« Das Kapital » : Les Vulves Assassines signent la BO de nos prochaines manifs

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C’est à la veille de la grosse mobilisation interprofessionnelle pour les salaires du 18 octobre que parvient à mes oreilles un refrain désuet que j’ai bien connu : « La retraite à 60 ans, on s’est battu pour la gagner, on se battra pour la garder ». Je me sens prête à me jeter corps et âme dans la bataille des salaires et des retraites. Cette énergie retrouvée, je la dois aux Vulves Assassines qui ont sorti leur album Das Kapital en ce début d’automne indien. Le deuxième opus du groupe sent toujours la tambouille bricolée au fond d’un garage avec l’énergie de la révolution. Comme Marx avant elles, les Vulves Assassines veulent changer le monde et signent la BO de nos prochaines manifs. À écouter très fort en peignant des pancartes et des banderoles.

Est-ce que vous pouvez nous parler un peu du groupe et de votre parcours ?

Les Vulves assassines c’est du punk-rap de l’espace, avec DJ Conant et MC Vieillard, deux rappeuses-hurleuses aux machines, et Samy à la guitare électrique. On est là pour danser fort, chanter en chœur, saigner les oreilles. Et surtout faire réfléchir : on aborde les sujets importants que sont la lutte des classes, le patriarcat et bien sûr l’amour ; et pour être comprises par la majorité, on ne chante ni anglais ni en latin, mais en français.
Et sinon niveau parcours c’est pas l’apothéose. On n’a pas fait le conservatoire, on est nées dans une cave humide du 9.3 et on s’inscrit dans le mouvement « fais le toi-même ». Et comme on partait de zéro, ça a pris des années avant de ressembler à quelque chose.

Votre musique rappelle à la fois les riot grrrls et Sexy Sushi. Quelles sont vos influences musicales ?

DJ Conant et MC Vieillard n’en ont aucune, c’est pour ça que ça ressemble à un ovni, dans le bon et le mauvais sens du terme. Pour le premier album on patouillait comme on pouvait en bricolant des samples trouvés sur Garage Band. Depuis on a mûri, on a bossé nos gammes, mais c’est aussi à cause de notre guitariste, Samy, qui elle en connaît un rayon en solfège et qui a plein d’influences musicales. Comme influence, on va citer Madonna, son idole, parce que c’est tout ce qui nous passe par la tête, là comme ça. Mais on pense pas que notre projet ressemble à celui de Madonna, et puis on est moins fortes qu’elle en costumes. Mais on est sûrement meilleures en politique.

Vos textes alternent entre des prises de position politiques fortes et des délires futuristes un peu foutraques. C’est important d’avoir une parole politique aujourd’hui ?

Ben oui, sinon on ressemble à Madonna et à Patrick Bruel, c’est dommage.

Est-ce qu’on peut être politique et drôle ?

Clairement oui, la preuve avec François Hollande. La politique et l’humour, c’est deux façons de parler et de réfléchir très compatibles mais qu’on ne pense pas toujours à réunir, un peu comme la saucisse et la confiture.

© David Wooldridge

Comment vous définiriez votre positionnement politique justement ? Quand vous chantez « La Retraite » en reprenant des slogans sur la retraite à 60 ans alors que certain·es personnalités politiques parlent de 65 ou 67 ans, on peut penser que votre message c’est qu’il nous reste plus qu’à tout foutre en l’air pour une meilleure société…

On est communistes, descendantes de communistes cégétistes. Par là-dessus on a ajouté une bonne couche de féminisme. Ça on l’a découvert sur le tard, on avait déjà 25 ans bien tassé, mais faut pas nous en vouloir, c’était pas encore un sujet très en vogue comme après la vague #Metoo.
Après, tout foutre en l’air, on dirait pas ça, non : l’idée c’est plutôt de construire collectivement et intelligemment selon des principes déjà théorisés, en gros redistribuer les richesses de Patrick Bruel et les moyens de production de Madonna, ce genre de choses. Tout le monde s’y retrouverait sauf Patrick et Madonna et quelques autres. C’est une proposition politique d’une simplicité enfantine, ça va prendre c’est sûr !

Marxistes et féministes, alors ?

Marxistes c’est dit dans le titre de notre nouvel album « Das Kapital », féministes c’est dit dans le nom du groupe. L’idée c’est d’être le plus pédagogique possible pour une propagande vraiment efficace.

Est-ce que vous pensez qu’il y a suffisamment de groupes de musique porteurs d’une proposition à la fois artistique et politique ? Est-ce qu’il y a des groupes dont vous vous sentez proches, avec qui vous tournez par exemple ?

Franchement c’est difficile à dire, tout le monde se met à chanter en anglais, c’est une plaie. En plus on met notre main au feu que quand on choisit de chanter dans la langue impérialiste, c’est que ça doit pas voler haut niveau politique. Espérons que ça parle au moins d’amour, un sujet qu’on affectionne aussi.
Et sinon on n’a pas une expérience de tournée qui nous permet de répondre à ta deuxième question, pour l’instant on découvre de nouveaux collègues à chaque date qu’on fait, et c’est souvent très plaisant. Même les groupes qui chantent en anglais peuvent être des personnes exquises.

On peut vous voir en concert bientôt ?

Je veux mon neveu ! On commence une tournée internationale cet hiver (oui, on a une date en Suisse), les dates se mettent en place tranquillement. On commence par notre boum de sortie d’album le 18 novembre à Ivry-sur-Seine avec la DJ Sônge et la revue féministe Panthère première en invitées

Peut être une image de 4 personnes et texte

Toutes les infos : vulvesassassines.fr / https://vulvesassassines.bandcamp.com/