n’importe quel morceau de Steely Dan… « Do it again » ou « Aja »… Steely Dan, c’est le côté un peu escapade, c’est de la variète américaine, c’est un peu le Johnny Haliday Américain, quoi… mais en fait il groove à mort.

Hagny : Moi, ce serait un morceau de Gilberto Gil qui s’appelle « Palco », en écoutant la chanson, t’es directement plongé dans une ambiance carnaval et du coup tu voyages direct.


Et vous, vous écoutiez quoi, au début des vacances, à 17-18 ans ? 

Charles : J’écoutais des vieux classiques de rap français, genre Doc Gynéco, « Première Consultation », tout l’album quoi. Des morceaux comme « Dans ma rue », « Ma salope à moi » ou « Nirvana ». C’est un peu des morceaux de début d’été de bachelier, quoi, où t’as plus trop de limites, t’as 18 ans, mais t’es quand même un gros gamin, et tu scandes ces paroles qui n’ont aucun sens mais qui sont quand même salaces, tu les scandes avec tes potes et t’es hyper fier et t’as l’impression d’appartenir à un truc cool, et « à nous la liberté », quoi…


Hagni : Je me rappelle que j’écoutais beaucoup d’AC/DC mais je me rappellerais même pas d’un morceau en particulier…

Et vous, vous faites des playlists de vacances ? 

Charles : On a des playlists de «van » plutôt, parce qu’on prend le van, on est 8 à l’intérieur…

Hagni :  Y a les moments où il faut rester éveillé.e.s, des moments où tout le monde est un peu vénère parce que ça fait 5 heures qu’on est sur la route, donc tu vas pas mettre un truc trop vénère non plus… En soi, quand on conduit, le meilleur truc, ça reste quand même le rock. Avant tout « Sympathy for the Devil » des Stones., ça marche vraiment très bien… Je suis pas très fan des Stones mais sur la route, ça marche bien. Alors que les Beatles sur la route, c’est un peu comme Simon and Garfunkel, c’est bizarre, ça colle pas.


Mais ça dépend si t’es passager ou conducteur aussi, je pense… Clairement, les trucs qui tabassent, c’est beaucoup mieux quand t’es conducteur que passager… Le gros débat dans le groupe, ça reste Rage against the Machine. Les deux conducteurs aiment bien, et le reste du groupe, non.

Donc toi, Charles, pas de Rage against the Machine ? 

Charles : Non, c’est trop énervé pour moi, c’est pas ma came… Je respecte totalement, même si à chaque fois qu’il met ça, je peux pas m’empêcher de taper un laïus pour expliquer à quel point c’est de la merde, c’est plus par provocation on va dire. Sinon, y a du Last Shaddow Puppet, du Daft Punk époque Homework… Si c’est moi, ce sera plus disco en général.

Hagni : Et la bossa, ça marche bien aussi…Il y a un album de Chico Buarque avec Ennio Morricone… En fait Morricone a réarrangé toutes ces chansons qui existaient déjà et l’album est magnifique. Tout le disque s’écoute tellement facilement et c’est tellement bien… ça s’appelle Sonho de um Carnaval. C’est vraiment très très beau, c’est vraiment de la bossa, mais avec la patte d’Ennio Morricone, chaque chanson est un tableau, en fait.


Et vous avez le temps d’avoir des coups de cœur musicaux ? 

Hagni : J’ai envie de dire un truc tellement beauf… Honnêtement la musique du dernier épisode de Game of Thrones. Ça a fait passer un cap, c’était parfait, les dix premières minutes du dernier épisode étaient vraiment magnifiques.

Charles : Je pense que ça fait pas forcément l’unanimité, parce que j’ai vu pas mal de parodies. Mais cette ouverture est merveilleuse, y a un truc ciné incroyable.

Hagni : Y avait vraiment un bon équilibre, un équilibre très fragile entre le truc pop du piano et une orchestration qui au final est assez basique aussi mais c’est extrêmement efficace et plaisant.


Charles : Moi, c’est un edit d’un groupe qui s’appelle Maya, le morceau s’appelle « Lait de coco », c’est un édit d’un collectif parisien qui s’appelle Les Yeux Oranges. En fait, c’est un disque, un 7 inch, qui est impossible à trouver, qui vaut une fortune, et ils se le sont procuré et ils ont fait un edit disco génialissime, parfait pour l’été qui est superbe, c’est vraiment mon dernier coup de cœur.

Et y a d’autres situations dans lesquelles vous écoutez un truc particulier, une playlist particulière ? 

Hagni : Moi j’ai un playlist « dodo » en fait, qui est la même depuis je sais plus combien de temps. C’est que de la BO, y a deux trucs qui reviennent tout le temps : un thème qu’a fait Daft Punk pour le film Tron, le morceau s’appelle « Adagio for Tron », c’est une petite musique assez mélancolique et très jolie. Et y a un autre morceau, encore plus obscur, c’est la BO d’un jeu vidéo qui s’appelle Metal Gear Solid, le compositeur est Japonais. Au Japon, ils ont une certaine façon de faire du jazz un peu lounge, ce qui en général n’est pas trop ma tasse de thé, mais c’est un morceau au piano seul, ça dure 3 minutes et c’est assez joli.

Charles : Oui, j’ai une playlist BO que j’aime bien réécouter constamment. Plus on fait de la musique, plus l’oreille évolue et ça, ce sont vraiment des morceaux sur lesquels j’ai eu un émoi. Il y a ce genre de morceaux que t’apprécies à la longue et des morceaux plus immédiats et là ce ne sont que des morceaux immédiats, d’Ennio Morricione, de François de Roubaix, de Michel Legrand. J’ai cette playlist que j’aime bien réécouter pour voir comment mon oreille évolue et j’aime bien me tester sur ma capacité à conserver ces émotions intactes, cette immédiateté, et je pense que ce sont les seuls morceaux qui me procurent autant d’émerveillement, ce sont mes classiques en tout cas. Dernier domicile connu de François de Roubaix, Il était une fois dans l’Ouest d’Ennio Morricone, surtout le thème pour Claudia Cardinale, même le thème de l’harmonica, c’est des morceaux de Cosma aussi. Et y aussi deux trois morceaux de Jean-Michel Jarre qui se sont glissés dedans. J’ai été voir La loi de la jungle et j’ai été assez frappé par la BO hyper éclectique, justement, où t’as du Jean-Michel Jarre en plein milieu, et des espèces de phases de noise, c’est assez génial, ce sont des musiques intemporelles, qui se prêtent à énormément de choses et qui font toujours le même effet.


Chez Souslajupe, on a une question traditionnelle, c’est « qu’est-ce que vous cherchez Souslajupe ? » Mais du coup, on écoute quoi, Souslajupe ? 

Charles : Quelque chose de très intime… Forcément. Mais je pense que si tu te retrouves vraiment sous la jupe d’une fille, c’est très contextuel, mais ce que t’écoutes en premier, c’est le battement de ton cœur. Ça fait une espèce de caisse de résonnance, et t’es dans une situation extrêmement intime, qui peut être un peu gênante, t’es dans l’expectative, parce que si t’es sous la jupe, c’est qu’il va se passer forcément quelque chose après… Tu t’entends respirer… Tu t’imagines comment ça va se passer ensuite mais je pense que t’entends plus rien d’autre que ta respiration et les battements de ton cœur et le sang qui coule plus rapidement dans tes veines. Et tous les bruits extérieurs, tu les entends plus du tout. Je pense, en tout cas, j’essaie de me mettre en situation.

Hagni : Sinon, t’as la musique des Dents de la Mer dans la tête en te demandant ce qu’il va se passer…


L’Impératrice est en concert vendredi 8 juillet dans le cadre du festival Days Off à la Philharmonie de Paris avec Bagarre, Fischbach, Isaac Delusion et Pépite dans le cadre de la soirée Hexagone. 

 

https://soundcloud.com/l-imperatrice