« Onze histoires de… gens » : rencontre avec Quentin Zuttion

Vous connaissiez peut-être Monsieur Q pour ses illustrations, ses « témoignages BD » ou son tarot. Il signe désormais de son nom complet, Quentin Zuttion, et vient de publier Chromatopsie, son deuxième livre autour des corps, des sentiments et des couleurs. Rencontre.

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Quentin Zuttion (photo de Laura Gilli)

Des corps, du sexe, des sentiments, ceux des autres et les siens : aucune des onze histoires que raconte Quentin Zuttion ne laisse indifférent·e. Dans Chromatopsie, sa seconde bande dessinée, celui qui était il y a peu connu comme Monsieur Q (mais « l’adolescence est terminée ») parle de métamorphose, de dissection, d’auto-analyse.

Comme souvent dans ses dessins, Quentin parle du rapport à soi… ou plutôt de détachement. « On vit quand même à travers le regard des autres. La question est moins de s’aimer que de s’accepter. Se détacher. Se connaître, se découvrir. »

Chromatopsie raconte des sentiments à plusieurs étapes de la vie. Dans Jaune, un garçon qui pourrait avoir six ans met une robe pour un anniversaire. Dans Pourpre, un garçon qui pourrait être le même enfile une des robes de sa mère pendant qu’elle est absente. « Mettre une petite robe quand tu es gamin et remettre une petite robe à 15 ans… ce n’est pas la même chose. Entre temps, t’as compris qu’il y avait un truc. »

« Je devais enchainer avec un doctorat sur le drapé baroque »

S’il sort sa seconde BD à 28 ans, Quentin n’a pas toujours été destiné à dessiner : « J’ai fait les beaux-arts à Dijon, en art contemporain : je faisais de la photo, de la vidéo, de la performance. La BD j’en lisais pas du tout. Après mon diplôme, je devais enchainer avec un doctorat sur le drapé baroque. »

L’été avant sa thèse, il fait un stage à Bisou Magazine, « une sorte de parodie de magazine féminin. » « Ils m’ont demandé de dessiner alors que je n’avais pas fait ça depuis cinq ans et ça a fait germer un truc dans ma tête : je me suis dit “non”, j’ai pas envie de repasser trois ans sur le drapé baroque. ».

Madmoizelle, Neonmag : ses traits sont fins, les couleurs floues — tantôt pâles, tantôt intenses— les yeux expressifs… Quentin fait de l’illustration puis propose ses projets, ouvre un blog et trouve un premier éditeur. Il publie Sous le lit, en 2016. Une histoire longue qui parle d’amour, d’angoisse et de dépistage.

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Au croisement de l’intime et du politique

Chromatopsie est différent. Cinq des onze histoires ont été écrites il y a un an et demi, les autres plus récemment. Elles sont indépendantes mais « même si ce sont des personnages… on est dans ma tête » avoue Quentin.

On y aborde le genre, l’orientation sexuelle, la grossophobie… Des sujets pas forcément très vendeurs auprès des maisons d’édition : « Je n’avais pas vraiment de pitch pour les présenter ensemble, raconte Quentin Zuttion. Vous avez onze histoires de… gens. »

La cohérence est pourtant là : au croisement de l’intime et du politique. Si chaque histoire nous touche c’est qu’on l’a, quelque part, vécue. Mais peut-être ne saisit-on pleinement la force de ces récits que si on a été amené·e, de gré ou de force, à questionner son rapport à la norme et à la société. Lorsqu’on parle sexe, corps, rapport à soi et à l’autre, les histoires de Chromatopsie confrontent implicitement les analyses politiques que l’on peut avoir, froides et rationnelles, avec nos expériences réelles, irrationnelles et passionnées.

Et même ce qui se veut plus personnel confronte la lectrice ou le lecteur à sa propre morale. Noir est une rupture racontée avec seulement quelque jours de recul. Pour Quentin « C’est une des seules histoires où il n’y a pas forcément quoi que ce soit à chercher, sur le corps, la politique : c’est du pathos. Pour moi c’était une façon de me plaindre, d’être geignard. » On est pourtant confronté·e à sa propre histoire : faire du mal et se faire du mal. Est-ce normal ? Est-ce bien ? Il faut, quoi qu’il en soit, vivre avec…

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Chromatopsie de Quentin Zuttion, éditions Lapin, 24 €

Suivez aussi Quentin Zuttion sur Facebook et Twitter.

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