Des Sexes et des « Femmes » : ITW de Juliet.te

Le programme de la semaine. Illustration : Cassie Raptor

Cycle de tables rondes, ateliers, conférénces et pas que autour du thème : Des Sexes et Des « Femmes », le projet ambitieux de Juliet.te, qui mêle exposition artistique et ateliers autour des thèmes peu souvent abordés que sont intersexualité et transidentités, inceste et viol, sexisme en médecine et violences obstétricales / gynécologiques, mutilations génitales et sexualité, commence le 2 octobre à Paris. Il aura principalement lieu à la galerie 59 Rivoli pas loin de châtelet.
Nous avons déjà publié son manifeste-poème ici et avons décidé, car les sujets abordés sont importants, de compléter cette publication par une Interview de Juliet.te, principale organisatrice de ce beau programme dont l’accès est gratuit mais sur inscription (en mixité choisie, sans hommes cisgenres). J’insiste : SUR INSCRIPTION par email à  juliette.drouar(arobase)gmail.com

Juliet Drouard
Juliet Drouard – Photo : Gaëlle Matata

Bonjour Juliet.te, qui es-tu ?

Alors là… Le frictionisme est-il un existentialisme ? 🙂 En vrac. Depuis l’enfance trituré.e par les questions de genre, vécu de la binarité femme/homme comme une vaste fumisterie, une injustice profonde, une insulte personnelle à mon intelligence. Grandi.e quand même. Trop vite cf courbe du carnet de santé. Gouine. Je me pensais folle mais j’ai fait de belles études. Désintérêt profond pour le travail. Excitation à l’aventure disparate. De plus en plus lucide et articulée sur les rouages du patriarcat. Le mode domination qui régit notre intimité tout autant que notre économie. De plus en plus vénère. Trouver un sens dans la lutte, dans nos communautés qui proposent des renversements de valeurs, des barricades au monde sauvage. Des mots clefs : Nique ton père – gouine – trans – gender fluid – révolutionnaire.

 

Pourquoi ce projet ? Comment est-il né ? Pour qui ?

Visibiliser l’indicible, remuer les trous noirs de
nos consciences, exciser la gêne, rapprocher les genres, exterminer les limites.

Cf plus haut et d’un projet artistique collectif de représenter des sexes des femmes (trans, intersexes, cis) trop souvent invisibilisés ou normés ou réduits à leur fonction d’hétéro-sexualité. En parallèle de cette exposition organiser des tables rondes/ateliers/projection pour parler de l’inceste, des violences obstétricales et gynécologiques, des mutilations génitales, d’intersexuation, de transidentités, de travail du sexe et de sexualité…

Pour dénaturaliser les concepts de « femme » et d' »homme » tout en progressant dans la reconnaissance qu’ils sont la base des rapports de pouvoirs et de domination existants. Pour lutter contre ces violences.

 

Ce cycle parcours des sujets qui restent assez tabous, quel.les intervenant.es et comment as-tu choisi pour en parler ?

Priorité à la parole à la première personne et diversité des sphères (associatif, témoignages, médical, universitaire) ex : Marianne Chargois est travailleuse du sexe, performeuse, membre active du STRASS (le Syndicat du travail sexuel), Sonia Bish et Dorothée Deveaux du Collectifs « Tou.te.s contre les violences Obstétricales et Gynécologiques, Andréa Valienne (Inter-LGBT), Sasha-Alycia Bavol (association Au-Delà du Genre), Anaïs Bohuon, Professeure des Universités à l’UFR STAPS de Paris-Sud, Dr Ghada Hatem, médecin cheffe de la Maison Des Femmes de Saint-Denis…

 

Le safe, ça te parle ?

Beh oui, justement pour déconstruire des pratiques qui ne le sont pas il faut prendre conscience des violences y compris celles qu’on subit et qu’on retourne contre l’autre (pour justement ne pas en prendre conscience aïe aïe aïe)

Quelqu’une à remercier particulièrement ?

Tou.te.s les personnes qui luttent contre les violences

 

RDV à partir du 2 octobre

Inscription par email : juliette.drouar(arobase)gmail.com

On vous remet le programme ici :

Mardi 2 octobre :
– 19h : VERNISSAGE et performances
EXPOSITION en place du 2 au 15 octobre inclus

// Les artistes //
Tamina Beausoleil, Axelle Remeaud,
Cassie Raptor, Vanda Spengler, Louise Dumont, Mila
Nijinsky, Aurélie Raidron, Nathalie Tacheau, Romy Alizée,
Linda Trime, Olga Laz, Rita Renoir, Louise A. Depaume, Andréa Valienne, Nevna M., Rose Pialat, Juliette Drouar.

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Mercredi 3 octobre :
– 19h à 23h : Table ronde « INCESTE et VIOL »

L’inceste fourmille, il est partout… mais chut ! S’il est sûr qu’il est interdit d’en parler, il est moins sûr qu’il soit interdit de le faire.
L’inceste comme outil primal de formation à l’exploitation et à la domination.

===Présentation de l’ouvrage de Dorothée Dussy anthropologue et Directrice de recherche au CNRS « Le Berceau des Dominations. Anthropologie de l’inceste. Livre 1. »
« L’intériorisation des abus sexuels et du silence qui les entoure pour les incestés, l’impact suffisamment fort de l’inceste sur les incestés pour que ceux-ci en donnent à voir les effets aux autres enfants (…) participent d’une description complète des processus de fabrication des dominateurs et des dominés » (pp. 255-256)– L’incesteur est un homme normal, inséré socialement, et à ses yeux, ses actes sont mineurs. Il « cherche du plaisir sexuel et, en homme autonome, va le chercher là où il peut le trouver, là où c’est facile, pas cher, et sans nécessité d’opérations de séductions (…). L’incesteur se sert » (p. 71). L’incesteur parle de « jeux », de «découverte » de la sexualité, là où il y a violence, rapport de force et inégalité structurelle.»
Sur inscription

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Jeudi 4 octobre :
– 19h à 23h : Table ronde « INTERSEXUATION et TRANSIDENTITES »

Devant la connaissance des multiples dimensions du sexe biologique et de la fable de sa binarité ; la reconnaissance du concept de genre définissant les rôles et les attributs symboliques du féminin et du masculin comme l’effet d’un rapport de pouvoir et non comme une essence ;
Avec la prise de conscience de la construction sexuée des corps (féminin ou masculin) par l’opération de la moulinette du genre (mutilations pour (ré)assignation, traitements hormonaux, maquillage, habillement, gestion de la nourriture etc.)…
Les catégories femmes/hommes se chevauchent, sont floues, tandis que les personnes intersexes et trans tentent d’acquérir plus de visibilité. La carte se redessine en « archipel du genre » pour reprendre les termes de Vincent Guillot.
Reconnaitre que les catégories du masculin et du féminin, comme les « hommes » et les « femmes », n’ont de sens et d’existence que dans leur rapport antagonique… Alors s’en revendiquer ? Alors les laisser tomber ?

===Intervention d’Anaïs Bohuon, Professeure des Universités à l’UFR STAPS de Paris-Sud : « La fabrique médicale des sportives ».
Des tests de féminité, appelés également, depuis quelques années, “contrôles de genre ”, ont été imposés aux sportives depuis 1966. Les changements dans les critères de ces tests de féminité ont montré les multiples dimensions du sexe biologique et la grande difficulté, voire l’impossibilité à déterminer le « vrai » sexe d’une personne […] Au-delà d’un certain seuil, la sécrétion de testostérone des organismes féminins bouleverse l’ordre sexué, historiquement et médicalement défini.

====Intervention de Andréa Valienne (artiste et militante à l’Inter-LGBT), Sasha-Alycia Bavol (fondatrice de l’association Au-Delà du Genre (AdG), Juliette Drouar: MTF – MTX – FTM – Trans – Transgenre – Transexuel.lle … ça veut dire quoi? Quelles ressources communautaires ? Quel parcours médical ? Comment se procurer des hormones?

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Vendredi 5 octobre :
– 19h à 23h : Atelier d’AUTO-GYNECOLOGIE en mixité choisie sans hommes cisgenres animé par Louise Poll Sage-femme et Chloé Jaubert
www.lesflux.fr
=== Le self-help est un mouvement féministe d’empowerment et d’auto-support qui propose, entre autre, une démarche de réappropriation des corps et des savoirs en santé sexuelle et reproductive.
L’atelier se déroulera en 2 temps :
– Compréhension des anatomies et physiologies des organes génitaux internes et externes avec illustrations par des supports en 3D, des exemples concrets, et les apports de chacun.e.
– Auto-observation possible des organes génitaux, avec miroir +/- spéculum, en groupe et/ou en intimité, suivi d’un temps de partage et de discussions. Le soin est mis à respecter la pudeur et les limites de chacun.e à chaque instant. Des paravents seront disponibles. Miroirs, lampes et spéculums seront fournis.
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Samedi 6 octobre :
– 11h à 12h30 : Table ronde « MUTILATIONS GENITALES et RECONSTRUCTION » en mixité choisie sans hommes cisgenres

==== Intervention du Dr Ghada Hatem, médecin chef de la MDF, Clémentine de Pontavice, artiste/auteure/illustratrice et Louise Oligny, photographe et vidéaste de la Maison des Femmes de Saint Denis. www.lamaisondesfemmes.fr
La Maison des Femmes de Saint Denis accueille au quotidien des femmes vulnérables aux parcours difficiles et leur offre un accompagnement pluriel: du soin avec une prise en charge médicale , chirurgicale et psychologique, du conseil avec les permanences de juristes, d’avocats et de policiers et un travail sur l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes et la confiance à retrouver avec les groupes de parole et des ateliers artistiques comme « Réparer l’intime » qui permet à travers « l’expérience du faire » par la fabrication de bijoux, de dessins, de photos, de poésie que les femmes restaurent petit à petit leur estime et reprennent confiance en elles.

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Samedi 6 octobre :
– 13h à 16h30 : Table ronde « SEXISME en MEDECINE et VIOLENCES OBSTETRICALES et GYNECOLOGIQUES » en mixité choisie sans hommes cisgenres

==== Intervention de l’association de soignant.e.s « Pour une MEUF » contre le sexisme dans le domaine de la santé. www.pourunemeuf.org
Le sexisme se rencontre dès la première année d’étude et les professionnelles en sont également victimes tout au long de leur carrière. Et bien entendu, ce sexisme s’exerce à de nombreuses occasions envers les patientes. Bien que les professionnel·le·s de santé aiment à se penser au-dessus des préjugés communément répandus dans la société, iels en sont pourtant imprégné.e.s, et le pouvoir qu’iels ont sur les patient·e·s les rend d’autant plus responsables des conséquences de leur adhésion aux discriminations systémiques.

=====Intervention de Sonia Bisch et et Dorothée Deveaux du collectif « Tout.e.s contre les Violences obstétricales et gynécologiques » .
Lors de notre accouchement et nos parcours gynécologiques, nous sommes moqué.e.s, insulté.e.s, malmené.e.s, maltraité.e.s. Notre parole est dénigrée, nos choix ne sont pas respectés, nos droits sont bafoués. Oser parler des violences que nous subissons au sein des maternités privées ou publiques et des cabinets gynécologiques pour que ça change!
L’Endométriose : ni étudiée, ni enseignée en médecine en France…. Un point sur cette maladie chronique endémique du point de vue d’une patiente experte.

Sur inscription.

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Dimanche 7 octobre :
– 11h30 à 13h30 : Atelier d’art-thérapie « Dessine ton sexe » en mixité choisie sans hommes cisgenres animé par Juliette Drouar art-thérapeute
===Nul besoin de « savoir » dessiner pour dessiner, pour produire des formes et des figures qui émergent d’un endroit de soi qu’on connait si peu. Pour parler et partager avec bienveillance le « en nous » qui est maintenant « devant nous », se familiariser avec notre intimité et apprivoiser nos peurs et nos désirs.
L’art-thérapie est une méthode de développement personnel, de soin et d’accompagnement thérapeutique fondée sur la création artistique et le partage autour des productions pour favoriser le mieux être psychique et physique. Créer pour se « re-créer », se revaloriser et faire évoluer l’image de soi.
Sur inscription.

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Dimanche 7 octobre :
– 13h30 à 16h : Atelier sexualité « Déconstruisons nos croyances limitantes » en mixité choisie sans hommes cisgenres
Atelier animé par « Le Cabinet de Curiosité Féminine »
Sexualité: déconstruisons nos croyances limitantes

==== Comment, vous ne jouissez pas chaque fois que vous faites l’amour ? Vous n’utilisez pas de sextoys ? Comment, vos pratiques/votre plaisir/votre corps ne sont pas centré.e.s ou excluent la sacro-sainte pénétration du pénis dans la vulve?
Rassurez-vous vous êtes alors dans la « norme » des corps qui n’orgasment pas sur demande, des corps parfaitement imparfaits, des sexualités débordantes et plurielles.
Nous vous proposons de désinhiber votre plaisir en comprenant les mythes qui l’entourent, et ainsi, permettre d’inverser les conséquences négatives de l’environnement social sur la sexualité.
Déconstruire nos croyances limitantes, c’est aussi ouvrir un nouvel espace à créer ensemble lors de cet atelier.
www.cabinetsdecuriosites.fr

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Mercredi 10 octobre :
– 20h à 23h : Travail du sexe – Projection du film EMPOWER réalisé par Marianne Chargois (qu’on a rencontré pour le WTF fest)

=== En présence de l’équipe du film et suivi d’une discussion sur les luttes pour l’accès aux droits des travailleuses du sexe avec le STRASS, la Féderation Parapluie Rouge, et Acceptess-T.

Durée : 1h25. – Genre : Documentaire En salle depuis le 27 juin

Synopsis
EMPOWER est une série de 3 portraits de travailleuses du sexe aux trajectoires hétéroclites croisant parcours de migration, identités Trans, féminisme, lutte contre le VIH, lutte contre la précarité et les discriminations.
Entremêlant parcours personnels, analyses politiques, et stratégies de résistance collective, Aying, Giovanna Murillo Rincon, et Mylène Juste mènent un véritable plaidoyer pour le droit des minorités.
Loin des dispositifs d’objectification souvent à l’œuvre dans les œuvres documentaires, EMPOWER est une mise à l’honneur des paroles, combats et engagements des travailleuses du sexe via une réalisation en collaboration active avec les protagonistes.

Illustration : Cassie Raptor

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