Redécouvrir Monique Wittig, écrivain et lesbienne révolutionnaire

Le weekend dernier, France Culture consacrait un documentaire radiophonique à Monique Wittig, l’autrice de La Pensée Straight malheureusement mal connue en France. Signé Clémence Allezard, le documentaire revient sur la vie de l’écrivain lesbienne matérialiste, de ses débuts comme romancière à ses réflexions sur le genre et la grammaire en passant par son militantisme au sein du MLF.

Le lesbianisme, un point de vue sur le monde

C’est « dans l’ordre chronologique » et presque par hasard qu’adolescente, Clémence Allezard a découvert Monique Wittig. La découverte des textes l’écrivain a été une révélation : « Je n’ai pas lu L’Opoponax, je l’ai dévoré. J’étais ado et je n’avais jamais rien lu de tel. Je n’ai pas compris tout de suite l’importance de ce livre, la dimension éminemment politique avec le ‘on’, le travail sur le genre grammatical… Je vais le dire peut-être un peu bêtement mais je l’ai trouvé extraordinairement ‘puissant’ » confie la documentariste, avant d’ajouter : « Cétait aussi la première fois que je lisais un livre dont l’héroïne était une petite fille et, comme le dit Catherine Ecarnot qui a réalisé la seule thèse à ce jour exclusivement consacrée à Wittig en France : ‘une petite lesbienne, en plus !’ donc ça a été un texte fondateur, pour moi. »

Si Clémence Allezard cite Simone de Beauvoir, Christine Delphy, Colette Guillaumin ou encore la poétesse noire et lesbienne américaine Audre Lorde parmi ses références, Wittig garde tout de même pour elle une place à part : c’est grâce à la théoricienne féministe, restée notamment célèbre pour avoir affirmé un jour que « les lesbiennes ne sont pas des femmes », qu’elle aurait pris conscience de ce que permettait ‘un positionnement minoritaire’ qui, loin de relever du particulier, révèle « un point de vue sur le monde » :

« J’ai compris alors qu’une prise de parole de femmes, de lesbiennes, de tout individu appartenant à une minorité en réalité, sexuelles ou racialisées, était, forcément, une transgression. Que cela expliquait que tant de paroles soient passées sous silence, ou dépolitisées. Ou encore deviennent simplement inaudibles, c’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Wittig : sa position d’écrivain minoritaire, femme et ouvertement lesbienne, l’a ‘reléguée’ au particulier : une lesbienne qui écrit pour les lesbiennes »

C’est donc habitée par ces questions épistémologiques (d’où je pense et d’où je parle ?) et par l’envie de faire découvrir et redécouvrir la pensée queer de Wittig que Clémence Allezard a imaginé son documentaire : car invisibilisée de son présent, Wittig l’est toujours aujourd’hui et reste trop peu connue en France : « Je m’étonne toujours, par exemple, qu’elle ne soit jamais nommée quand on débat sur ‘l’écriture inclusive’, alors que la question de l’appropriation de l’universel par le masculin est au cœur de son travail » explique Clémence, avant de conclure : « Je pense comme Sam Bourcier, qu’on a ‘encore besoin de Wittig aujourd’hui’. »

A réécouter sur France Culture.

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