The Gay Agenda #4 : le retour des sorcières

Temps de lecture : 7 minutes

La dernière fois nous vous avions parlé de festivals d’été. Mais entre temps, il a bien fallu se rendre à l’évidence : l’été est fini. On a ressorti nos pulls, nos docs, nos cirés et on mange des soupes au potiron sous la couette en regardant Netflix. Et puisque c’est la saison d’Halloween — mais aussi parce qu’il y a comme une mode autour depuis quelques temps — on a décidé de vous parler de sorcières.

Un retour des sorcières en France

Et oui, vous avez forcément remarqué mais on assiste à un retour en force des sorcières dans les milieux queers ces dernières années.

Bon, alors il faut savoir que ça n’est pas tellement nouveau parce dans les années 70, les féministes italiennes s’étaient déjà réapproprié cette figure en scandant “tremblez, tremblez, les sorcières sont de retour”. Depuis, de nombreuses personnes ont écrit sur ces questions, telles Silvia Federici avec un point de vue marxiste et féministe dans Caliban et la Sorcière ou Starhawk avec une approche plus spirituelle et écoféministe dans son célèbre Rêver l’Obscur, devenu le grimoire préféré de toute apprenti sorcière qui se respecte.

Mais en France, ces dernières années, la sorcière fait son grand comeback. En 2012, c’est la curatrice Anna Colin qui avait organisé à la Maison Populaire de Montreuil une expo autour des sorcières. Expo qui avait donné lieu à un recueil de textes assez chouettes : “Sorcières : pourchassées, assumées, puissantes, queer”.

En 2017, la Queer Week avait organisé un sabbat queer avec des projos, des débats et des performances. Parmi les guests, on retrouvait Camille Ducellier, une artiste dont on vous a déjà parlé et qu’on aime beaucoup à Friction, qui bosse depuis une dizaine d’années sur cette question en faisait notamment des films et des installations multimédia. L’immense Chloé Delaume y avait fait une lecture de son livre Les sorcières de la République, une sorte de roman d’anticipation sorcière ultra cynique et drôle, qu’on vous recommande de ouf. On pouvait aussi croiser l’éditrice Isabelle Cambourakis, une autre de nos copines, qui a lancé la collection Sorcières aux éditions Cambourakis et qui publie ou republie plein de livres queers et féministes hyper importants.

Tout ça pour dire qu’il existe donc une véritable constellation sorcières en France et il se passe quasiment pas un mois sans que quelqu’un organise un évènement ou ne sorte un bouquin autour de cette thématique.

Sorcières. La Puissance Invaincue des Femmes

D’ailleurs, un livre qui a fait beaucoup de bruit à cette rentrée, c’est « Sorcières, La Puissance Invaincue des Femmes » de Mona Chollet. Si l’introduction, brillante et très agréable à lire, parle bien de sorcières au sens littéral, notamment en évoquant assez longuement et de façon glaçante les chasses aux sorcières, Chollet, en partant de l’idée que les chasses aux sorcières étaient une guerre contre les femmes, contre toutes les femmes, s’interesse à celles qui sont, comme le dit le slogan féministe, les petites filles des sorcières qui n’ont pas été brûlées. Ces sorcières qui ne pratiquent pas la sorcellerie ont plusieurs visages : celui de la femme célibataire, refusant de renoncer à son autonomie, celui de la femme qui ne désire pas d’enfant, celui de la vieille femme, aux cheveux blancs si possible. Le livre de Mona Chollet est intéressant à bien des titres, surtout parce qu’il s’agit d’un cheminement à travers des références pointues aux grandes figures du féminisme et des analyses de films et livres, parfois méconnus, de la culture populaire.

Sorcières le livre de Mona Chollet

Mais on est loin de la sorcière qui concocte des potions dans son chaudron, de la sorcière avec son balai – à ce sujet je vous invite à lire l’excellent article de notre rédactrice Fanny sur l’histoire du balai et sa charge symbolique. Autre reproche que l’on peut faire à ce livre, c’est que les sorcières dont il est question sont des femmes cis, plutôt hétérosexuelles. Dommage, car si le cheminement proposé par Mona Chollet dans Sorcières est intellectuellement stimulant et très agréable à lire, la petite fille que j’étais admirait plus Ursula que Cruella dans son enfance. Or c’est bien Ursula qui manque à cet essai : une grosse sorcière bien queer !

Des sorcières mainstream ?

Je lisais sur un site à la con : « Les sorcières sont plus tendances que jamais. » Concrètement, ça veut dire qu’il se passe avec les sorcières ce qu’il s’est passé avec les licornes : les féministes et/ou les queers s’emparent d’un truc puis les hétéros nous le volent et le rendent beauf, marketing et commercial. Genre le kit sorcière débutante de Séphora. Mais pas seulement.

Quand on regarde la culture pop, ça fait un moment que les sorcières sont partout et que leur position marginale dans la société — ces gens qui font des choses bizarres qu’on comprend pas trop qui fascinent et font peur à la fois — que cette position marginale des sorcières donc est utilisée comme métaphore pour aborder tout un tas de questions qui nous intéressent et les rendre — ou essayer de les rendre — plus mainstream.

Je ne parlerai pas de Harry Potter parce que JK Rowling nous a tous gonflés mais déjà, il y a 20 ans, Buffy contre les vampires. Il y a beaucoup de messages féministes dans Buffy, des universitaires sont même payés à étudier dans des facs américaines. Et il y a évidemment Willow, une sorcière : une des premières lesbiennes aussi visibles à la télévision qui découvre ses pouvoirs en même temps qu’elle découvre qu’elle est lesbienne.

 
Et très récemment il y a le relancement des trois sœurs sorcières de Charmed et Les Nouvelles Aventures de Sabrina. Sabrina, c’est un reboot de cette sitcom géniale et ridicule L’Apprentie sorcière avec Salem le chat qui parle. Alors, le chat ne parle plus dans la série Netflix mais Sabrina n’ose pas être out avec ses amis : elle mène une double vie de lycéenne modèle le jour et sorcière la nuit en club… euh dans son coven. Mais surtout, Sabrina utilise ses super pouvoirs non seulement pour combattre l’homophobie, la transphobie et le harcèlement au lycée mais aussi pour combattre le patriarcat et les normes établies dans sa propre communauté…

Faire communauté

À Friction Magazine on essaye de faire un peu comme Sabrina : utiliser nos pouvoirs pour faire du bien dans sa propre communauté et au delà, en vous proposant notamment de découvrir des films qui nous plaisent.

On vous a déjà parlé ici du Ciné-Friction de mercredi prochain, le 7 novembre, sur Donna Haraway (c’est complet !) mais on vous donne aussi rendez-vous le 28 novembre à la Générale pour regarder « Une Jeunesse Allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Toute l’émission par ici :

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