[Vidéo] Sidragtion 2020 : les drag queens confinées mais toujours motivées

Temps de lecture : 15 minutes

En décembre pour le Sidragtion, des dizaines de drags déferlent habituellement dans les rues de Paris pour récolter de l’argent contre le VIH. Cette année, Covid-19 oblige, le Sidragtion prendra la forme d’un bingo en ligne. On a interviewé Enza Fragola, Minima Gesté et Emily Tante, ses trois organisatrices, pour parler de cet évènement, de la lutte contre le VIH mais aussi des conséquences de la situation actuelle sur les communautés LGBTI.

👇 Après la vidéo : les détails pour participer au bingo et la retranscription de l’interview

🎉 Le bingo drag en ligne spécial Sidragtion c’est dimanche 29 novembre à 17h30 : toutes les infos ici.

💶 Il est déjà possible faire un don .

Comment jouer ?
🎲 Choisir une des grilles disponibles ici (celle que tu veux mais une seule par personne)
🎲 Recopier la quelque part
🎲 Envoyer la ici pour valider ton inscription
🎲 Rendez-vous le 29/11 à 17h30 sur la chaîne YouTube de Minima Gesté pour jouer !

Retranscription :

[Benjamin] Bienvenue ! Je crois que c’est la toute première interview Friction sur Zoom donc merci d’être là ! Merci Enza Fragola, merci Minima Gesté, merci Emily Tante. Merci d’avoir accepté.  Vous êtes les coorganisatrices du Sidragtion qui est  l’événement drag de soutien au Sidaction, je vais y revenir dans quelques instants. Mais d’abord j’ai envie de commencer par vous poser une première question :  Comment ça va ? On a souvent l’habitude de vous voir performer dans des lieux interlopes… Aujourd’hui c’est assez différent : on est tous confinés. En tant  qu’artiste drag comment ça se passe pour vous maintenant ?

[Minima] Bah moi j’ai la chance d’avoir… « la chance… »  la chance d’avoir un travail à côté, ce qui me permet  de bouger, vu que je dois y être être en présentiel donc ça me permet de m’aérer l’esprit,  de bouger un petit peu. Mais effectivement ça change complètement la vie des artistes drag dans le sens où on ne performe plus plus comme avant et ça remet en question beaucoup de choses.  Ça peut faire perdre la créativité. Enfin moi, je sais que j’ai eu des moments de mou… pff… Qu’est-ce que je fais, quoi ? Pourquoi je le fais ?  Ça fait des moments de mou.

[Emily] Beh moi tout est arrêté depuis maintenant plus de six mois parce que je travaille  beaucoup en boite de nuit, en plus, donc je passe pas beaucoup dans les bars. C’est un peu chaud… Après, on s’occupe comme on peut on essaie de trouver d’autres manières de faire des choses. Moi j’ai, du coup, lancé un podcast sur le militantisme pour m’occuper aussi l’esprit beaucoup. Et puis on bosse à fond sur le Sidaction… enfin sur le Sidragtion du coup !  Pour bien bien occuper ses journées et rendre le truc le plus sympathique possible.

[Enza] Moi par contre ça a fait un gros stop sur beaucoup de choses, très clairement. Après, j’ai la chance d’avoir un endroit qui me sert de local pour faire du drag, pour pouvoir créer, et créer des costumes, créer des choses… donc je fais plein de choses !

[Benjamin] On voit une super wig à côté de toi d’ailleurs !

[Enza] Ah ! Je l’ai faite hier ! Du coup oui, je prépare des trucs  mais les utiliser… même les drag shows virtuels…  Y a eu le premier confinement où il y avait un foisonnement de shows virtuels. Et là, le second confinement il y en a beaucoup moins en fait. On sent qu’il y a quand même un ralentissement pour ça parce que peut-être que la motivation…  peut-être s’est un petit  peu perdue. Mais je prépare quand même des choses.

[Minima] Oui, la motivation qui s’est perdue puis même si on fait le drag pour nous, quand même, le retour de ces shows virtuels et le retour sur investissement était pas incroyable. Ça demandait beaucoup d’efforts pour peu de résultats et on en avait tous marre d’avoir 25 live sur notre page Instagram !

[Benjamin] C’est un peu déprimant. C’est comme les apéros à Zoom : moi j’en fais plus, ça me rappelle trop qu’en fait je suis pas avec des vrais gens. C’est un peu pareil pour les perfs ?

[Emily] En fait, le truc c’est que tu fais ton live Instagram,  t’es hyper content, t’as parlé avec plein de gens, t’éteins ton téléphone et là : silence. T’as le silence et t’es tout seul  dans ton appart et t’es en mode “ok donc là je vais me démaquiller, il est même pas minuit et je vais aller me coucher…”

[Benjamin] Du coup, vous vous occupez avec le Sidragtion… Pardon Enza

[Enza] Après, moi, je fais des vidéos, je suis pas forcément en live. En fait ça fait du matériel, on va dire. Mais c’est clair que c’est beaucoup d’organisation, on n’est pas tous égaux vis-à-vis des conditions pour faire des vidéos. Il faut avoir la capacité technique : tout le monde ne l’a pas.

[Emily] Coucou depuis mon 9 mètres carrés !

[Enza] Voilà : c’est hyper compliqué en fait. Très frustrant.

[Benjamin] Du coup pour passer au Sidragtion qui, j’imagine, vous occupe pas mal. Juste pour mettre en contexte : tous les ans,  on a l’habitude de voir des dizaines de drags débarquer dans les rues de Paris pour collecter de l’argent en faveur de la lutte contre le VIH. Cette année, ce n’est pas possible. Est-ce que vous pouvez nous dire un peu comment vous allez vous organiser concrètement.

[Minima] On fait en ligne, vu qu’on ne peut pas en présentiel ont fait en distanciel ! Et on se demandait au début si on allait  faire un show drag virtuel comme il y a eu beaucoup pendant le premier confinement  Ou quelle forme ça allait prendre… Et on s’est penché plutôt sur un bingo drag. Parce qu’en plus on se doutait qu’il y aurait pas mal d’artistes et de gens qui seraient d’accord pour nous donner des lots.  Et puis, en fait, on a réussi à faire jouer notre réseau assez bien…

[Emily] En fait, j’étais en contact avec une DJ qui s’appelle Le Léon et qui m’a filé le contact du Sacré. Parce qu’à la base Minima pensait le faire chez elle et puis toutes les trois on s’est  dit “bah c’est dommage, on le co-organise à trois,  c’est dommage de pas toute participer finalement à cet élan là” et du coup on a contacté le Sacré par mail et on leur a dit “Écoutez, voilà, on va organiser un bingo pour le Sidaction, est-ce que vous êtes chauds ? On vous explique comment ça se passe.” On les a rencontrés et puis en fait ça s’est fait hyper rapidement, hyper facilement.  

[Benjamin]  Du coup, c’est comme les bingos drag de Minima mais en mieux. Avec plus de gens et plus de lots…

[Minima] C’est vraiment version 2.0, version XXL.  Pendant le premier confinement j’avais fait des bingos drag qui avaient bien marché mais c’était vraiment… genre dans mon salon et on gagnait des dessins de moi qui ne sait pas dessiner ! C’était ridicule. Enfin c’était très bien mais là c’est dans un grand lieu avec plusieurs caméras des DJ sets avant, après, des artistes qui nous ont offert tellement de lots que l’on sait plus quoi en faire !

[Emily] Des performances en plus !

[Minima] Des performances en plus, des révélations de… choses

[Benjamin] Du coup c’est dimanche soir. Comment on participe ?  Il faut télécharger ses grilles et après on fait des dons, c’est ça ?

[Minima] Oui c’est ça ! Sur l’événement Facebook, il y a tous les liens pour,  d’abord, télécharger sa grille. Donc sélectionner sa grille et la télécharger. La recopier sur un papier libre ou juste faire une capture d’écran et surtout, après, la renvoyer sur un Google Form qui nous permet à nous, ensuite, d’avoir tout le listing de toutes les grilles qui seront utilisées comme ça, quand quelqu’un gagne on pourra vérifier la grille. Et pendant toute la durée du bingo il y a une cagnotte qui est déjà d’ailleurs  en place et les gens commencent déjà à donner sur cette cagnotte. Ça c’est ouf !  Pour le Sidaction, on va mettre un objectif énorme on va pousser toujours les gens à donner plus d’argent parce que comme toujours on fait du drag et pour donner du fun et pour rappeler les causes pour lesquelles on se bat.

[Benjamin] Pour les gens qui nous regardent on va mettre tous les liens soit dans la vidéo sur YouTube soit dans l’article sur friction-magazine.fr, vous pouvez cliquer, télécharger vos grilles et surtout faire des dons pour le Sidaction : c’est ça qui est important.

[Emily] En plus ce qui est cool c’est que toute les trois on va avoir un rôle différent et on va pouvoir échanger les rôles aussi. On va avoir une miss tchat qui va pouvoir discuter avec les gens pendant tout le bingo, une potiche qui va nous servir à révéler les numéros au fur et à mesure pendant que l’une tirera les numéros et fera les blague. Il va y avoir vraiment une interaction avec trois personnes ! Ça va pas être le bingo en réel mais on s’en rapproche !

[Benjamin] Je voulais vous poser une autre question sur la lutte contre le VIH parce que c’est quand même quelque chose qui a pas mal changé ces dernières années.  Aujourd’hui il y a la PrEP, il y a le fait que les personnes séropositives qui ont charge virale indétectable ne transmettent pas le virus. Pourquoi c’est toujours important pour vous d’avoir une action sur cette question-là et de continuer à mobiliser autour du VIH ?

[Enza] La lutte n’est toujours pas finie, tout simplement !  Et puis on a toujours besoin d’informer les gens.  Les gens ne savent que, justement, indétectable = intransmissible. C’est aussi important que la PrEP existe. On a besoin de moyens  En plus dans la situation sanitaire où on est actuellement, dans la situation de crise qu’on est, des problématiques sont exacerbées encore plus. Nos associations ont toujours besoin de moyens. C’est important, c’est hyper important.  On est très loin justement d’avoir endigué l’épidémie.

[Emily] On a eu la première baisse seulement l’année dernière, en fait. Il y a le Covid et avec le Covid, les dons et la recherche ont énormément baissé sur le VIH : ils se sont tous gravités sur le Covid. C’est aussi important que le VIH mais, en effet,  cette perte de dons, elle va se ressentir dans la recherche, dans la prévention et énormément aussi dans la lutte dans les dix des dix années à venir en fait.

[Minima] Exactement. On mesure ce que disait Enza :  on a toujours besoin d’informer parce qu’il y a toujours plein de gens qui ne sont pas au courant que la PrEP existe, qu’on peut se faire dépister gratuitement et anonymement dans tous les labos de Paris et d’autres villes, que indétectable = intransmissible.  Qu’est ce que ça veut dire indétectable ? En fait, l’information, on a l’impression parce qu’on gravite dans des milieux plus ou moins intéressés à ces sujets… mais en fait ce n’est pas du tout la majorité.

[Emily] Et puis en fait l’endroit où l’épidémie a le plus baissé, c’est chez les hommes homosexuels et bisexuels mais chez le reste de la population, la contamination est toujours là et elle continue. C’est-à-dire que finalement on est les principaux concernés par l’épidémie mais on va finir par ne plus l’être à force de voir l’épidémie grandir dans d’autres publics fragilisés.

[Benjamin] Mais du coup vous allez profiter de l’événement dimanche pour faire un peu de prévention aussi ou ça fa rester que du fun ?

[Minima] Bah non ! Je pense que c’est vraiment un point  commun de nos trois drags, c’est qu’on mêle toujours vraiment vraiment toujours les deux : y’a toujours du fun mais on rappelle toujours des messages importants et qui nous tiennent à cœur.

[Benjamin] Bravo ! Je voulais terminer, puisque je vous ai sous la main pour poser une question un petit peu plus large. En tant que drags, vous êtes des figures assez visibles  du milieu LGBTI. J’imagine que vous y connaissez quand même pas mal de monde. On vit une période qui est assez spéciale, notamment tous les lieux habituels de sociabilité entre LGBTI sont fermés aujourd’hui. C’est quoi votre ressenti là dessus ?   Comment vous voyez les choses dans les mois qui viennent ? Est-ce que vous pensez que, quand tout sera fini, la vie va reprendre comme avant où il y aura un impact particulier ? Il y a un contexte sanitaire mais aussi un contexte politique qui est assez particulier. Vous en pensez quoi ?

[Minima] Ça risque d’être un gros merdier parce que la réponse  de l’État n’étant pas à la hauteur de ce qu’un État devrait faire surtout pour des bars associatifs, par exemple, qui sont les endroits de rencontres queers, on va en perdre énormément ! On va perdre beaucoup d’initiatives par manque de moyens parce que, ce que ça fait une crise, c’est que ça exacerbe des disparités qui sont déjà présentes. Donc là ça va éclater encore plus.

[Emily] Sans compter ce qui se passe avec la loi sécurité globale  ou ce qui s’est passé ce matin avec les migrants. On est quand même — en tout cas moi je pense à nous trois —  très investies dans cette intersectionnalité là et quand on voit ces inégalités qui  percent à jour énormément et qu’on voit les dérives fascistes et autoritaire de ce pays… Enfin je suis hyper inquiet pour le milieux queer parce que je me  dis : les prochains c’est nous. Les prochains c’est nous.  En fait il y a déjà un relent homophobe depuis le mariage pour tous. Il se tasse mais il revient à chaque fois. Qu’est-ce qui, cette fois, nous dit qu’on sera pas dans les lois qui vont bloquer nos vies et nos sexualités et nos libertés ?

[Enza] Je ne sais pas si j’ai grand chose à ajouter mais oui, c’est hyper inquiétant  Ouais c’est inquiétant. Faudrait qu’on soit plus soudés, tout simplement Faudra qu’on soit plus soudé tout simplement. Il faudra qu’on se retrouve de façon, on en a besoin. Je suis désolée, mais elle me manque cette sociabilité. Au premier confinement, ça allait je vivais encore relativement dans le cube mais là, le second, moi ça me manque mais grave quoi !  Se retrouver entre personnes qui ont un vécu  à peu près similaire que le mien, ça c’est essentiel.  Au bout d’un moment, j’aurais vraiment besoin qu’on se retrouve.

[Benjamin] Les bars ne vont pas rouvrir tout de suite : on peut peut-être se retrouver en manif d’ici là ! Dans le respect des gestes barrières…

[Enza] Oui on a failli s’y croiser d’ailleurs !

[Emily] Et en même temps le contexte de manif, ce n’est pas le moment le plus adéquat pour prendre soin des uns  des autres non plus !

[Enza] Ah non, on s’est fait gazer… En effet…

[Benjamin] Merci beaucoup pour avoir répondu à mes questions sur cette note joyeuse.  Mais en tout cas ça fait toujours plaisir de voir des drag queens qui s’investissent comme ça sur ces sujets là et sur des questions de politique parce que je pense que les passerelles sont vachement importantes et je pense que vous trois — pas que vous trois — mais vous êtes quand même une fierté pour les LGBTI d’avoir des  gens comme ça, qui arrivent à porter ces messages là,  Sur les questions queers mais pas uniquement et qui arrivent à être un peu transversales, c’est plutôt cool. Et merci beaucoup !  Je redis toutes les infos vont être sur YouTube et sur l’article dans friction-magazine.fr.  Peu importe où vous nous regardez… Et donc rendez-vous dimanche pour ce bingo spécial Sidaction.

[Emily] ET DONNEZ DE LA MOULA

[Enza] DONNEZ DES SOUS

[Minima] DONNEZ LA THUNE

[Emily] Remplissez-nous les fentes virtuelles !

[Enza] Emily Fente qui nous le dit.

Bonne soirée !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.