Un papa drag, une maman drag… Rencontre avec la House of Boner de Montpellier

On ne ment pas aux enfants : Every boner is a blessing. On a donc posé quelques questions à Robin des Doigts et Medusa Dickinson, fondateur·trice·s de la House of Boner à Montpellier.

Pour commencer, est-ce que vous pouvez me raconter votre parcours en tant que drag king et drag queen ?

Robin des Doigts : J’ai toujours aimé performer mon genre, me travestir occasionnellement. J’ai découvert le drag king en 2015. J’ai fait mon premier atelier avec Louis de Ville à Marseille. Je me suis rendu compte que ma démarche personnelle et politique étaient claires. Je n’avais plus seulement envie d’explorer mon genre mais d’explorer mon drag, fouiller mon king. Cet atelier m’a permis de me projeter sur scène. J’ai eu envie de performer en public et d’échanger avec des drags : j’ai participé à d’autres ateliers, à des soirées drags. J’ai continué à travailler mon king chez moi, mon style, ma personnalité, mon make-up, j’ai fait ma selfie whore sur Instagram, bref, la base de baby drag en somme.

Puis, j’ai emménagé à Montpellier fin 2017. J’ai su que c’était le moment pour Robin des Doigts d’avoir sa propre existence publique. Et j’ai rencontré Medusa Dickinson qui a bouleversé ma vie et ne cesse de me donner du boner depuis.

Medusa Dickinson : Quant à moi, quand j’étais petite j’aimais bien les blagues de toto et je volais régulièrement le maquillage de ma mère alors je me suis dit que je ferais une drag queen parfaite. Et de façon plus sérieuse, j’ai toujours eu un grand attrait pour le drag. Je peux me glisser l’espace d’un instant dans les chaussures d’une femme exceptionnelle.

Et comment vous en êtes venu·e·s à créer une house à Montpellier ?

Medusa : On s’est rencontré peu de temps après la Pride de Montpellier 2018 où l’on ne s’est absolument pas vu·e·s. Pourtant ce n’est faute de m’être pavanée sur le char d’Aides. Mais Robin devait de toutes façons être trop occupé à mater les nanas, comme à son habitude. Puis il m’a contacté sur Twitter et il m’a proposé d’aller boire un verre. J’ai dit “hmmmm j’sais pas, peut-être”. Trois jours plus tard, on s’est retrouvé à parler drag et féminisme autour d’un mojito. On s’est rendu compte que nous partagions la même vision et le même amour du drag et de l’alcool. Un mois plus tard, on a donc créé la House of Boner.

Medusa Dickinson

C’est une house avec un father et une mother… c’est assez original : pourquoi ce choix ?

Robin : Il paraît qu’à hétéroland, c’est plutôt banal. Mais effectivement dans le lobby LGBTQI ça l’est moins. La House of Boner c’est avant tout une rencontre, une connexion entre nous. On a une approche du drag et une culture militante assez similaires. On a une grande confiance l’un·e envers l’autre grâce à cette connexion. Et le fait d’être un king et une queen ça nourrit aussi énormément nos drags respectifs, ça ouvre nos horizons. En tant que king, c’est parfois compliqué d’exister et d’être valorisé notamment par les queens, mais Medusa me donne tout l’espace nécessaire y compris et surtout sur la scène drag. On a posé des cadres, on a réfléchi à créer un espace inclusif et féministe et le reste s’est passé très naturellement.

« Le fait d’être un king et une queen, ça nourrit énormément nos drags respectifs. »

Robin des Doigts

Medusa : On constate aussi que ce type d’organisation permet à nos enfants et au public de trouver sa place, de s’identifier plus facilement. Quant à nous, il nous permet de performer autour de thématiques variées sur la base de vécus différents. Nous sommes très complémentaires finalement. Notre House a priori normée, est un outil merveilleux de déconstruction.

Comment est la scène drag à Montpellier ?

Robin : Avant la création de la House of Boner en septembre 2018, la scène drag locale était assez inexistante. Les seules performances drag auxquelles on pouvait assister concernaient les deux-trois drags-performeur·se·s locales très connu·e·s sur des scènes plus généralistes. À côté, à Nîmes, le festival Get Used To It a offert une scène à des drags et notamment des kings en 2017 et 2018. En septembre 2018, on a vu l’émergence de deux scènes ouvertes queer. La Born To Be Queer (tous les deux mois) du Collectif les MartinEs et la Pimp My Queer (chaque mois) du collectif Support Your Local Girl Gang.

« Nous performons autour de thématiques variées sur la base de vécus différents. Nous sommes très complémentaires. »

Medusa Dickinson

Medusa : Ces événements nous ont permis de performer, de nous faire connaître et de créer un noyau de performeurs et performeuses drag assez important et tout·e·s plus fabuleux·ses les un·e·s que les autres. Nous sommes d’ailleurs aujourd’hui les hôte·sse·s de la Pimp My Queer. Et ce n’est que du boner.

Robin : Certes, c’est une petite scène drag mais elle est en pleine expansion et elle nous permet de développer une véritable bienveillance entre nous ainsi que des amitiés fortes. On fait du bien, on fait du lien. Par ailleurs, de nouveaux projets drag naissent progressivement et nous devrions voir de nouvelles jolies choses bientôt.

Robin des Doigts

Globalement, on voit quand même beaucoup moins de drag kings que de drag queens. Comment l’expliques-tu Robin ?

Robin : La scène drag king est clairement moins développée que la scène drag queen en France. Malheureusement, les kings subissent le même problème de sexisme dans le drag qu’ailleurs. C’est une scène créée et incarnée par des femmes cis ou des personnes trans. Or les organisations et lieux de mecs cis gays sont largement majoritaires dans le milieu LGBTQI. Et ces gens s’intéressent davantage aux queens qu’aux kings. Ils ont également plus d’argent, plus de pouvoir de décision, etc. Il y a aussi cette idée que la performance en king est moins extraordinaire, niveau make up, tenues, etc. Mais donnez-nous du budget et de la visibilité et vous verrez encore mieux qu’on est extraordinaires jusqu’au bout des doigts !

Et selon moi, il y a aussi une deuxième raison à ne pas négliger : c’est l’autocensure. Comme toute personne sociabilisée femme, c’est toujours plus compliqué de se donner la légitimé de se lancer en tant que performeur·se. Il faut oser affronter le public et les organisateur·rice·s, réclamer du temps, de l’argent et de la visibilité. Et c’est moins facile quand on a été éduqué·e à faire le contraire. Ça prend donc beaucoup plus de temps à développer une scène king ou de voir des kings sur des scènes drags. Mais les kings sont talentueux et ça vaut toujours le coup de se lancer. Toi là, lance-toi !

« Comme personne sociabilisée femme, c’est plus compliqué de se lancer en tant que performeur·se : il faut oser se affronter le public et les organisateur·rice·s et c’est moins facile quand on a été éduqué·e à faire le contraire. »

Robin des Doigts

Et quel sens tu donnes au fait d’être drag king personnellement ? Est-ce que tu penses que c’est différent que pour une drag queen ?

Robin : Je crois que la similitude avec les queens c’est que le drag me permet d’exprimer quelque chose en moi qui m’a été difficile, interdit, violent d’exprimer avant et parfois encore maintenant. Je joue avec le genre, la binarité, la masculinité et ça rend ces thématiques plus légères dans mon quotidien. À la nuance près qu’être drag king c’est aussi m’attribuer les attitudes et privilèges qu’on m’interdit dans mon quotidien de meuf cis. C’est un gros doigt à l’hétéropatriarcat. Par ailleurs, pour moi le drag king est aussi très important pour son aspect social et militant. Vivre la culture drag, la faire vivre, est inhérente à ma démarche.

C’est aussi pour cette raison que je mets un point d’honneur à m’exprimer en tant que king et gouine. Le drag king appartient à la culture lesbienne et pour moi il y a un réel enjeu à faire vivre cette culture moins visible que d’autres dans la communauté LGBTQI. Le drag c’est une communauté oppressée qui envoie péter l’ordre établi par le biais d’un tas d’outils (performances artistiques, manifestations, campagnes militantes, etc.), qui parle de toutes ses problématiques et qui se rebelle. Mais au delà de ça, c’est une manière d’apporter un peu de bonheur à des gens qui en manquent parfois.

Et enfin, quelles sont vos prochaines actualités ?

Medusa et Robin (en chœur) : Envoyer de l’amour à Bilal Hassani sur Twitter !

Robin : Nous avons quelques beaux projets pour la deuxième partie de l’année. Mais certains sont encore secrets ! En attendant, on continue the same old shit de lobbistes et on réclame la PMA pour tou·te·s sur Twitter mais pas que (on a Instagram aussi).

Medusa : Vous accueillir dans la joie et le boner chaque mois aux soirées Pimp My Queer au Coxx. La prochaine aura lieu le 21 février à partir 21h30. Montpellierain·e, viens !


Retrouvez la House of Boner sur Instagram et tous les mois au Coxx de Montpellier pour la soirée Pimp My Queer (prochaine le 21 février).

Robin des Doigts : InstagramTwitter

Medusa Dickinson : InstagramTwitter

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