Vibrations #18 : La Clef

Cette semaine c’était une manif du mercredi. Une manif joyeuse, mais dont on sait au fond de soi, quand elle se termine, qu’elle ne changera rien, qu’il y avait moins de monde, et que ça sent la fin. J’attends le début de la séance de cinéma près de la place Monge.

Je suis seul dans le petit resto indien. Je me marre en relisant un tweet d’un gars que je connais qui avait écrit lors de la mort de Chirac : “Tant de tombes sur lesquelles pisser et si peu d’urine”. Un disque de chants grégorien tourne près du bar, et tout le petit restaurant est pris dans cette atmosphère lourde et médiévale. Je demande au patron s’il est catholique. Il rit un peu et m’explique qu’il appartient à une obédience orthodoxe indienne fondée par Saint Thomas. Saint Thomas a voyagé au Kerala au premier siècle. Je l’ignorais.

Le patron, qui s’occupe de tout dans son établissement, me demande si je crois en dieu. Je lui réponds que je crois en la révolution communiste et que je ne sais pas si ça compte. Il me demande si je crois vraiment que cette Terre, qui tourne exactement à la bonne vitesse pour que le vivant puisse exister, qui si elle s’arrêtait ne serait-ce qu’une demi-heure, toutes les espèces disparaitraient, est le fruit du hasard. Je lui réponds que oui, c’est le hasard, pour moi. “Mais monsieur !” dit-il avec un air agacé et amusé en même temps. Nous rions ensemble avec quelques provocations de ce genre jusqu’à ce que la clochette du micro-ondes de la cuisine l’interrompe honteusement.

C’est l’heure du cinéma. Pauline et Alex m’attendent devant le cinéma occupé depuis le mois de septembre. Ce soir, on y projette un film féministe d’avant-garde. A La Clef, tout commence par un petit verre dans le hall d’entrée. Les bénéfices du bar servent pour le punch à la caisse de grève et pour le vin et la bière au fonctionnement du ciné. Alex, qui est parfois un peu cynique, dit tout haut que s’il s’était agit d’un squat d’hébergement de sans-papiers, ça ferait longtemps que La Clef aurait été expulsée. Ca nous fait rire.

Le film, Born in Flames, est présenté par une fille qui en fait un peu des caisses mais il a l’air bien.

En fait il est complètement fou. Procurez-le vous et matez ça, c’est une ode au terrorisme contre l’hétérosexisme.

A la fin du film, on fume des clopes et on boit des punchs au profit de la caisse de grève. Il y a un gars que je reconnais, il était dans la manif cette après-midi. Difficile d’aborder un gars quand il y a tant de monde autour. Je crois que je ne sais plus comment faire sans MDMA. Pauline me raconte que pour un film dans lequel elle était décoratrice, elle a du acheter un tas de sextoys, qu’elle a offert à tous ses potes et qu’elle m’a gardé un vagin de poche. Pauline est une fille pleine d’attentions.

Les filles me parlent d’un lieu où tout le monde va, en ce moment, et qu’il faut absolument que je découvre : l’Oeil.

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