Les dessous d’une plume dans le cul

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À l’occasion de la Journée de lutte contre les LGBTI-phobies, la drag queen Emily Tante a choisi d’évoquer la haine à laquelle sont confrontés les pédés.

Manuscripts and Archives Division, The New York Public Library. (1971). Gay Rights Demonstration, Albany, New York, 1971

Je suis un pédé et j’existe peu importe l’homophobie. 

Je suis tarlouze, je suis tapette, je suis tantouze, je suis fiotte, je suis folle, je suis enculé, je suis pédé comme ils disent.

Je suis professeur, conducteur de bus, infirmier, médecin, coiffeur, salarié, barman, voisin, ami, cousin, oncle, frère, fils.  

Insulté, frappé, je l’ai été.

Les violences que je subis de la « petite blague », au regard de travers, à l’insulte, jusqu’au passage à tabac. Ça arrive tous les jours parce que je suis pédé. 

À l’école, je suis différent, je ne ressemble pas aux autres. Je suis insulté, harcelé. Les professeurs, les assistants d’éducation ne font rien. Après tout, je suis pédé. 

Sur les plateaux télés on s’amuse de moi, on me met en scène, on m’humilie. On polémique sur mon existence. Après tout, je suis pédé.  

Au travail, on me discrimine à l’embauche, je me cache, j’évite les moqueries, et souvent je me tais. Après tout, je suis pédé.

Lorsque je meurs parce que je suis pédé, je ne suis qu’un fait divers. Ma mort émeut quelques jours. Ma mort est oubliée jusqu’à ce que je remeure quelques semaines ou mois plus tard. Pourtant, ma mort révèle bien plus sur la société. L’État n’agit pas. La justice ne condamne pas ou peu. La police m’ignore. Rien ne bouge, alors je suis pédé dans une société immobile. 

L’extrême droite m’insulte sur les réseaux sociaux. L’extrême droite dénigre mes droits et fait de moi un ennemi avec un agenda caché. L’extrême droite désire ma disparition. L’extrême droite veut ma mort. L’extrême droite encourage la haine, la violence à mon égard.

Aujourd’hui c’est la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, mais tous les jours je suis pédé. Tous les jours, je subis.

En 2022, en France, je meurs. Et il y a ces adelphes qui descendent dans la rue pour se rappeler de moi, pour interpeller, pour lutter.

Je suis pédé, mais nous sommes des millions de pédés. Je suis pédé et je vous parle d’homophobie, mais ce n’est qu’une facette de toutes les LGBTQIphobie. 

Je suis pédé et je lutte. Je lutte pour exister, pour respirer, pour vivre, pour aimer. 

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