La Drama soirée, 1ere édition autonome : l’école du Q

Interview Ellie et Elsa, à une terrasse du gaytho, sous la pluie, avec des pintes. Et Noam. 

Les filles, est ce que vous pouvez me parler de l’origine de la Drama ? 

Elsa : On l’organisait avant avec la Queer Week. Dont on fait toujours parties. Mais on a décidé en mars de la sortir de ce collectif pour la rendre autonome.

Ellie : Ha, toi tu vas faire la Queer Week l’année prochaine ? C’est un scoop Friction, en exclu. 

Elsa : En gros, la Drama s’exporte hors de la Queer Week, qui proposait un format une fois par an alors que nous on va plutôt essayer d’en faire une tous les trois mois, avec un thème différent à chaque fois. 

Qu’est ce qu’il y a derrière cette idée de sortir la Drama de la QW pour l’autonomiser ? Qu’est ce qui vous motive ?

Ellie : La QW c’est un évènement annuel qui exige un travail en grand groupe, avec des personnes qui viennent de milieux politiques assez différents, Déjà, je crois qu’une partie des personnes ne se retrouvait pas forcément dans l’idée d’organiser une sexparty et du coup s’y investissaient moins. Là, c’est aussi l’opportunité de travailler en petit groupe : Aicha, Fatma, Gabrielle, Elsa et moi et ça nous permet de nous autoriser davantage d’expérimentation et de liberté.

“En faire tous les trois mois, c’est aussi l’occasion d’explorer tous nos fantasmes, tous nos envies, tous nos désirs d’une manière plus régulière”

Elsa : On voulait aussi, avec la Drama trimestrielle, rendre la soirée plus visible, mobiliser beaucoup plus de monde. En faire tous les trois mois, c’est aussi l’occasion d’explorer tous nos fantasmes, tous nos envies, tous nos désirs d’une manière plus régulière. C’est bien sur aussi une manière de visibiliser les artistes qui  participent : graphistes, intervenant.e.s, DJ… De montrer plein de monde sur la scène et aussi d’inventer nos propres ateliers, en sortant des trucs classiques Atelier cordes, Atelier aiguilles, un peu comme ce qu’essaye de faire la Mut avec le festival Porn Yourself. 

Ellie : Je crois aussi que quand on fait les choses vite, on a tendance à faire appel à toujours les mêmes artistes. Faire une Drama trimestrielle, ça permet de mobiliser des artistes à l’avance, hors de Paris, qu’on connaît moins.

La communauté queer a un incroyable talent, quoi, haha. Du coup, c’est quoi le programme ? 

Elsa : Le thème, c’est l’école du Q et il y a trois pôles dans la soirée, les DJ sets, l’illustration et les intervenantes des ateliers qu’on propose. D’abord on a choisi 3 DJ qui ne tournent pas de ouf pour le moment. Pour le graphisme de cette édition, c’est Ellie qui s’en charge. L’idée pour nous c’est de permettre à ces artistes de diffuser leur travail par internet, via les réseaux de communication de la Drama.

Ellie : Je sais que plein de gens suivent l’actualité des sexparty via les réseaux sociaux sans forcément y venir physiquement. On aimerait participer à produire une forme de tension érotique par l’illustration notamment, avant, pendant et après l’événement. On veut pas juste faire de l’autopromo de la soirée mais vraiment montrer et valoriser les illustrations.


“Vous n’avez plus le choix de nous laisser la place, c’est nous la relève, on va prendre vos espaces.” 

Elsa : Et puis, il y a des sexpartys, c’est vrai mais là on peut proposer des choses différentes, on a un nouveau lieu qui n’aura quasiment jamais été utilisé. À terme, on aimerait pouvoir s’exporter dans plusieurs lieux, à Paris, hétéros et qu’on arrive avec nos artistes, notre concept, nos thunes et notre public et leur dire : vous n’avez plus le choix de nous laisser la place, c’est nous la relève, on va prendre vos espaces. La Drama c’est un engagement militant, c’est hyper politique, c’est pas que du cul. Et même si c’était que du cul, ce serait politique d’ailleurs.

Ellie : L’appropriation des lieux, ça nous tient à coeur. On vit par défaut dans des lieux très restreints et c’est important qu’on parvienne à sortir de ça, à investir des lieux dans lesquels on ne nous laisse aucune place. On va en prendre une nous-mêmes. 

Elsa : On voudrait aussi aller dans des espaces qu’on ne connait pas mais qu’on aimerait connaitre : des sexpartys dans des forêts, des châteaux, c’est possible ! 

Est-ce que ce sera en non-mixité choisie ? 

Elsa : Oui, bien sur. Si on avait un lieu gigantesque, on pourrait imaginer une sexparty avec des pédé cis, avec du BDSM, avec des espaces bien cloisonnés et des bénévoles formés sur ces questions. Mais on a déjà eu des problèmes, même mineurs, donc pas tout de suite.

Ellie : La mixité choisie, bien sur que ce n’est pas idéal. Ça exclut les pédés queers – et y’a pas mal de personnes MeufGouinesBi•e•sTrans*Inter* qui aiment les pédés queers. C’est une question qu’on est nombreuses à se poser et à laquelle on cherche une solution qui soit la plus satisfaisante possible.

Pour revenir à la Drama, quel est le thème de cette édition ? 

« Un cours de sexe anal, ça m’aurait tellement plus servi qu’un cours de techno »

Elsa : Avec Aicha, on se demandait ce qui nous excitait et c’est tombé sur l’école, les couloirs, la bibliothèque…On s’est dit ensemble que les cours qu’on a eus nous ont finalement peu servi. Un cours de sexe anal, ça m’aurait tellement plus servi qu’un cours de techno et ça m’aurait évité des moments très gênants dans ma vie sexuelle parce qu’on ne me l’a jamais appris. 

Il y a aura du coup 4 cours, Notre principe c’est de laisser libre cours à l’imagination des intervenant.e.s. On leur dit “voilà, tu auras 2 heures, un thème, t’es payé.e. 100€, qu’est ce que tu aurais envie de faire ?”. On veut que les gens se sentent libres d’être créatifs et sortent de leurs automatismes. On a aussi pensé à un atelier de speed-dating, pour que les personnes non accompagnées puissent rencontrer du monde sur place, parce que la plupart des gens viennent en groupes et sont déjà plus ou moins dans le milieu. Il y a autre chose aussi, on a essayé de se réapproprier les savoirs pédés en matière de sexparties, avec les codes couleurs, la verbalisation des envies et du consentement, ce genre de choses. 

“On sera aussi très visibles, comme membres de l’orga, pour rassurer les personnes et les aider.”

Ellie : On pense que la question des bracelets, ça sera une garantie supplémentaire niveau consentement même si on sait qu’on ne peut pas assurer la sécurité de tout le monde. En revanche, on sera aussi très visibles, comme membres de l’orga, pour rassurer les personnes et les aider. On va multiplier les sécurités : speech complet à l’entrée, présence du staff, affiches de prévention, etc. C’est très important pour nous, comme l’accessibilité. On a mesuré les espaces et on a été aidé sur cette question avec des personnes handi, qu’on remercie d’ailleurs. 

Merci à Ellie et Elsa. La drama, c’est dimanche 7 juillet, au Quai 17 dans le 19ème. L’entrée est à 10€ et une boisson compris et c’est jusqu’à 4 heures du mat. 

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