On a vu “Erreur 404” de la Sticomiss

Pièce en trois actes, buvette sans alcool, quotidien biopolitique. Erreur 404 c’était à Toi moi & co le 6 avril. Dernière date ce soir à l’occasion de Fête pas genre à Paris 8 . Direct ça commence avec un prélude éloquent. Il est féministe et résonne comme du Despentes un peu jeune. C’est agressif, explicite, la féminité est criblée de balles ironiques : une façon de mettre les points sur les i pour l’heure suivante.

erreur404 - théâtre sur Friction

La scénographie est bricolée, c’est assumé, le quatrième mur aperçoit – et c’est son côté voyeur – les fils rouges et les fils noirs de l’autre côté des planches.

Dans l’ensemble, c’est une pièce didactique, avec un fort souhait de montrer des réalités émouvantes, où c’est l’étau qui domine. Une pièce lunatique à l’humour ciselé dans le slut shaming ou la putophobie. Le public était du même âge que les acteurices. Aussi la diction est parfois un peu pénible et empruntée. C’est un spectacle drôle, avec un vocabulaire très « jeune ».

La pièce fonctionne comme une empathie, amenée doucement et toujours interactive. Chapeau bas pour la lumière et le son, merci The Unlikely Boy, couplés aux projections, c’est efficace.

Le premier parcours : revenge porn. En quelques mots, c’est l’impunité et le soleil est noir. La Sticomiss profite du revenge porn pour évoquer généralement la sexualité adolescente dans un perspective pro-sex. On en ressort ému·e, révolté·e comme tous les matins par l’impunité et la cruauté des ados (des gens).

Le second parcours : Emilie est une domina. Emilie était caissière, elle annonce à sa famille qu’elle démissionne parce qu’elle préfère proposer des expériences fétiches tarifées.

La pièce, somme toute agréable, pose la question : quel vécu doit-on avoir pour incarner une TDS ? « Erreur 404 » a une prétention pédagogique, l’éducation populaire est réussie : les frontières de la putophobie sont tracées, des frontières nettes, pertinentes posant des questions essentielles : comment s’outer lorsqu’on est TDS et que son seul but lorsqu’on travaille est de « te promener comme le chien que tu es » ? Quelles solidarités tisser avec d’autres TDS ? Comment se protéger et se défendre ? Emilie oppose la honte jetée à la gueule des TDS à ses pratiques domina.

Le dernier tableau est relatif aux questionnements. Très bien joué, très dansant, l’isolement est au cœur du dernier acte. Cha est isolé.e dans sa ruralité, dans un environnement où les questions ne se posent pas. Big up pour les parodies de YouTube, où, à force d’être bricolées, exorcisées, développées, fondues dans des manuels avec des indications (si fantasques, à force) et des contre-indications, les masculinités et les féminités (ou plutôt la masculinité et la féminité hégémonique, n’apparaissent plus que comme des petits artefacts éreintants. Les quatre voix reviennent avec intelligence, pour aborder les identités queer, la solidarité et les pirates du genre dans un monologue aux accents de manifeste.

Ecriture et mise en scène : Anaïs Seghier
Comédien.ne.s : Noémie Bloch, Violaine Bougy, Fanny Doucet, Ariane Eolac, Valérian Lecourt
Scénographie : Lino Pourquié
Lumières : Pierre Nativel
Vidéo : Nathanaëlle Glatigny
Son : The Unlikely Boy



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