Vibrations #5 : Vinted date

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Dans le PMU de la rue de Belleville :

— Achille, tu ne vas pas dater un mec de Vinted, quand même. On couche pas comme ça avec tout le monde !

— Ce que tu peux être hétéro Carole ! Le gars me vend un bomber original taille M ET du rêve. Je vois pas le problème.

— Attends un peu, tu n’aurais pas acheté le bomber juste pour pouvoir communiquer avec le mec sur l’appli ?

— Et alors, je m’en balek, je vois le mec demain, ça valait le coup.

— En fait, tu lui achètes un bomber pour pouvoir le ken. Pas classe.

— Carole…

Toujours dans le PMU de la rue de Belleville, le lendemain :

— Je m’appelle Achille.

— Pierre. Ravi. Voila le truc, je l’ai porté deux fois. Ou trois, mais pas plus.

— Magnifique. Le bomber aussi.

Je n’en reviens pas d’être aussi lourdingue. Mais le compte à rebours de la vie tourne, Achille, il n’y a pas de temps à perdre dans ton ambition de tout faire partout et tout le temps.

— Écoute, je sais que ça va te paraitre bizarre, tu crois que j’ai accepté de te voir en vrai parce que tu me plais mais c’est pas ça du tout.

Je fixe Pierre dans les yeux. C’est pas ça du tout. Putain ça fait mal, je crois. Juste sous le plexus.

— En vrai, je voulais économiser les 5 euros de Mondial Relay, ils se gavent alors qu’on habite pas loin

— Ah oui, oui, je comprends bien. Moi tu m’as plu, sur ta photo Vinted, j’ai pas résisté. Je résiste jamais. Tu fais quoi dans la vie, Pierre ?

— Globalement, ma principale occupation est de chourrer des fringues et de les vendre sur Vinted, ça marche plutôt pas mal.

— Tu chourres où ?

— Aux Halles, ma gueule, aux Halles et partout où c’est facile, mais ça c’est secret.

— On boit un verre quand même ?

Nous nous parlons sans nous regarder. Je ne comprends pas pourquoi il a accepté pour la pinte. C’est long, je regrette de lui avoir proposé. Mon téléphone vibre. C’est un message de Sacha, le mec de la Java. Il me demande si je veux l’accompagner à un défilé de mode. Putain mais quel con, il croit vraiment que ça m’intéresse, ce genre de pince-fesse de droite. La mode c’est de droite, mec. Je me dis ça, alors que je discute avec un mec qui me vend un blouson. On n’est pas à une contradiction près.

Je quitte Pierre, je lui fais une bise maladroite. Il est canon comme pas possible, mais il est pas intéressé, Achille, ça arrive, tu sais.

Quand je descends la rue de Belleville, j’enfile le blouson. Je mets mes affaires dans le nouveau et dépose l’ancien sur une barrière de chantier. En fouillant dans les poches, je trouve un papier. Sur le papier, un numéro de téléphone.

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