« Miroir Miroir » : on a rencontré Jennifer Padjemi

En ce moment, chez Friction, on écoute beaucoup la radio. Ou plutôt, on se gave de podcasts. Après vous avoir recommandé les #CoolPodcasts que l’on a écoutés au mois d’octobre, en ce début novembre pluvieux, on a voulu vous parler de « Miroir Miroir », un podcast sur les représentations, la beauté, le corps, et les normes portées par les médias, la société ou le regard des autres produit par Binge Audio et présenté par la journaliste Jennifer Padjemi. Un mardi sur deux « Miroir Miroir » traite de sujets aussi divers que la grossophobie, le handicap, le racisme et les diktats de la beauté. Jennifer Padjemi donne la parole aux concerné.e.s dans des émissions passionnantes. On a discuté avec elle pour en savoir plus sur ce beau projet. Rencontre.

Friction : Comment est-ce que vous avez choisi le nom du podcast ? Est-ce que vous pouvez nous l’expliquer ?

Jennifer Padjemi : Le nom du podcast est assez simple, il m’est venu de cette fameuse expression qu’on a tous.tes entendus plus jeunes, qui était à peu près : “Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle” prononcé par la méchante marâtre de Blanche-Neige. Le miroir lui disait alors la vérité, en lui répétant que Blanche-Neige était plus belle qu’elle. En lien avec les représentations, je trouvais que c’était intéressant de questionner notre miroir à nous, qui est en fait la société et qui elle pour le coup, nous raconte souvent des bobards. Avec ce titre, j’avais envie de résumer ce qu’on aborde dans le podcast : la manière dont on se voit, la manière dont on se représente, mais surtout la manière dont on (les constructions sociales) nous reflète une image pas toujours juste de nous-même. Et à travers ce miroir, ce n’est pas qu’une question de physique ou d’apparence, mais aussi toute une codification qui en dit plus sur notre identité.

Jennifer Padjemi

Comment est né ce projet ?

Le projet a mûri au fur et à mesure dans ma tête. C’est déjà parti d’un constat personnel qui est que certains matins je me sens moche, nulle, et une estime de soi au plus bas —et d’autres matins, je me sens magnifique, avec l’impression de pouvoir changer le monde. Je ne suis pas la seule loin de là, puisque j’ai beaucoup d’amis, notamment des femmes qui complexent sur leur nez, leur corps, leur voix, leurs seins, sur tout. Tous ces complexes nous suivent depuis la plus tendre enfance, des insultes entre camarades jusqu’aux magazines féminins, avec toujours ce besoin absolu de chercher à plaire et à ressembler à cet «idéal», qui est tout sauf réel.  Les choses commencent à changer, et au moment où on parlait beaucoup de ”body positive” (terme que je déteste désormais) et d’acceptation de soi, je me disais que le sujet pourrait être intéressant à développer. Le projet a germé pour donner quelque chose de plus global autour de ces thématiques, car comme je le disais plus haut, l’estime et l’acceptation de soi ne sont pas toujours lié directement au physique, mais à tout ce qu’on représente avec ses propres caractéristiques.

Comment est-ce que vous choisissez les thèmes abordés ? Et vos invitées?

Certains thèmes sont assez évidents quand il sont liés à quelque chose de très concret comme la grossophobie, le handicap ou le colorisme par exemple, et font naturellement partie des sujets que je souhaitais de toute façon aborder. D’autres thèmes sont plus subtils sur cette question des représentations du corps, mais à chaque fois, ça vient d’une conversation, d’un livre essentiel, d’un docu ou de n’importe quoi qui a donné lieu à une réflexion autour de ces questions. L’idée pour moi c’est aussi d’avoir une conversation développée avec l’invité-e pour comprendre comment on a construit certains clichés, mais aussi des idéaux de beauté et d’apparence, remis dans un contexte, sociologique, économique et historique.

Je choisis les invité-e-s en fonction d’un travail de recherche qu’ils ont réalisés sur le sujet, qui fait qu’ils/elles seront les bonnes personnes pour en parler. Mais c’est aussi déterminé par un intérêt personnel ou un propos en particulier qui m’a interpellée.

Est-ce qu’on peut dire que c’est un podcast féministe ?

Oui on peut le dire, vu que je le porte, naturellement il l’est. Mais il est aussi mixte et inclusif. Ma priorité est de laisser parler le plus possible les invités et notamment les personnes concernées, puisque le podcast est aussi un espace de parole qui permet de dire des choses qu’on n’entend pas forcément partout.

Vous pouvez nous parler des prochains épisodes ? Y a-t-il des sujets qui vous tiennent particulièrement à coeur et que vous comptez aborder?

Je vous laisse la surprise, mais je peux dire globalement dire qu’on évoquera des sujets comme la sexualité, la transidentité ou encore le colorisme comme je le disais plus haut. Certains sujets me tiennent à coeur forcément car je suis directement concernée, notamment quand ça évoque les femmes noires, mais tous les sujets sont importants pour moi, sinon je ne les ferai pas ! Et d’ailleurs, je suis la première à apprendre plein de choses et à m’inspirer des épisodes, ce qui est aussi le but de ce podcast. J’espère qu’à la fin d’un épisode, les personnes qui écoutent auront appris au moins une chose, changé leur regard sur leur propre corps, la manière de voir les autres et pris de l’inspiration.

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