« C’est dans la rue que ça s’écrit » : DjREÏNE nous invite à l’action

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Beatmakeuse et productrice, DjREÏNE a fait ses armes au sein du groupe post-punk Periods. Aujourd’hui sa musique entremêle des influences techno, ambient et hip hop. Elle a dévoilé la semaine dernière « WATCH OUT », premier extrait d’un EP Puisque nous ne sommes pas leur priorité, organisons-nous composé de six tracks qui alternent entre ambiances industrielles techno et sonorités plus mélancoliques aux frontières de la synthwave.
Ses paroles ramènent à des questions collectives. En live, elle est accompagnée de deux danseurs Ensemble Kinêtikos qui évoluent sur scène sur la base de techniques d’improvisation, une manière de renouveler leur relation avec le public et avec les espaces scéniques de chaque concert. Parallèlement à ce travail de production et de performance live, DjREÏNE travaille sur les clips des 6 morceaux de l’EP qui, mis bout à bout et scénarisés, ont permis la réalisation d’un film expérimental et performatif de 35min. Rencontre.

Hello, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions ! On t’a découverte avec Periods. Est-ce que tu peux présenter DJ Reïne ? Qui es-tu ?

Hello, merci à vous, super ce lien via Periods ! Je m’appelle Irène et j’ai 23 ans. Après des études en philosophie, j’ai tout arrêté pour me consacrer à la musique. Je suis aujourd’hui dj, productrice et beatmakeuse. DjREÏNE est mon nom d’artiste pour tous mes projets musicaux. J’ai commencé le live avec Periods dans lequel je jouais et en tant que dj dans des soirées clubs et pour des pièces de danse. Ces deux univers m’ont donné envie de créer un projet solo dont le premier EP « Puisque nous ne sommes pas leur priorité, organisons-nous » sort petit à petit depuis fin novembre. C’est un projet techno/synthwave où je chante (ou plutôt où je parle/slame ? À chacun de choisir haha). En parallèle, je collabore avec d’autres artistes notamment dans le rap. J’ai produit le futur EP « Fête Noire » de la rappeuse Le Z. Je travaille aussi beaucoup avec des compagnies de danse pour qui je crée des bandes sonores et joue en live. DjREÏNE est donc un nom / pseudo pour tous ces projets réunis.

Tu sors Watch out : c’est un peu un morceau pour nous appeler à aller manifester. On s’organise pour quoi, alors ? Quelles sont les revendications que tu entends porter, qui te parles ?

Depuis que je fais écouter mes morceaux, beaucoup de personne me font remarquer le côté engagé et revendicateur de mon projet. Je n’avais pas du tout ça en tête en les créant mais je pense que cela fait partie de moi !
J’ai quasi réalisé tout cet EP durant le premier confinement. Ce type de période en suspens force à trouver des moyens techniques et créatifs parallèles, peut-être plus périlleux de prime abord mais au fond plus authentiques. 
Je pense qu’on peut s’organiser pour trouver ces outils parallèles, que ce soit dans les arts que dans la société. Il n’y a pas à attendre une structure officielle pour s’organiser, créer du lien, un projet et surtout pour aider des personnes dans le besoin.
Mes revendications portent sur beaucoup de sujets. Je dirai sur le droit des exilés, le droit des femmes, de la communauté LGBQIA+… Un humain est un humain. Il n’existe jamais de bonne raison pour catégoriser des humains selon leur origine, milieu ou orientation sexuelle. Je me rends très peu en manifestation mais si je suis face à ce genre de situations d’injustice dans ma vie quotidienne, que ce soit en soirée, dans la rue ou dans le métro, je peux passer trois heures à me mettre en colère contre une personne devant elle sans m’arrêter. Mes amis peuvent en témoigner haha

Est-ce que tu peux nous parler de ton travail sur ce titre ? Il est très différent des influences post-punk et pop de Periods ?

Ce titre a un travail différent des autres titres de l’EP.
J’avais un Korg Minilogue et un Bass Station à l’époque, je crois.
Les cinq phrases que je récite en boucle durant toute la chanson proviennent d’écrits imprimés sous forme de cartes postales de l’écrivain et ami Francois Durif. Certaines d’entre elles viennent elles-mêmes de pancartes trouvées durant des manifestations. J’avais accroché ces cartes postales au-dessus de mon bureau dans mon studio. Un jour sans inspiration, je les lisais en boucle complètement découragée par mon syndrome de la page blanche jusqu’à ce que l’idée me vienne de les mettre en musique. Par rapport aux autres titres dont les écrits proviennent de ma propre vie, ça a été un peu un travail de mosaïque pour celui-ci !
Les influences musicales sont différentes mais je pense que les deux projets se rejoignent par leur esprit général, dans leur côté fédérateur et engagé. Mon expérience au sein du groupe Periods a été fondatrice et un énorme pilier à la réalisation de ce projet solo. Dana (fondatrice du groupe) m’a prouvé, comme je le disais plus tôt, qu’il était possible à son échelle d’affirmer ses positions et ses combats par la musique. Elle m’avait offert le livre de Viv Albertine (guitariste des Slits) « De Fringues, de musique et de mecs », livre à lire absolument ! Il a eu un gros impact sur ma façon d’envisager la musique je crois.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Tout peut être inspirant. Je dirai bien sûr en premier la dimension live des concerts où je me rends, des paroles de chansons mais aussi des pièces de danse, des peintures, etc
Entendre le parcours de vie d’une personne, quel qu’il soit, et souvent sans aucun rapport avec la musique, est aussi très inspirant pour moi.

Peux-tu nous parler des lives ? Pourquoi être accompagnée de danseurs ?

Le live est pour moi une part essentielle à mon projet. J’ai commencé à jouer en live et à composer de la musique pour des pièces de danse. La danse a fait et fait toujours partie intégrante de mon développement en tant que musicienne. J’ai suivi plus de dix ans de cours de danse en conservatoire, et j’ai longtemps hésité entre me plonger dans la danse et la musique pour en faire ma vie. J’ai rencontré il y a deux ans les deux danseurs et fondateurs de la compagnie Ensemble K/i/nêtikos. Nous sommes très vite devenus amis et j’ai réalisé pour eux beaucoup de leurs bandes sonores. Lorsque j’ai crée mon projet solo live, je leur ai très vite proposé de m’accompagner sur scène.
Je pense que cette forme n’aurait jamais vu le jour si je ne les avais pas rencontrés. Ils connaissent mon univers et je connais le leur, nous nous suivons en live plus comme un vrai groupe de musique que comme une collaboration entre deux univers artistiques différents. Enfin, le métier de musicien est dans mon cas est très solitaire alors que je ne le suis pas du tout dans la vraie vie. J’ai beaucoup de mal à créer une identité et l’image d’un personnage musical solo, que ce soit par les réseaux ou dans le live. Je préfère être sur scène avec d’autres artistes ou musiciens.

Ton premier EP solo est prévu pour mars 2023 : peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui, cet EP « Puisque nous ne sommes pas leur priorité, organisons-nous » est constitué de six différentes tracks. La prochaine sortira en janvier prochain et les autres suivront jusqu’en mars prochain ! Les six tracks nous font passer d’ambiances industrielles techno à des ambiances plus mélancoliques à la limite de la synthwave. Les paroles ramènent à des questions collectives. Je me suis beaucoup inspirée pour la voix de projets comme ceux de Miss Kittin, Louisahhh, Kae Tempest ou Coucou Chloé.
Sur l’EP, trois des six titres ont été crées pendant le premier confinement. J’ai eu durant cette période la chance d’avoir accès au lieu d’arts et de performance Le Générateur, alors sans activités face aux restrictions, que j’ai investi comme lieu de tournage. J’ai ainsi remplacé le format live par le format vidéo en réalisant des clips. En totale auto-production, et grâce à l’aide de mes amis artistes (danseurs, acteurs, vidéastes), les six clips des six tracks de l’EP « Puisque nous ne sommes pas leur priorité, organisons-nous » ont pu être réalisés. Mis bout à bout et scénarisés, ils ont permis la création d’un film expérimental et performatif de 35 min du même nom que l’EP. Le film sera disponible en entier à la fin des sorties !

Est-ce qu’on aura l’occasion de te voir sur scène d’ici là ?

Oui, je joue le 20 janvier prochain au Générateur. Cette soirée sera l’occasion d’inaugurer la création de mon collectif hiphop / techno Queen’s dead. C’est un collectif dont l’ensemble des bénéfices reviennent à des associations d’aides aux exilés et à la protection des femmes. D’autres supers artistes y joueront aussi !
Je joue aussi le 19 janvier à La Marbrerie en djset pour le collectif Ones to Watch et pour d’autres dates annoncées plus tard dans l’année. Merci pour l’interview !