Chroniques d’un été sans baiser #2 : Là où j’ai voulu faire des nudes

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La Kahena - Photo gaelle matata - Friction Magazine drag culture
Crédit photo : Gaëlle Matata

Deuxième épisode des déboires estivaux de La Kahena. Retrouvez toute sa chronique par ici.

Je suis prête. La lumière est parfaite, je suis même allée chercher mes guirlandes de LED chez mes parents. J’ai installé ces dernières à l’endroit parfait pour que la lumière éclaire les zones importantes. J’ai pris une longue douche, gommage complet, pédicure, rasage, lait pour le corps au jasmin, crème sur le visage, une petite touche de parfum à l’ambre. Je mise tout sur cette soirée. Je vais faire les meilleurs nudes de ma vie ! 

Oui, je suis si dramatique dans l’exécution de mes projets et alors ? Toujours se demander « What Would Cersei Do ? » avant de faire quelque chose et agir en conséquence. Je sors de la salle de bain, pimpée comme jamais, je me sens aussi fraiche qu’Elizabeth Taylor dans Cléopâtre. Je m’allonge sur mon clic clac trônant au milieu du palais de 10m carré que je sous-loue le temps de récupérer mon château du 16ème arrondissement, ce dernier étant occupé illégalement depuis plusieurs années par un hétérosexuel prétendant à ma position d’enfant roi : mon frère (un mec hyper sympa soit dit en passant).

Téléphone à la main, je commence la session érotico-porno-artistique. Une dizaine de clichés. Je m’arrête et regarde ce que ça donne. Même Stéphane Bern en porte-jarretelles aurait été plus bandant. Je ne me décourage pas. Deuxième tentative, un échec ! Troisième tentative, toujours un échec ! Petite pause, je me sers un verre de blanc, me roule un petit joint du courage et c’est reparti. Quelle mauvaise idée, malheureuse ! 

Évidement suite à cet encouragement spiritueux, ma créativité s’est envolée vers l’oubli du respect de soi et de son corps. 

Il est 3h du matin, je suis à quatre pattes sur mon lit, dos cambré, regard de chaudasse qui a faim, le téléphone posé sur le meuble TV en face. Il reste 5 secondes sur le retardateur de l’appareil et Sabrina chante son amour des hommes dans BOYS en fond sonore. Je donne tout, je fais l’amour à la caméra. Je souhaite d’ailleurs prendre un moment pour remercier le destin qui n’a pas laissé trainer de perruques devant moi ce jour-là. Ceci dit, il a laissé traîner Jean-Eude, mon renard issu d’un élevage parisien chic et raffiné : Kiloshop

Me voilà donc, je rappelle, nue, en position idéale pour un accouplement, le regard lubrique, un renard mort sur le dos. Je ne sais ni quoi ni à quel moment quelque chose a mal tourné dans ma vie ou mon enfance, mais clairement un traumatisme se cache là-dessous. 

Si je suis aujourd’hui capable d’un tel réalisme face à cette situation, j’insiste sur le fait qu’au moment de l’action je trouvais ces photos extraordinaires d’originalité et de grande qualité artistique. 

Partant de ce constat, je me lance donc dans une nouvelle série de photos et je tente alors des poses un peu plus acrobatiques. 

Première pose. J’y vais gentiment, je me contente de remonter les jambes en arrière afin d’exposer l’entièreté de ma lune à la vue du monde. Neil Armstrong qui ? Pas d’éclipse ce soir-là les enfants. Je regarde les photos. Je pense à Anna Nicole et à toutes les souffrances qu’elle a dû endurer pour pouvoir être bonne et nue en couverture de magazines. Ces photos sont ma souffrance !

Je décide donc de voir plus grand. Mes plans manquent encore d’un petit je ne sais quoi qui fera toute la différence. 

Je me mets alors debout sur mon lit. Oui, debout. Il y a parfois des choix inexplicables et regrettables qui sont fait pendant la vie. Toujours dans l’optique de mettre en avant mes airbags arrière, je vous rappelle. Nous les appellerons les dodues, ça sera plus simple que d’essayer de trouver des métaphores toujours plus folles les unes que les autres. 

Je décide donc de me pencher en avant afin de faire ressortir les dodues sur les images à caractère érotico-porno-artis… de qui je me fous, c’est clairement porno à ce stade ! Mauvaise idée. Très mauvaise idée. Très très mauvaise idée Kahena ! J’ai chu de la couchette. Non non je ne fais pas ici d’humour sordide, je me suis réellement et violemment cassé la gueule sur ma table basse. 

Il doit être 4h du matin, la douleur commence à s’emparer de mon pauvre petit corps. Je lâche un râle de douleur. Mais un râle que tu essayes de retenir car tu as peur de réveiller les voisins. Voisins que tu as déjà réveillés les deux nuits précédentes à cause du son trop fort de la TV.

Malheureusement le mal était déjà fait, voilà que le voisin tape sur le mur. Tant pis. Je remercie même à nouveau le destin qui ne l’a pas fait venir sonner chez moi ce soir-là. Je n’aurais pas assumé. 

Sachez chèr.e.s lecteur.ice.s que j’ai pleuré à la suite de ces évènements. Et je suis officiellement redevenue une des nombreuses personnes qui envoient des photos de merde sur les applis. Au moins les fois où j’y vais. 

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