Se mettre au vert au Jardin des Passages

Temps de lecture : 9 minutes

Le Jardin des Passages est un lieu porté par l’association du même nom, situé dans un petit village de la châtaigneraie cantalienne. Sur un terrain cultivable d’un hectare se trouvent deux bâtiments : une maison propice à la vie collective (environ 300 m²) chargée d’histoire pour le village dans lequel elle se situe et une maison dédiée à l’accueil (environ 120m²). Actuellement, 4 personnes, Chouk, Klervie, Manu.e, Miel, habitent sur ce lieu et s’y établissent. Iels entretiennent et partagent les espaces extérieurs avec deux brebis et une dizaine de poules et canards, ainsi que tout la faune sauvage environnante. Le lieu sera mis en vente en septembre prochain si Le Jardin des Passages ne réunit pas les fonds nécessaires à son rachat. Ses membres se trouvent donc dans une situation d’urgence afin de permettre la pérennisation de ce projet en vue de son développement. Nous les avons rencontré.e.s.

Est-ce que vous pouvez nous présenter le projet ? Qui est-ce que ça  concerne ? 

Au départ ferme privative, il s’ouvre au woofing en privilégiant l’accueil de personnes Queer/LGBTQIA+. En  septembre 2021, il prend un tournant de vie collective en s’ouvrant à la cohabitation en  mixité choisie Queer. Le collectif d’habitant.e.s prend forme en Janvier 2022. 

Le Jardin des Passages représente une alternative au manque de lieux en ruralité, sécurisants et ressourçants pour les personnes minorisées. Il propose de l’accueil en  woofing, des séjours de repos ou de résidences, ateliers créatifs, culturels et artistiques. Il tend à répondre à l’envie d’expérimenter ensemble d’autres moyens de se nourrir et  de créer du lien en partageant un quotidien collectif sur du court, moyen et long terme. 

Le projet s’articule autour de deux fronts symbiotiques : 

– cultiver et entretenir le jardin nourricier dans une optique d’autonomie maraichère.  Cette étape est déjà en construction depuis 4 ans ; 

– proposer un lieu de vie et d’accueil sécurisant et ressourçant pour des personnes  LGBTQIA+ en mixité choisie. 

Actuellement, 4 personnes y habitent de manière permanente. La maison  principale pourrait accueillir 3 personnes de plus à l’avenir. Iels entretiennent, accueillent et impulsent la dynamique du lieu en tant que membres actif.ve.s de  l’association. Un autre bâtiment permet de loger les visiteur.euse.s, les woofeur.euse.s  et les créateur.ice.s. 

Un point sur la mixité du lieu : 

Une mixité choisie queer est posée comme cadre de vie collective dans un souhait de rendre le quotidien léger et sécurisant. 

Une mixité est possible lors de temps d’ouverture et d’échanges avec des voisaines, des  amixs ou les familles des habitant.e.s par exemple. L’association organise  ponctuellement des évènements en mixité, des journées associatives. 

En quoi est-ce important de créer des espaces communautaires ? Est-ce que  ça change quelque chose de créer ce type de projet dans des zones rurales ? 

Un lieu de ressource, de sociabilisation et de célébration communautaire en ruralité nous semble indispensable. Avoir un endroit qui dit « tu as une place, tu es  validé.e sans le demander car tu es légitime ». 

Mais les lieux ruraux qui accueillent des personnes Queer/LGBTQIA+ sont encore trop  rares. 

On ne peut plus ignorer que le quotidien des personnes Queer et sexisées est souvent éprouvant voire violent, que l’on ait une sexualité non-hétéro, une expression de genre  non-conforme à la norme hétéro-patriarcale, une identité trans…

En ruralité, l’anonymat n’est pas une option à moins de s’isoler socialement. De fait, les échanges avec des personnes non-concernées, majoritaires, sont fréquents  et ont lieu quotidiennement. Même les personnes qui souhaitent être alliées demandent sans s’en rendre compte un travail gratuit et permanent d’explications, de pédagogie et de justification. 

Cet espace permet également aux personnes qui ont subi ou craignent les violences  sexistes et sexuelles de ne pas être en état de vigilance permanent, de se sentir libre de s’exprimer sans que leur parole soit remise en question ou interrompue. 

Le Jardin des Passages est un lieu où l’on vous demande votre prénom d’usage, vos pronoms, ce qui peut vous mettre à l’aise si vous souhaitez le partager et c’est tout. Concrètement, il s’agit d’avoir un espace repère où être entouré.e, se sentir reconnu.e,  en sécurité pour partager le quotidien, jardiner ou se reposer. La mixité choisie Queer  facilite le développement, l’épanouissement et la recherche d’équilibre de santé mentale des individus concernés. 

Il est donc indispensable que des projets comme Le Jardin des Passages  perdurent et/ou voient le jour. C’est d’ailleurs le retour de nombreux.ses woofeur.eus.es  et personnes de passage au Jardin : ça fait du bien ! Certain.e.s reviennent même pour  s’installer au long terme et s’investir dans le projet, comme c’est le cas de Klervie et  Manu.e. 

En quoi les préoccupations écologiques sont-elles liées aux luttes queer/  LGBTI ? 

Un lien entre écologie (prise en compte de l’environnement, réduction des impacts  humains) et luttes contre les discriminations est de plus en plus explicité et porté par l’éco-féminisme, notamment au travers de questions simples : 

Comment pouvons-nous continuer à découvrir notre environnement et le respecter si  nous n’arrivons pas à le faire au sein de notre propre espèce ? / La diversité de la  nature fascine, pourquoi pas celle des êtres-humain.e.s? 

Il est regrettable que les milieux écologistes soient très souvent essentialistes : on  y oppose le masculin au féminin sacré. La binarité est vue comme naturelle et ne reconnait que deux sexes biologiques qui se complètent pour la procréation. Ce fameux  « retour à la terre » de certaines pensées anticapitalistes ne se préoccupe pas des identités  queer qui sont jugées « non-naturelles ». Les identités non-binaires sont très souvent  méprisées par cette injonction à la nature biologique. Pour certain.es être transpédégouine c’est être aliéné du système. La pensée essentialiste oublie que certaines personnes n’ont d’autres choix pour arrêter de souffrir que de modifier, de  contraindre ou de customiser leur corps et cela va leur être reproché. L’amalgame avec le transhumanisme est vite fait.

Mais le sexe n’est pas le genre. Quand on a compris ça, l’approche queer des réflexions écologistes et anticapitalistes est très intéressante. En permaculture, par  exemple, il est question de replacer l’être humain au sein d’un écosystème durable et  efficient. L’écologie queer remet en question la valeur supposée d’une espèce (l’être  humain) sur les autres. Elle dénonce également l’opposition entre le dit-naturel (personne cisgenre hétérosexuelle) et le « non-naturel » (toustes les autres). La pensée queer permet de réfléchir à ces questions en sortant de cette vue anthropocentrée. Nos genres, nos sexualités, nos transitions n’ont rien d’anormal ou de « non-naturel ». 

Nous refusons ces analyses aliénantes. La nature est faite de diversité et nous  sommes fièr.es de nos identités et de nos corps. Nous sommes également légitimes à vouloir sortir de ce système consumériste qui oppresse la vie. Nous prônons  l’inclusivité et nous sommes convaincu.e.s que demain se construit avec tous.tes, dans le respect incompressible des identités de chacun.e. 

Le capitalisme et le patriarcat ne rendent pas notre monde viable. Les deux font des victimes directes dont personne ne peut ignorer l’existence. Écologie et luttes sociales ne vont pas l’une sans les autres. Nous ne pouvons pas renoncer à interroger nos moyens de subvenir à nos besoins comme nous ne pouvons pas nier la nécessité des  combats queer et féministes. 

Le Jardin des Passages vise une symbiose : sortir des injonctions patriarcales en construisant des interactions sociales au-delà de la binarité et du sexisme, tout en se  mettant en action vers un nouveau mode de consommation et de rapport au vivant sous toutes ses formes. 

Est-ce que vous pouvez nous parler de la situation actuelle du Jardin des  Passages ? Pourquoi un financement participatif ? 

Suite au départ de l’un.e des deux propriétaires au début de l’année 2022, le projet se poursuit à visée collective. Avec la volonté de sortir de la propriété individuelle, l’association Le Jardin des Passages lance un financement participatif afin de pouvoir racheter le terrain et les bâtis qui vont être mis en vente très rapidement (début  septembre). Le projet pourra ainsi perdurer, être transmis, et continuer à représenter  une alternative rare en ruralité pour les personnes concernées par les oppressions  systémiques liées aux genres, aux sexualités, aux morphologies… 

Comment peut-on faire pour participer de près ou de loin ?

Selon les envies et les possibilités : 

  • Transmettre des mots doux, un sourire et/ou des encouragements ;
  • Participer financièrement en ligne sur la page HelloAsso du Jardin des  Passages. Toute somme est bienvenue ; 
  • Diffuser la campagne de financement participatif ; 
  • Adhérer à l’association (prix libre) ;
  • Venir nous rencontrer durant une journée ou quelques semaines en  participant à la vie quotidienne, en mettant les mains dans la terre au  jardin… 
  • Profiter d’un espace de travail dans le cadre de résidence artistique ; o Venir proposer des ateliers pour partager des outils, réfléchir aux sujets  des identités, de vécus ou de thèmes/pratiques diverses (jardin, théâtre,  musique, écriture, mécanique…). 

Toutes les informations sont sur les réseaux Facebook et Instagram, ou par mail : lejardindespassages@protonmail.com 

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