Épiphanie

Temps de lecture : 4 minutes

Souvenir FB. L’algorithme a de l’humour. Shemale trouble à la Station. Il y a un an. Mes soirées préférées de l’année, même si c’est loin. Peut-être parce que l’ambiance m’a toujours paru particulière, peut-être aussi parce c’était un des seuls events que je pouvais partager avec mes potes pédés, peut-être parce qu’il m’y est souvent  arrivé des rencontres et des surprises ou les deux, des aventures dont on débriefe en rigolant autour du verre post-cuite du dimanche soir.

Alors, souvenir FB, photo sombre, et je suis là, cigarette à la bouche en mini-robe, banane soft SM, menton levé vers la DJ, la vision floue du cou d’une pote, de profil. 

Crédit : Nuage ZD

Avec tout le reste des merdes dans ma vie, j’ai oublié qu’on avait arrêté de danser. Je n’ai plus pensé aux sourires quand on se croisait par hasard, souvent les mêmes têtes mais ça fait plaisir, micro-communauté aux choix plus que restreints d’espaces dans lesquels nous retrouver, je n’ai plus pensé à nos road-trips à 10 en tramway à 23 heures dans le froid de l’hiver, je n’ai plus pensé aux harnais maison, aux files d’attente et aux préventes, aux violets à lèvres, à la mauvaise bière toujours trop chère, aux corps qui se frôlent ou pas d’ailleurs, aux beats, aux vibrations sous les pieds, je n’ai plus pensé au fumoir de l’Officine, à la saveur de la bouche des mien.ne.s ou à celle d’étranger.e.s qui ne le seront bientôt plus, dans les volutes de fumée épaisse de la petite salle. Aux t-shirts des filles et des garçons qui volent depuis la scène du Cabaret Sauvage ou de la Machine. A l’euphorie collective sur fond de prods qui tapent fort. Je n’ai plus pensé, non plus, à nos danses plus intimistes à la Mut, celles du dimanche ou du jeudi ou du lundi parce que pourquoi pas toujours mettre Aya trop fort et danser, comme s’il y avait une heure pour ça, on s’en fiche. Je n’ai plus pensé au regard des filles et des garçons timides que je cherchais exprès parce que je le suis pas moi, timide. Je suis une fem, je peux pas me permettre et j’ai un standing à respecter. Je n’ai plus pensé aux chopes aléatoires des copin.e.s, à ricaner comme une collégienne. Je n’ai plus pensé aux rires des ami.e.s, à moitié à poil sur le billard un mardi à 21h15 en hurlant Diams et Vitaa, avec Samia ou Elo qui font les chœurs depuis le bar. Bon d’accord, y a un tapis neuf, on peut plus, on pourra plus mais il rappellera des souvenirs, de natures très différentes certes, à beaucoup d’entre nous. Je n’ai plus pensé à ça. 

Je n’ai plus pensé à l’amour communautaire autour de la fête et de la danse. J’ai oublié qu’on pouvait faire autre chose, avant mars, que de la performance militante sur Insta, j’ai oublié qu’on savait être ensemble et qu”on était heureuses et heureux de l’être, aussi souvent que possible, surement bruyamment, en décalage, surement ostentatoires, déraisonnables et excessifs, surement outrancier.e.s mais toujours fabuleux.ses. 

Danser serrée avec les mien.ne.s me manque. Pour la première fois depuis 8 mois. Et ça me tombe dessus comme une révélation. Je dois pourtant pas être la seule.  

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.