En Russie ? Mais en France aussi

Temps de lecture : 4 minutes

Le mois des fiertés est terminé, mais ce n’est pas une raison pour ne plus en parler. Oublier nos fiertés, nos peurs et nos batailles derrière un agenda politique proche d’une campagne marketing sponsorisée. Quand on a lu le discours de Sasha, puissant de vérités qu’on a tendance à oublier, qu’on pense loin et derrière nous, on a eu envie de le publier. Parce que Sasha Anxiety a dû quitter la Russie il y a un an. Parce que nous avons tout intérêt à sortir la Pride et sa politisation du joli cadre qu’on nous a accordé. MUST READ

DISCOURS LU SUR LE CHAR GOUINE TRANS PENDANT LA MARCHE DES FIERTÉS 2019 à Paris

Je suis arrivée à Paris il y a une année. Je m’appelle Sasha, je suis une femme trans et j’ai fuit le Caucase du Nord. Pourquoi j’ai pris la fuite ? Parce que c’était impossible de changer mes documents. Parce que ma région était voisine de la Tchétchènie. La Tchétchénie où les personnes LGBT sont tuées par le gouvernement, sont tuées par leurs propres familles !

Parce que les personnes trans en Russie subissent des agressions verbales, physiques, systémiques tous les jours de leur vie.

Parce que notre gouvernement est explicitement hostile envers les personnes trans.

Parce que 90% de notre peuple nous considèrent comme malades. Je suis arrivée en France avec la croyance naïve que ça serait différent.

Une année plus tard cette naïveté ne tient plus.

Les femmes trans sont enfermées dans les prisons pour hommes. Ça se passe où ? En Russie, mais aussi en France !

Les médecins sont punis par la loi pour avoir aidé des personnes trans. Ça se passe où ? En Russie, mais aussi en France !

Les meurtres de femmes trans sont ignorés. Ça se passe où ? En Russie mais aussi en France !

Nos victoires sont fragiles. Nos victoires sont récentes. Nos victoires ne nous permettent pas la complaisance. C’est la fête aujourd’hui. La fête apolitique où on danse avec la police et les corporations. C’est apolitique parce que la police et les corporations seront les premières à nous écraser quand le vent tournera. C’est apolitique, c’est la fête et c’est pour ça qu’on a cent mille personnes aujourd’hui. On a peur de la politique. Après le meurtre de Vanessa Campos, on avait juste quelques centaines de gens à la marche dans les rues. Mais c’est là qu’on avait besoin de cent mille personnes !

La politique néo-libérale de Macron mène au fascisme. La politique de militarisation de Macron mène au fascisme. La politique de Macron est déjà ouvertement fasciste envers ses opposants ! On doit agir, lutter, manifester comme si le fascisme arrivait demain ! Parce que le fascisme va arriver demain ! Toutes nos victoires seront écrasées ! Et on vivra encore demain comme on vivait hier ! Écrasés et méprisés par le système, ! Battus, humiliés, exclus, tous les jours de nos vies !

Pour lutter contre ça, il faut politiser la Pride. Pour politiser la Pride, il faut démocratiser l’organisation de la Pride. J’emmerde l’état policier. J’emmerde le char policier.

Étudiante et journaliste, Sasha a dû interrompre ses études et sa carrière après avoir vu le manque d’action, voire la sanction des autorités russes vis-à-vis des tortures et des meurtres dans les camps de concentration pour les personnes LGBT (majoritairement les hommes gay) en Tchétchènie, région voisine de la sienne. Aujourd’hui elle est demandeuse d’asile et étudiante en France.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.