Marche des Fiertés Antiraciste et Anticapitaliste à Paris

Temps de lecture : 15 minutes

Nous publions l’appel à une marche des Fiertés antiraciste et anticapitaliste à Paris le 20 juin 2021. Les collectifs et associations co-organisatrices et signataires cet appel se trouvent à la fin du texte. Suivez l’EVENT FACEBOOK et/ou le compte INSTA pour les infos pratiques.

Nous, personnes Queer et LGBTIA+ racisé·e·s et allié·e·s, avons décidé d’organiser à nouveau une Marche des Fiertés radicale.

Nous sommes révolté·e·s de l’instrumentalisation de nos luttes par l’État et les partis politiques (de droite comme de gauche) au profit d’une politique raciste, fasciste et coloniale.

Nous sommes également déterminé·e·s à ne plus marcher avec l’Inter-LGBT et à ne plus leur laisser le monopole de la lutte.

C’est pourquoi nous organisons une Marche des Fiertés Antiraciste et Anticapitaliste, ce dimanche 20 juin 2021 à Paris.

Pourquoi marcher ?

Nous appelons à marcher le 20 juin 2021 lors d’une marche des fiertés antiraciste et anticapitaliste pour exprimer nos mécontentements, exiger l’application de nos droits les plus fondamentaux, sans concessions et sans négociation avec les pouvoirs dirigeants.

En cette journée mondiale des réfugié·e·s, nous joignons nos voix à celles des personnes migrantes. La liberté de circulation et d’installation ainsi que le droit à une vie digne sont des conditions nécessaires à l’émancipation de toutes les personnes LGBTQIA+.
Précarisation, mutilations, expulsions, violences domestiques et familiales, harcèlement policier, mauvais accès aux soins… La liste est longue et l’urgence de nos situations, plus que de perdurer, s’endurcit en ce contexte de crise sanitaire. La mauvaise gestion de la France est imputable à nos dirigeant·e·s comme au système capitaliste néo-colonial. Le gouvernement se dit victime de la pandémie mais est en réalité responsable du manque d’anticipation et du retard de prise en charge médicale et sociale. Les réponses, inconséquentes, nous ont une fois de plus condamné·e·s à faire face aux violences systémiques dans l’ombre et à des pénibilités de survie invisibilisées.

L’instrumentalisation de nos luttes par l’État qui, sous prétexte d’un soi-disant féminisme, fait pleuvoir les propositions de lois racistes et islamophobes, est inacceptable. On parle ici de lois liberticides votées au Sénat restreignant les droits des personnes qui vivent le racisme, des antiracistes politiques et autonomes et surtout ceux des personnes qui portent le voile.

En France, on veut interdire aux mineures de mettre le hijab dans l’espace public.

En France, on veut interdire aux mères qui portent le voile d’être accompagnatrices lors des sorties scolaires de leurs enfants.

En France, on veut interdire l’entrée des piscines aux personnes qui portent un burkini.

En France, on veut interdire aux femmes musulmanes de choisir, et, à chaque jour qui passe, les droits des femmes en sont réduits.

En France, le droit de dissoudre des associations qui se réunissent en mixité choisie pour aborder les questions de racisme a été adopté.

En France, l’interdiction des drapeaux étrangers dans les mariages a été votée en catimini en pleine nuit.

On sait très bien quels drapeaux sont aujourd’hui visés par ce genre de lois.
Contrairement à ce que peuvent penser et clamer, avec beaucoup trop d’aplomb, les militant·e·s non-concerné·e·s par le racisme de la communauté LGBTQIA+, nos ennemis politiques ne se résument pas exclusivement à l’extrême droite. L’hégémonie et l’impérialisme blanc (ainsi que toutes les autres formes d’oppressions d’ailleurs) touchent et pourrissent toutes les structures sociétales, notamment dans les partis politiques dits “de gauche”.
Pour ne donner qu’un exemple, aux vues de sa politique et des prises de partie de beaucoup de ses membres, le PCF n’a rien à envier au RN en ce qui concerne les problèmes très français d’islamophobie, de racisme, de politique migratoire, de lgbti-phobies, de sexisme… Aux côtés notamment du PS et d’EELV, ses membres n’ont eu aucun scrupule à marcher en faveur de l’ordre policier, se positionnant ainsi comme un soutien actif des dérives sécuritaires du pays et d’une institution qui discrimine, mutile et expulse nos communautés. Aucun parti politique français ne correspond aujourd’hui aux luttes que l’on mène en tant que personnes à l’intersection d’oppressions telles que les racismes et les lgbti-phobies.

Nos luttes ne sont ni compatibles avec tous ces partis, ni avec celles d’associations telles que « osez le féminisme » chez qui se trouvent des personnes soutenant le RN. Le fémonationalisme et l’homonationalisme ne nous représentent pas et ne nous conviennent pas. Nos luttes en tant que personnes LGBTQIA+ sont indissociables de nos luttes en tant que personnes racisées et nous ne devrions pas avoir à nous séparer douloureusement d’une partie de notre identité pour en maintenir une autre. Nos droits sont fondamentaux et non négociables. Nos revendications devraient être entendues sans avoir à être au préalable diluées pour pouvoir être validées par des auto-proclamé·e·s «universalistes».
Les banlieues et quartiers populaires français sont délaissés depuis leur aménagement moderne et contemporain effectué pour exploiter les personnes les plus précarisées aujourd’hui, à savoir les personnes migrantes, réfugiées, qui subissent le racisme et le classisme.

Vu l’isolement des populations vivant en banlieue et dans les quartiers populaires, par extension, les personnes de la communauté LGBTIQ+ le sont d’autant plus. Tout cela profite à un État et à un système qui ont pour vœux d’appuyer ces inégalités pour faire croire aux clichés sur les banlieusard·e·s comme étant les plus homophobes, transphobes, sexistes…

Dans un pays où l’on décide pour les femmes ce qu’elles ont le droit ou non de porter, qui refuse l’asile à plus de 70% des requérant·e·s, y compris à des personnes LGBTQIA+, qui choisit quels standards sont acceptables et qui empêche les personnes qui n’y correspondent pas d’avoir accès aux mêmes conditions de vie que les autres ou même à des conditions de vie décentes. C’est ironique.
Nous ne sommes pas dupes face à l’instrumentalisation de nos luttes par l’État et nous nous désolons de retrouver ces mêmes procédés dans les discours du militantisme LGBTQIA+ actuel qui est, dans sa globalité, homonationaliste et blantriarcal.

Ce que l’on réclame donc ce sont des actions réelles par rapport à l’isolement des personnes LGBTQIA+ banlieusardes, des quartiers populaires et migrantes en adéquation avec nos idéaux décoloniaux.
Nous refusons toute instrumentalisation de nos luttes au profit des politiques mondiales interétatiques néo-coloniales. Les lois pénalisant nos vies et nos identités dans la majorité de nos pays d’origines ont été imposées par les colons. Celles-ci ne justifient donc aucune ingérence, aucun pillage de ressources et nettoyage ethniques.
Nous rejetons également les discours performatifs qui pensent pouvoir instrumentaliser nos douleurs, d’autant plus en ce moment dans le but de déshumaniser le peuple palestinien.

Aujourd’hui encore nos gouvernements et sociétés défendent l’indéfendable sous prétexte de soutien aux personnes LGBTQIA+, soi-disant mieux traité·e·s par un gouvernement qui, comme la France, a très bien compris le principe de pinkwashing. Celleux là même qui nous refusent l’accès à la parentalité, qui tolèrent les « thérapies de conversion », encouragent les politiques génocidaires et coloniales de l’État d’Israël. Il faut se rappeler que loin des chars colorés et des reprises capitalistes pour mieux vendre sous couvert de tolérance arc-en-ciel, des personnes se font aujourd’hui massacrer et terroriser.

Nous nous positionnons contre les écocides qui se propagent en Afrique et dans nos Départements Ultramarins ; nous sommes solidaires de nos adelphes Martiniquais·es, Guadeloupéen·ne·s qui luttent contre l’empoisonnement dans leurs corps et de leurs terres au chlordécone, la négation de ses effets sur leurs santés sans avoir d’hôpitaux dignes de ce nom pour se soigner. Nous joignons nos voix aux leurs pour exiger justice et réparation à leur encontre.
Alors que la gestion de la crise sanitaire balaie le travail et les luttes acharnées des associations communautaires de lutte contre le sida menées depuis des décennies, nous continuons de demander une meilleure prévention et de la diversité dans sa mise en œuvre.

Les populations les plus précaires qui ne jouissent pas d’un capital social élevé ne bénéficient pas suffisamment de dispositifs de dépistages, de prévention, de sensibilisation. Nous demandons que des moyens soient mobilisés pour la réduction des risques de transmissions, que les dispositifs de prévention et de dépistages prennent en compte les spécificités des personnes migrantes, des travailleur·euse·s du sexe ainsi que des personnes trans et intersexes. Nous voulons que ces dispositifs soient adaptés à tous les modes de vie et de survie de sorte que les personnes les plus précarisées, s’épuisant dans l’exercice des métiers dits subalternes, ou vivant dans les bidonvilles et les campements puissent avoir accès aux informations relatives au sida et au VIH. La lutte contre la précarité est indissociable de la lutte anti-VIH-sida. C’est entre autres pour cette raison que nous dénonçons avec véhémence les réformes du chômage dont le seul but est d’étouffer les individus dans les créances au profit du capital.

Nos positions sont anti-carcérales pour des raisons évidentes de discriminations raciales, transphobes et classistes. Les prisons et les CRA ne sont que la continuité d’un système colonial qui incarcère et déshumanise le même type de population pour continuer d’asseoir sa supériorité. Les traitements, tel que celui contre le VIH, y sont souvent refusés.
Aujourd’hui nos sœurs trans se retrouvent dans des positions très dangereuses et invivables au sein de ces institutions. Sous prétexte de garantir leur sécurité, les institutions carcérales les contraignent à l’isolement au sein de prison pour hommes, plutôt que de les placer systématiquement dans des prisons ou quartiers pour femmes. Les humiliations et les tortures psychologiques allant toujours plus loin, nombre d’entre elles n’ont plus accès à leurs traitements d’hormonothérapies, et se retrouvent privées d’exprimer librement leur genre. Nous ne pouvons aborder la question carcérale et le traitement infligé aux femmes trans sans exprimer notre soutien inconditionnel aux femmes trans qui, dans plusieurs États, sont emprisonnées pour être qui elles sont. Nous pensons notamment au climat de terreur auquel sont confrontées nos sœurs trans camerounaises. Nous demandons la libération de Shakiro, Patricia et de toutes les femmes trans du monde.

L’urgence est de travailler à l’accès aux soins, au logement, à la nourriture, en d’autres termes à une vie digne ainsi qu’à des modes de justices transformatifs et communautaires. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons sortir de ce système répressif et punitif.


Pourquoi une Marche des fiertés sans l’inter-LGBT ?

L’Inter-LGBT est l’organisme interassociatif qui organise les marches des fiertés officielles et qui s’octroie de ce fait le monopole de la Marche des Fiertés.
Nous lui reprochons d’ouvrir la porte aux récupérations capitalistes et politiques de nos luttes en marchandant la place de char d’entreprises au sein de la Marche des Fiertés. Cette politique néolibérale de visibilité creuse se fait au détriment des luttes altérisées.
La représentativité ne constitue qu’une victoire de surface lorsqu’elle est dépossédée des revendications politiques spécifiques au groupe mis en avant. Une visibilité manipulée par des institutions néolibérales ne vise qu’à récupérer des populations au départ marginalisées, potentiellement contestataires de l’ordre établie, pour en faire des défenseuses du système une fois qu’elles sont passées du côté des gagnant·e·s.
Nous dénonçons, entre autres, la présence de Personn’Ailes, association LGBT+ d‘Air France. Cette entreprise est rémunérée par l’État pour expulser les migrant·e·s – y compris les personnes LGBTQIA+ victimes de persécutions et craignant pour leurs vies dans leurs pays d’origine.

Nous ne pardonnons pas la présence systématique de FLAG !, Association des policier·e·s LGBT+, qui ne s’est par ailleurs toujours pas positionnée concernant les violences policières à l’encontre des racisé·e·s, de la répression comme réponse aux mouvements contestataires ni même contre le harcèlement policier à l’encontre des travailleur·euse·s du sexe, des migrant·e·s et sans-papiers.

Nous n’oublions pas la présence des partis politiques, notamment LREM à la Marche des Fiertés de 2018, année où la loi Asile Immigration a été adoptée en instrumentalisant les luttes LGBTQIA+. Nous n’oublions pas non plus l’ouverture officielle de la marche par la Mairie de Paris qui, non satisfaite de chasser les migrant·e·s notamment en leur coupant l’accès à l’eau, travaille de mèche avec la police concernant le harcèlement des TDS.

Nous voulons une marche indépendante de l’Inter-LGBT afin de ne pas rester passif·ves face à la monopolisation des représentativités LGBTQIA+ qui, plus que d’effacer nos images, efface aussi nos paroles et nos révoltes.

L’Inter-LGBT mise sa communication dans la prétention de faire cette année une pride politique sans char, sur le modèle de celle réalisée indépendamment d’elle l’an passé. Nous ne sommes pas dupes et savons que dès que la crise sanitaire sera passée, le carnaval du pinkwashing et le mépris à l’égard des antiracistes redeviendront la norme de leur marche.


Les collectifs et associations co-organisatrices de la marche des fiertés anti-raciste et anti-capitaliste 2021 :

  • Se positionnent en soutien aux travailleur·euse·s du sexe en exigeant le retrait de la loi de pénalisation des clients et l’arrêt des politiques repressives abolitionniste.
  • Attendent que la communauté LGBTQIA+ et surtout la communauté militante se réveille et se politise sur les questions de racismes, de négrophobie, d’islamophobie, d’antisémitisme, de validisme, de grossophobie… et les orgas non-concernées s’engagent dans la conscientisation de ces luttes.
  • Appellent au soutien visible et matériel des personnes migrantes et réfugiées, à défendre la liberté de circulation et d’installation et exigent la fin du délai de carence pour obtenir une couverture de santé.
  • Demandent la régularisation de tou·te·s les sans-papiers, la fermeture des CRA et la reconnaissance du droit d’asile à tou·te·s le demandeur·euse·s, y compris aux personnes LGBTQIA+.
  • Aspirent, à court terme, à la sortie des policiers et des logiques sécuritaires de justice carcérale et punitive racistes, transphobes et classistes de nos luttes. A la fin du plaquage ventral, de la clef d’étranglement et des contrôles d’identités qui nous terrorisent au quotidien. A long terme, nous aspirons au démantèlement sans concessions des institutions policières, du système judiciaire et carcéral.
  • Réclament le retrait des lois et projets de lois islamophobes et sexistes qui cherchent à contrôler les corps et les vies des femmes qui portent le voile au prétexte d’un prétendu féminisme. Ainsi que le retrait des lois et des projets de lois racistes dont notamment la loi contre le séparatisme et la loi sécurité globale.
  • Exigent des politiques publiques prises dans le sens des personnes LGBTQIA+, notamment en banlieues populaires, qu’elles favorisent l’accompagnement social et l’accès aux droits.
  • Revendiquent une PMA qui soit réellement pour tou·te·s, sans CECOS abstrait et raciste avec le règlement d’appariement faisant référence à la couleur de peau, sans exclusion des personnes trans. Nous voulons que le personnel médical cesse de faire obstacle aux personnes handicapées et aux personnes grosses qui désirent des enfants. A long terme, nous voulons pouvoir fonder des familles sans que l’État n’exerce de contrôle sur nos méthodes de procréation et sur nos corps.
  • Réclament que la France reconnaisse enfin aux personnes intersexes leurs droits de disposer de leurs corps en cessant la mutilation des enfants intersexes ainsi que toutes les pressions médicales imposant aux patient·e·s des traitements injustifiés.
  • Nous exigeons une loi dédiée pour interdire enfin les thérapies de conversion et allant plus loin que les mesures déjà en place inefficaces.

Les collectifs et associations co-organisatrices et signataires de la pride radicale 2021 :

  • BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants)
  • Le Caélif
  • Décolonisons le Féminisme
  • Diivineslgbtqia+
  • Nta Rajel?
  • Orta Şekerli
  • PQA (Paris Queer Antifa)
  • QTPOC Autonomes
  • Queer Education
  • Requeer
  • Resistances Anti Coloniales (RAC)
  • SaintDenis Ville au Coeur
  • Sorore Ensemble
  • Soutien TransfemListe des collectifs signataires :
  • 1001 Queer
  • La 5e Parallèle
  • Art en Gouine
  • AVA (Association pour la Visibilité Asexuelle
  • Barbi(e)turix
  • CAAN (Coordination Action Autonome Noire)
  • Castor Magazine
  • Collages Judéités Queer
  • Collectif Gangreine
  • Equal
  • Extimité
  • Fiertés en Lutte
  • FLIRT (Collectif Front de Libération Transfem)
  • Gouinement Lundi
  • Jeune Garde Paris
  • Juif.ve.s VNR
  • Maison Chéri.e
  • Maricolandia
  • Nos Voix Trans
  • Les Ourses à Plumes
  • PAAF (Collectif PanAsiAFéministe)
  • Pas Ta Nyab
  • Personae of Color Montpellier
  • Queerasse
  • Queerisé.e.s
  • Qwinz
  • Solidaires Paris
  • Sororasie
  • Voix Déterres
  • Youth For Climate

EVENT FACEBOOK et Compte INSTA de la Pride radicale 2021, y seront publiées les infos pratiques.

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