Je ne suis pas une femelle

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Depuis plusieurs jours, je n’arrive pas vraiment à réagir autrement aux propos de deux infâmes personnes se réclamant du femellisme [sic] – et à qui je ne ferai pas l’honneur de les nommer – que par la dérision et l’humour. Comme si ce n’était finalement qu’anecdotique.
Je me suis toujours demandé ce que retiraient les gens qui s’opposent à l’existence et au bonheur des populations minoritaires. Ces deux abjectes femelles, puisque c’est ainsi qu’elles se revendiquent, ont-elles moins d’utérus si elles n’attaquent pas une affiche montrant un homme trans enceint ? Leur vagin sacré se ratatine-t-il si elles ne font pas des meufs trans d’horribles prédatrices ? J’ai beau en rire, je n’en suis pas moins inquiète.

D’abord, parce que ces discours qui prennent à rebours des dizaines d’années de lutte féministe ont dans la société une certaine audience et retentissent suffisamment pour avoir des tribunes, dans des médias de droite et d’extrême-droite, mais tout de même. Je m’interroge beaucoup sur la visibilité de ces idées incarnées dans deux pauvresses en mal de buzz. Qu’est-ce qui permet, dans notre société actuelle, que deux individus aux idées si limitées et si caricaturales aient la plus petite audience ? Est-ce parce qu’elles s’appuient sur des théories voire des mouvements plus importants dans le monde anglo-saxon ? Est-ce parce que leur idéologie mortifère compte en ses rangs des figures plus illustres ?

Et si nos deux médiocres francophones arrivent à être audibles aujourd’hui, c’est probablement parce qu’elles surfent sur des idées – plutôt d’extrême-droite d’ailleurs – qui prennent leur source dans de vieilles haines. La Manif pour Tous avait déjà creusé le sillon dans lequel les transphobes sèment leur violence. La perméabilité des milieux féministes à tout un tas de théories fumeuses qui les éloignent d’une approche politique et systémique des oppressions a fini de laisser le champ libre à ces idées nauséabondes. C’est au nom d’un fantasme de féminité essentielle qui serait menacé par on ne sait qui ni quoi qu’elles se permettent d’interpeler responsables associatifs et politiques. Mais tout comme ni la vulve, ni le vagin, ni le clito ne nous définissent, l’utérus ne saurait le faire non plus. Personne ne doit être défini par ses organes sexuels ou sa capacité reproductrice. S’il a pu paraître nécessaire – et je doute en réalité que ce soit tout à fait le cas – de mettre sur le devant de la scène la vulve, le vagin et autre clitoris pour rappeler leur existence, l’essentialisation n’était pas loin et il n’y avait qu’un pas entre l’idée que ce n’était pas un bretzel et celle que le bretzel originel nous définissait en tant que femmes. Ce pas a été franchi allègrement. Les femmes sont des « femelles adultes humaines » et seule compte la capacité reproductrice. Mais celle des femmes cis, ne nous y trompons pas.

Voilà, balayant des dizaines d’années de lutte, ce que viennent affirmer des femmes qui se revendiquaient du féminisme dont elles se voulaient même des figures de proue autoproclamée. L’essentialisation est arrivée à son terme. Femme, réveille-toi, le tocsin de ta chatte a sonné. Si on réfléchit à tout ce que cette réduction de la féminité aux organes reproducteurs implique, on ne peut qu’être submergé·e par l’ampleur du retour de bâton. Si je me définis par ma capacité à me reproduire, alors, lesbienne, je n’ai plus d’existence de femme, puisque je ne m’accouplerai pas avec le mâle que mon illustre vagin est programmé à accueillir. Allez, hors de la féminité, les gouines qui ne veulent pas d’enfants et les stériles ! Sans parler des intersexes qui n’ont aucune existence dans un système qui réduit l’espèce à deux individus : le mâle et la femelle.

Non, je ne suis pas une femelle et ma chatte ne me définit pas. J’emmerde leur féminin sacré et toutes les conneries new-age qui ont permis à quelques femmes médiocres de déverser leur haine sur nos frères et nos sœurs. Qu’elles ne s’y trompent pas, puisqu’elles se permettent d’agiter notre lesbianisme pour en faire une attirance pour les vulves : nous ne serons jamais avec elles.

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