Knives and skin, un teen movie expérimental de la réalisatrice Jennifer Reeder

Temps de lecture : 5 minutes

Le 20 novembre prochain sortira en salle de film Knives and skin de la scénariste et réalisatrice américaine Jennifer Reeder. Ce teen movie à l’esthétique léchée met en scène un groupe d’adolescent.e.s dans une Amérique déboussolée.

Le point de départ du film est la disparition d’une jeune majorette Carolyn Harper, mais ce n’est pas l’enquête sur sa disparition qui constitue le réel propos du film. Au contraire, c’est plutôt une réflexion sur le passage à l’âge adulte d’adolescentes qui découvrent leurs sexualités et leurs corps (et la sexualisation des corps des femmes) . Les parents sont démissionnaires, impuissants, à côté de la plaque, les ados doivent se frayer un chemin dans l’âge difficile qu’est la sortie de la puberté. Le film situe ces questionnements dans un cadre fantaisiste, fait de références aux 80’s et de métaphores à la limite du surnaturel. Pour en savoir plus, nous avons discuté avec la scénariste et réalisatrice Jennifer Reeder.

Knives and skin - Jennifer Reeder - Friction Magazine queer
Jennifer Reeder – © Kinga Michalska

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de votre processus créatif pour ce film ? Quel a été le point de départ ? 

Knives and skin aborde des thèmes que j’ai explorés dans certains de mes courts-métrages récents (A Million miles away et Blood below the skin par exemple, qui sont tous les deux en accès libre sur ma page Vimeo). J’ai fait de nombreux films au sujet des vécus des filles et des femmes et, en particulier, d’adolescentes qui sont empowered et empowering et de femmes adultes qui expérimentent une sorte de deuxième passage à l’âge adulte. Knives and skin est né directement d’une image (que j’utilise dans le film) de trois adolescentes marginales qui se rendent à l’école à pied en empruntant une route de campagne à double voie. Ce contraste est à moitié autobiographique. À partir de là, j’ai construit l’histoire en m’assurant qu’elle ait une logique interne solide. Le monde de Knives and skin est très particulier. 

Est-ce qu’il y a un parti-pris esthétique affirmé dans les références aux 80’s, comme par exemple les cassettes audios qui vont permettre de révéler un adultère ? 

Certaines de ces références eighties sont liées à ma propre autobiographie. Je pense aussi que les années 1980 constituent un âge d’or des teen movies.

La plupart des morceaux qui sont chantés dans le film sont des reprises de tubes des 80’s. Comment les avez-vous choisis ? Et pourquoi ? 

J’ai sélectionné moi-même les chansons de Knives and skin. Encore une fois, une partie de tout ça provient de ma propre histoire. Ce sont des morceaux que j’aime tendrement. Mais la version d’origine est pop et entêtante, une fois réarrangés en une sorte de lamentation ou d’éloge funèbre, le public peut vraiment décortiquer les paroles qui sont pleines d’une vive émotion et de pathos. 

Est-ce que vous pouvez nous parler du casting ? Comment avez-vous choisi les acteurs et actrices qui jouent dans le film ? 

Tous les acteurs et actrices viennent de la scène théâtrale de Chicago que l’on peut considérer comme la meilleure des Etats-Unis. Il fallait des performances d’acteurs.trices remarquables pour s’en tirer avec une telle bizarrerie des personnages. 

Le film est vraiment féministe. Pourquoi est-ce important de s’emparer de ces thématiques de nos jours ? 

Le patriarcat est toujours bien vivant et florissant partout sur la planète. Pour moi, le féminisme est un éventail où peut se positionner chaque personne qui s’engage pour l’égalité. Knives and skin suggère que l’amitié entre les femmes est une stratégie de survie qui aura toujours du sens. 

Peut-être avez-vous entendu parler des accusations de viol qui touchent certains metteurs en scène et réalisateurs en France ces derniers temps. Quel est l’enjeu pour la place des femmes dans l’industrie cinématographique de nos jours ? 

Il y a eu de grandes avancées pour les femmes dans l’industrie cinématographiques mais nous avons encore beaucoup de chemin à faire. Statistiquement, les films où les femmes ont les rôles principaux marchent mieux au box office, mais ils sont encore trop peu nombreux et sont souvent réalisés par des hommes. Ce décalage est injuste. 

Knives and skin - Jennifer Reeder - Friction Magazine queer

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Nous serons présent.e.s pour l’avant-première au cinéma L’Ecran de Saint-Denis et discuterons avec des membres de l’association Consentis le 30 novembre prochain.

Autre projection conseillée : le 16/11 dans le cadre du festival Chéries Chéris

  • Knives and Skin :
  • Genre : Drame
  • Réalisatrice : Jennifer Reeder
  • Acteurices : Marika Engelhardt, Raven Whitley, Tim Hopper
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 1h 52min
  • Sortie : 20 novembre 2019
  • Distributeur : UFO Distribution

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