Pink Bloc partout – Sur la nécessité de re-politiser la Pride

PINK BLOC PARTOUT

Sur la nécessité de re-politiser la pride et autres considérations queer pour notre époque

C’est le samedi 2 juin 2018 que la Marche des Fiertés s’est déroulée à Bordeaux. Un appel à former un Pink Bloc avait été lancé. Lors de la précédente pride, il avait pour devise « A bas la dictature de normaux » (en hommage au Front Homosexuel
d’Action Revolutionnaire) et c’était la première fois qu’une tentative de re-politisation de cette manifestation avait lieu, avec une banderole, des pancartes et un cortège mouvant et anonyme qui avait réussi à prendre la tête de la manifestation, la faisant renouer avec son origine radicale.

Nous étions donc attendu.e.s. Pour nous accueillir, sept agents de sécurité prêts à nous séparer du cortège officiel nous faisaient face, pour bien montrer que nous n’y avions pas notre place, suivant ainsi les consignes données par l’organisateur de la Pride : l’association le Girofard (centre LBGT de Bordeaux). Après d’âpres négociations et voyant que certain.e.s bénévoles de l’organisation étaient prêt.e.s à nous soutenir si la séparation était maintenue, notre présence a finalement été tolérée, mais toujours en fin de cortège ; situation qui nous a bien fait rire en entendant le discours prononcé par le président du Girofard, parlant « d’unité » et rappelant les origines insurrectionnelle de la Pride (en omettant bien sûr que cela était dirigé contre la police et l’ordre), une unité dont a priori tout le monde ne fait pas partie, ce qui nous a été rappelé dès le début par une menace d’exclusion et un discours politique qui est réapparu en partie grâce à notre présence l’année dernière.

N’ayant que faire des ordres d’une organisation qui ne se représente qu’elle-même et n’a jamais voulu nous entendre, nous avons décidé joyeusement de nous faufiler dans la marche, pour enfin prendre la tête de cortège et y déployer notre banderole : « Ne tombez pas amoureu* du pouvoir ». Une fois devant, nous avons été rejoints par beaucoup de gens, avec lesquels nous avons chanté, dansé, lancé des paillettes et fait nos plus beaux saluts de folle à la police ! Nous étions à la fin du trajet environ 200 personnes à avoir refusé la fête obligatoire imposée par le char de l’Ultra (la boîte de nuit gay de Bordeaux) et le mot d’ordre républicain et nationaliste de la Pride : « Liberté, Egalité, Fraternité, pour toutes et tous ça s’apprend », slogan auquel nous répondions « MON CUL ». Arrivé.e.s en fin de parcours, nous avons retourné la banderole vers la manifestation et donc vers celleux qui avaient cherché à nous invisibiliser. Fumigènes et tissu léopard en main nous avons crié « Résistance » pour finalement partir en cortège monstrueux et sauvage à travers la ville, terminant par une fête improvisée, laissant déborder notre joie de voir cette ville devenir folle.

« Les intimidations ne font que nous renforcer. Nous serons toujours là, de plus en plus déterminé.e.s, non pas pour prendre le pouvoir mais pour le détruire, armé.e.s de nos paillettes et de notre monstruosité ! »

Ces appels à Pink Bloc dans toute la France ne sont pas le fruit du hasard mais une réponse à l’intensification de la récupération de nos voix, de nos luttes féministes, décoloniales et queers par le pouvoir politique à des fins racistes et nationalistes, mais aussi de la politique libérale, réactionnaire, répressive et fasciste d’Emmanuel Macron et son gouvernement, avec entre autres : la loi asile/immigration, son discours aux évêques de France, la loi ORE et les réformes de
l’université et du système scolaire, les différentes attaques néolibérales par le prisme du travail, une surveillance et un contrôle toujours plus accrus, la succession des lois antiterroristes, la répression armée de plus en plus violente des mouvements sociaux et dans les ZAD, les cadeaux ostentatoires faits aux populations les plus aisées, la présence de l’armée dans les banlieues, le harcèlement constant des populations non blanches, l’état et l’existence des prisons, le néocolonialisme violent du gouvernement et du président.

Ceci n’est qu’un début, les intimidations ne font que nous renforcer. Nous serons toujours là, de plus en plus nombreu* et de plus en plus déterminé.e.s, non pas pour prendre le pouvoir mais pour le détruire, armé.e.s de nos paillettes et de notre monstruosité !

Car il nous faut parier que ces paillettes et notre montruosité seront pour partie à la hauteur de l’immense tâche politique qui nous attend.

Le F.M.I. (Front Monstrueux Insurrectionnel) pour le Pink Bloc

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