Vibrations #17: Manif

Vibrations : chroniques pédé parisien. Pink Bloc, art en grève et CLAQ à la manif contre la réforme des retraites - Friction Magazine
Crédit photo : Claq

Paris. Parfois, je me dis que le milieu queer est une porte d’entrée vers un militantisme radical : puisque d’autres queers prennent le noir, le cortège de tête fait moins peur que lorsqu’il était perçu comme masculiniste. D’ailleurs il n’y a pas à proprement parler de cortège de tête offensif ces derniers temps. Le mouvement social contre la réforme des retraites donne de la force et structure le monde queer autour d’actions politiques plus ouvertes sur le « reste du monde », et c’est sain, autant que c’est parfois effrayant. Les manifestations deviennent des lieux de sociabilité et nous sommes visibles, et, fatalement, le milieu s’élargit.

Il y a une phase de conscientisation pour certainEs : les luttes féministes, antiracistes, trans, pédé, gouines, sont structurellement liées à l’oppression capitaliste. Le patriarcat est capitaliste, même s’il existe et a existé dans des sociétés non-capitalistes. Participer aux luttes anticapitalistes est une évidence, il est la source des oppressions que nous combattons.

Dans le pink bloc, les visages sont heureux. Il y a des slogans féministes et TPG, autant qu’il y a des slogans contre la réforme des retraites et son monde. Le bloc est joyeux, on sourit et on chante, on danse, et il est une zone autonome temporaire. Il y a de la musique, je reconnais beaucoup de ces gens que je croise parfois la nuit à la Station ou ailleurs. Je salue quelques amis. Un gars n’arrête pas de prendre des photos du cortège, une meuf lui dit gentiment mais fermement qu’il faut demander avant de photographier. C’est la moindre des choses. Mais c’est tentant : il y a tellement de paillettes et de joie de vivre ici qu’on attire les regards.

Un de mes amants révise ses partiels dans la BU de la fac de médecine. Quand nous passons devant le 105 boulevard de l’Hôpital, je passe le voir, et nous nous enfonçons dans les souterrains de l’université, dans des couloirs où il est écrit “interdit aux étudiants”. Nous passons un moment tendre dans un local de tri du papier, aux aguets des bruits de pas. Antoine est anxieux : il est interdit de faire entrer quelqu’un dans la fac les jours de manif. Le reste du temps aussi d’ailleurs, mais les jours de manifs, c’est encore plus strict : l’épisode de la Pitié Salpêtrière est dans toutes les mémoires.

Quand nous avons terminé, la porte principale est fermée et je parcours à l’aveugle les allées de l’hôpital pour sortir par l’arrière. Partout, des flics sont planqués et attendent les ordres, certains jouent sur leurs téléphones, les autres blaguent en attendant de monter à l’arrière des motos de la mort, avant de partir gaiement mutiler et blesser.

Lorsque je reviens dans le cortège, le bloc est dissout, la fête est finie. 

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