Fière d’être gouine comme un camion & pd comme un phoque ?

« Je suis fière de toi » + bisou : entendu pour la première fois par ma mère suite à un 20/20 en CE1. En ces temps de légalisation du mariage, de promesse d’égalité des droits et de reconnaissance du couple  homosexuel, une question me taraude :

 

Fière/fier d’être homosexuel(le) ? Est-ce bien là le terme adéquat ?

 

J’ai levé mon poing, dansé en rythme, hurlé et répété ce que scandait le micro du char, marché dans les rues de Paris et sous un drapeau multicolore. Seulement voilà, personnellement, je ne suis pas vraiment fière de ce qui a trait à ma sexualité non-choisie et tout à fait assumée. Fière d’être belle, d’être née avec un gros nez, d’être chauve ou poilue ? Non vraiment pas. Fière d’avoir une bonne note à l’école (merci papa, merci maman), d’avoir gagné ce match de tennis, d’avoir préparé une soupe de légumes : oui, je l’ai voulu, je l’ai fait, je l’ai réussi. Faire l’amour avec une meuf/un mec, ils l’ont fait, ils en avaient tellement envie qu’ils n’avaient pas le choix, ils ont réussi. Nuance.

 

Cette « fierté » vous fait hérisser tout droit les poils du dos (pas sexy) ? Du coup vous n’êtes pas allé marcher samedi, vous êtes resté avec vos amis pds/lesbitch qui eux non plus n’aiment pas ces bêtises qui ne servent à rien d’autre que donner une mauvaise image des gays. Et bien vous apprendrez que marcher c’est très bon pour la santé, voici pourquoi :

 

La fierté, pourquoi ?

 

Il s’agit d’une simple réaction à l’oppression et aux difficultés qu’ont les homosexuel(le)s à assumer leur différence face au monde régi par les lois judéo-chrétiennes de notre chère société. Une société qui va jusqu’à assimiler leur identité à leur sexualité. Et puis, qui a vraiment envie de se faire insulter dans la rue ou juste regarder comme une bête curieuse parce qu’elle/il embrasse quelqu’un du même sexe en pleine rue. Il n’en faut pas, des couilles pour faire ça, non ? Il faut le vouloir et le réussir. Assumer ses désirs “originaux” et non-majoritaires, le regard des autres : il faut le vouloir et le réussir ! Les homosexuels pourraient choisir de rester dans le fameux placard, ne pas vouloir se montrer, nier leurs envies et donc ne pas réussir. Donc, elles/ils sont fiers.

 

 La limite de cette fierté « j’assume donc je suis » 

 

Donc toute personne qui assume ses envies, son désir et son identité quelqu’elle soit doit en être fière ? Que dire des pédophiles ? Que dire des serial-killers ? Des pervers narcissiques ? Ils subissent et assument leurs pulsions eux aussi, doivent-ils être fiers ?

 

 La réponse à cette objection ringarde

 

Cela n’a rien à voir, si si, je vous assure, l’homosexualité n’est pas une maladie mentale. Ces méchantes personnes imposent leurs envies à quelqu’un qui n’en veut pas ou n’est pas en mesure de comprendre, de dire non, ce qui n’est pas le cas des homosexuels. Ceci dit cet argument et cette comparaison de l’homosexualité avec des maladies est trop courante pour être ignorée. Il fallait se renseigner, n’en déplaise à Gérard Longuet (UMP), Christian Vanneste ou même à certains membres auréolés du Vatican.

« Les pédophiles sont des personnes souffrant de fantaisies sexuelles portant sur des enfants (garçons ou filles) pré-pubères, non formés, ce qui n’a rien à voir avec les préférences sexuelles qu’elles portent sur des hommes ou des femmes adultes. »  Propos d’Olivier Vanderstukken, coordinateur du Réseau de l’Unité Régionale de Soins aux Auteurs de Violence Sexuelle. 

 

 Pourquoi tant de couleurs ?

 

Lorsqu’ils marchent de Montparnasse à Bastille, qu’ils sont si fiers, pourquoi se déguisent-ils alors si ce n’est pour se cacher ? Pourquoi sont-ils tous à poils, tous tétons à l’air ? Ils ne sont pas normauX.

La réponse à cette question est simple : le folklore fait partie de la culture gay, il faut bien ajouter un peu de légèreté à ce monde de brute sans pomme. Ajouter une touche d’insouciance à cette identité qui pose (malheureusement) encore tant de problèmes dans certaines familles. Et puis les intégristes catholiques paraissent ainsi si fades à côté de toutes ces couleurs, de cette joie de vivre exubérante de gaytitude multicolore.

 

Et la fierté hétérosexuelle alors ? 

 

Personne, sauf ces intégristes catholiques justement, ne clame une quelconque fierté hétérosexuelle. Il suffit de chercher “fier d’être hétérosexuel” dans le moteur de recherche le plus conformiste de la planète pour s’assurer de l’absence de cette question. Enfin, sauf au Brésil. Il n’existe pas de fierté hétérosexuelle si ce n’est face à une “agression” homosexuelle, tout comme il n’existe pas de fierté nationale, musulmane sauf agression intégriste. Repli, communautarisme, l’histoire de la vie et du monde. N’oublions pas que la fierté hétérosexuelle  pourrait se développer si d’augure l’homosexualité devenait la norme !

 

Conclusion

 

Il n’y aura bientôt plus de fierté homosexuelle si elle est élevée au rang de sexualité normalisée et acceptée par les instances politiques. Donc, l’année prochaine, la gay pride devrait s’appeler la « All Gay » ou la « Marche de l’égalité » (classique), la « Gay Prout » (qui leur pète à la gueule) ou encore la « Born Gay Walk », parce que la fierté, c’est du passé !

 

Enfin, plutôt que de s’affirmer fier par rapport à une norme donnée, ne faudrait-il pas oeuvrer à la faire disparaître ? Anticonformisme constructif is the way, they say ?

 

 

 

 

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