Des Sexes et des « Femmes » : Poème manifeste

Prendre le mot « Femme » avec des guillemets comme
on examine une réalité douteuse, comme on hésite à
perpétuer des catégories binaires oppressives. Pourtant
prendre « Femme », à corps et à cris, fières de nos
luttes, revendiquant une égalité de faits et une homogénéité de droits.

« Femme » : une réalité à force d’être martelé
quotidiennement, accompagné de la panoplie du cheveu,
du maquillage, des vêtements. Des corps modelés et
corsetés à travers des millénaires pour faire de la
rétention. Angoisse. Assignation à résidence. Corps pas
plaisir mais objet de désir. Vomir. Immobilité,
stockage de graisse, aromatase : conversion de la
testostérone en œstrogènes. Balance hormonale emphatique.

« Femme » : bien maintenu vivant dans nos têtes
alors que s’offre à notre vue la diversité corporelle
de cet « homme » gros à poitrine et de cette « femme »
androgyne et hirsute. Bien maintenu vivant malgré les
mélanges de genres de ce garçon sensible et de cette
femme colère. Malgré le fait que tu te rases les cheveux et
qu’on t’appelle « monsieur ». Malgré les questions des
enfants qui ne savent pas, encore : « Mais tu es un
garçon ou une fille ? Tu as des bijoux mais tu as de la
moustache. Ah mais ta casquette est bordeaux tu es une
fille. Non elle est un garçon parce qu’on voit ses poils de jambe. » …

Et te rappellent ce sur quoi ça repose vraiment.
Malgré la quasi-impossibilité de trouver de « vrais
hommes » ou de « vraies femmes » qui rassemblent les
caractéristiques « idéales » de ces deux fétiches tant
sur le plan du sexe biologique (niveaux d’hormones,
chromosomes, expressions géniques, anatomies, appareils génitaux)que sur le plan du genre (rôles, comportements, expressions, identités socialement construites).

Oui, mais, me direz-vous, il y a bien
majoritairement des vulves versus des pénis et une
différence de rôles dans la procréation. Certes, mais
on ne dit pas « Bonjour Vulve » ou « Bonjour Pénis ».
Cette différence organique ne devrait être évoquée que
deux ou trois fois dans la vie d’une « femme » dans le
cas d’une volonté de procréer et d’une recherche pour
le faire. Ou pour quelques examens médicaux. Pour la
sexualité ? On peut légitimement penser que sans notre
culture hétéro-centrée qui dérive la sexualité de la
reproduction et l’éros de la violence, on construirait
l’éros sur l’échange émotionnel, intellectuel et
sensoriel, sur toute la peau et sans se préoccuper de
la forme de tel ou tel organe. A moins qu’éros soit un mythe.

Alors pourquoi lorsque je vais chercher mon pain on
me dit « Bonjour madame » ? Pourquoi je lis 50 fois par
jour le mot « femme » ? Alors que les interactions
majoritaires de nos vies sont dépourvues de toutes
velléités procréatives, médicales ou même sexuelles.
Parce qu’il s’agit de pouvoir. Parce que toute
notre société, notre culture, est fondée sur la
domination et non sur la coopération. Le mode
domination régit notre intimité tout autant que notre
économie capitaliste. Au fondement de ce mode d’être il
y a la création de catégories de dominants et de
dominé.e.s, il y a la bipartition : l’« homme » et la «
femme » qui se déclinent allègrement en « blanc »/«
noir », « riche »/« pauvre », « gros »/« maigre », « normal »/« handicapé ».

Création forcenée de ces catégories, police des
mœurs et maintien dans la terreur des corps éprouvé.e.s et déformé.e.s.

L’instrument de la domination est la violence :
culture de l’inceste et du viol, violences
gynécologiques et obstétricales, tabassage,
harcèlement. Une fois que tu auras eu peur de mourir,
car il s’agit bien de cela, cette peur restera ancrée
en toi. Musellera tes réactions ou conditionnera tes
non-réactions dans les situations quotidiennes de la

rue ou du travail. Violence latente.
Parler pour visibiliser l’indicible, remuer les
trous noirs de nos consciences, exciser la gêne,
rapprocher les genres, exterminer les limites.
S’entrainer pour l’auto-défense, le développement et la maitrise de son corps.

Créer et reconnaître des normes fondées sur la
coopération, l’entraide, la non-binarité des corps et
des genres qui raisonneront dans les sphères de
l’intime autant que dans les modes de production et de consommation.

Juliet.te Drouar – Organisatrice du cycle des Sexes et des « Femmes »

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