La Kings Factory, là où « inventer nos propres masculinités » : interview avec Jésus La Vidange

Depuis janvier, la Kings Factory des Souffleurs est un nouveau show entièrement dédié aux drag kings. Jésus La Vidange, son créateur et host nous explique l’importance d’un tel espace.

Jésus La Vidange drag king Friction Magazine
Jésus La Vidange (photo : Jean Ranobrac)

On t’a souvent vu performer dans des shows avec des drag queens. Avec la Kings Factory, tu fais le choix d’organiser un show avec seulement des kings : pourquoi c’est important de faire ça ?

C’est important de faire ça, selon moi, car il n’y avait qu’un show entièrement kings à Paris, le Drag My King, et si on veut donner envie aux gen·te·s de venir nous voir, peut-être s’essayer, etc., c’est important d’être plusieurs à se représenter et dans plusieurs endroits pour toucher plus de personnes.

Comment vous est venu l’idée de Kings Factory ? Quel est le principe de la soirée ?

Eh bah un jour l’interphone a sonné, j’ai ouvert et là y avait une idée !

C’est d’abord Jérémie de Bragi Pufferfish qui m’a proposé de faire quelque chose aux Souffleurs genre des shows, etc… Et puis on s’est dit que ce serait bien d’avoir des ateliers pour pondre des bébé·e·s kings qui voudraient apprendre à se maquiller et pour celleux qui veulent monter leur premières perfs et s’essayer dans la cave ❤️

Mais je me voyais pas gérer ça tout seul et surtout j’avais envie de partager l’opportunité avec quelqu’un·e qui a un peu la même vision du king que moi alors j’ai proposé à Thomas Occhio/Vesper Quinn de porter l’enfant·e avec moi. Thomas bosse pas mal dans la scène burlesque et avec la Big Bertha, entre autres (la Véro Von Lear par exemple ❤️). Il se décrit comme un dandy androgyne (j’en dis pas plus parce qu’il saurait mieux se décrire haha).

Pour nous, le king ce n’est pas seulement présenter des caricatures (parfois, oui, ça vole pas très haut…), mais aussi la possibilité d’inventer nos propres masculinités tout aussi valides. En deuxième lieu, on veut apporter le king là où on le voit pas forcément, se rendre plus visibles en travaillant avec des nouvelles gen·te·s, des endroits différents que des lieux strictement queer, LGBTQI+.

Donc le principe de Kings Factory pour l’instant, c’est chaque dernier mercredi du mois de proposer des shows avec un scène ouverte pour les jeunes kings et un king expérimenté qu’on kiffe, le tout précédé d’ateliers dans la cave et des blindtests en haut dans le bar pour animer la soirée.

C’est important de créer une émulation autour du king et qu’il y ait de plus en plus de personnes qui pratiquent et sortent ou performent en king dans toutes sortes de soirées pour se rendre visibles, montrer des kings différent·e·s les un·e·s des autres. Avoir une soirée régulière ça permet de se retrouver, de créer une solidarité entre nous et de s’aider, s’inspirer les un·e·s les autres. Ça nous tire vers le haut !

Kings Factory drag kings Friction magazine

Globalement, on a l’impression que les drag kings ont moins de visibilité que les queens. Comment tu l’expliques ?

Bah parce que netflixsme a pas encore produit La Vidange’s Drag Race t’sais (laule).

Plus sérieusement, c’est un mélange de beaucoup de facteurs. Bon, je vais rien vous apprendre en rappelant que la plupart d’entre nous sont des femmes (ceci dit on veut des hyperkings dans nos ateliers, si t’es sage), ce qui nous donne un sacré désavantage dans la vie. Donc de base on a moins de lieux safe où se produire, c’est pas évident de sauter le pas, de performer dans un espace hors de notre milieu gouines/trans/queer. Tout est lié donc comme on se produit moins, on parle moins de nous sur les réseaux, dans les médias, etc.

« De base on a moins de lieux safe où se produire, c’est pas évident de sauter le pas, de performer [mais] ça bouge. »

Après, personnellement, je ne désespère pas et ça bouge un peu : on a la chance de rencontrer des gen·te·s comme Jérémie qui nous soutiennent. Les bébé·e·s kings commencent à performer d’eux-mêmes dans des soirées, et les vieux croutons comme nous on essaie de se diversifier et de continuer à apprendre (mouahah genre). Il va y avoir des kings en finale du Dragathon, un Dragathon King le 12 octobre (avec Môssieuuur Jeremy dit·e Mamita ❤️) , on va sûrement investir d’autres lieux que les Souffleurs ponctuellement. Et pleins d’autres choses ! Donc tout ça c’est plutôt encourageant et, comme tout, ça prend du temps mais faut alimenter et faire fonctionner la machine pour qu’elle tienne la route dans le temps !

Thomas Occhio drag kings Friction Magazine
Thomas Occhio (photo : Ramon Bpnyc)

Et quels sont les drag kings à suivre (à part toi bien sûr 😙) à Paris et ailleurs en France selon toi ? Ceux qui t’inspirent le plus ou que tu trouves les plus intéressants ?

Huhu :p Tu me fais rougir tsais.

Concernant Paris évidemment y a mes fils, ma bataille : mon samychou, Samaël La Vidange, mon naîné qui se prend un peu pour le diable, mon judachou, Juda·s le fils prodigue à son papa qui joue et chante le rock’n’roll comme personne. Il fait son petit bonhomme de chemin et a déjà pas mal performé. Mon haydenchou, Hayden, le comédien passionné sosie de Johny Depp (sans blague sapé en cowboy on l’appelle Jack Sparrow ouahaha) qui a déjà pas mal roulé sa bosse et n’a pas fini de nous surprendre.Et les autres fistons bébé·e·s Giuseppe et Serge mais on va pas commencer à écrire un roman tsais, il est tard.

Mon amour·e Thomas Occhio qui performe régulièrement, Mr Goldenballs, Jeffrey Scary notre tonton de Drag My King, Louis·e Deville, Vamp Reznor qui aime la mort et a performé à la Tech Noire notamment, Cinnabun Rolls l’adulescent talentueux ❤️ et son alcoolyte Knacky Balls ❤️ J’en oublie sûrement…

Ensuite tu as Robin des Doigts de la House of Boner de Montpellier qui est pas mal actif et Sugar Danny Banana de la House of Banana de Toulouse. Ces gars sont chauds, c’est que du boner (celle-là c’est pour Robin). J’ai rencontré un king de Lille qui s’appelle Nick Samère aussi qui a l’air de faire des perfs cools.

Et puis t’as tous les kings de ouf du monde entier, je vais sûrement en oublier car la liste est longue. D’abord je citerais mon bro américain HP Loveshaft qui bourlingue pas mal en Europe. Landon Cider, LE king américain de dingue qui m’a inspiré et m’inspire toujours, il pousse le truc au stade créaturesque comme les queens, j’adore. Et Spikey Van Dykey pour les plus connus. Après t’as le papa des kings américains Mo B. Dick qui en ce moment est sur un projet intéressant de l’histoire des kings, j’aime bien cette démarche, c’est important pour nous d’avoir des références.

J’vous invite à parcourir les réseaux y a vraiment pleins de kings différent aux USA et aussi au Royaume-Uni. La scène londonienne dont est issu Mr Goldenballs est très active. Y a Adam All qui organise le concours londonien Man Up! tous les ans et ses soirées. J’adore aussi Zayn Phallic : il est énorme ! Oliver Assets qui fait un Van Gogh sublime et touchant ❤️ Kurt Sovain j’adore aussi. Bref, de quoi bien alimenter votre soirée en attendant les Souffleurs demain 🙂 Et encore j’ai pas cité tout le monde gniii

La Kings Factory c’est un mercredi par mois aux Souffleurs (la prochaine c’est le 24 avril !)

Entrée gratuite

Les Souffleurs – 7, rue de la Verrerie – Paris 4e

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